« Il existe un triptyque pour créer de la confiance. Il faut de l’exigence, c’est-à-dire mettre la barre très haut parce que la situation l’exige. Il faut de la cohérence, car, sans elle, les gens sont démobilisés. Et il faut de la pertinence, ce qui veut dire que certaines choses sont compatibles avec nos objectifs (…) et que d’autres ne le sont pas. »

 

Non, cette citation ne provient pas du dernier ouvrage à la mode sur le management, c’est Nicolas Hulot qui le déclare dans une interview au Monde du 2 juillet 2019. Et c’est d’objectifs climatiques qu’il parle, mais cela pourrait aussi bien s’appliquer au monde de l’entreprise et aux exhortations que nous voyons tous les jours dans les essais sur le management, séminaire d’entreprise, et autre conférence « inspirante ».

Le parallèle entreprise-climat est riche de sens

Que ce soit en faveur de l’environnement ou du bonheur au travail, toutes sortes d’engagements, accords, chartes, voient le jour. Dans les faits le climat, mais aussi le climat social, la fameuse qualité de vie au travail se dégradent, conséquences d’actions bien réelles qui viennent en totale contradiction avec nos belles paroles. Management arbitraire et brutal, objectifs inatteignables, harcèlement fleurissent alors qu’on nous exhorte à remettre l’humain au cœur des organisations. Où sont l’exigence, la cohérence, la pertinence ? Michel Serre établit le même parallèle climatique lorsqu’il évoque « les deux pollutions, sur la planète et les humains »[1]. Il représente l’ennui au travail, où l’employé répond à son chef « non selon la question posée, mais de manière à ne pas perdre son emploi. »

Rétablir la confiance, est-ce possible ?

« La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Tout est lié à la qualité du management » déclare Laurent Bigorgne, directeur à l’institut Montaigne à propos de l’étude Et la confiance, bordel ?[2]. C’est le rôle du manager d’être le gardien du sens, de la raison d’être de l’entreprise, par ses paroles et aussi par ses actes, ses décisions. L’exigence d’engagement fait partie des aspirations des jeunes générations quand ils abordent le marché du travail. Une étude ViaVoice / Manpower souligne la priorité accordée à de nouveaux objectifs stratégiques : RSE et croissance inclusive, parité, diversité… obligent les organisations à repenser leur stratégie. Michel Serre le dit avec ses mots : « Petite Poucette rêve d’une œuvre nouvelle, dont la finalité serait (…) d’être bénéfique – elle ne parle pas du salaire, elle aurait dit bénéficiaire, mais du bonheur aussi – à ceux qui œuvrent. »

Des foules pas si stupides

Cette quête de sens, cette ambition de faire changer les choses est favorisée par l’apparition d’internet, qui offre un accès illimité à l’information, et permet de faire émerger des projets collectifs qui touchent un maximum de monde. Le professeur d’université Michel Serre l’a bien compris, qui annonce le renversement de la présomption d’incompétence. De même que le professeur ne peut plus distiller son savoir rare du haut de sa chaire face à des étudiants bien informés, le manager, mais aussi le médecin, le politique, le journaliste… sont remis en question dans leur autorité et doivent composer avec des foules pas si stupides.

Et le bonheur au travail ?

C’est ce renversement de l’autorité, de l’expertise, mais aussi de la créativité, de l’initiative, que j’ai voulu décrire au travers du roman « Le bonheur au travail »[3], où le héros découvre le monde de l’entreprise comme stagiaire, se confronte à son double discours, ses absurdités bureaucratiques, tente l’aventure entrepreneuriale, pour finalement expérimenter de nouvelles formes de gouvernance[4]. Et oui, plus que jamais, le bonheur et le sens que l’on donne à son travail est stratégique pour l’entreprise et mérite des actions bien concrètes, au-delà du simple discours.

Par Anne Edvire est Chief Happiness Officer à Efrei Paris, école d’ingénieur du numérique

[1] in Petite Poucette, 2012

[2] publiée par l’institut Montaigne et RAISE chez Eyrolles en 2015

[3] Le bonheur au travail, journal d’un jeune stagiaire (2017) et tome 2 : bougies, bugs et compagnie (2018), éditions les Passagères.

[4] Il est d’ailleurs intéressant de signaler que le roman est co-écrit (à quatre pour le premier tome, cinq pour le second, et huit pour le troisième !), et que les auteurs se sont organisés selon des règles qui s’inspirent plus de l’improvisation théâtrale que de la hiérarchie verticale. Mais ceci sera l’objet d’un autre article.

 

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