Qu’elles soient viscéralement engagées pour l’égalité femme-homme ou tout simplement pragmatiques au regard de ces chiffres éloquents, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à multiplier les initiatives pour valoriser leurs meilleures collaboratrices. Mais concrètement, comment faire émerger plus de femmes de talent au sein des entreprises et de leurs instances dirigeantes ?
Des femmes pour lesquelles les syndromes de la bonne élève et de l’imposteur restent encore dans le viseur… et que les entreprises entendent bien passer par les armes. Mais quelles armes justement ? Si on ne présente plus la valeur des rôles modèles, celle du mentorat, des réseaux de femmes (ou mixtes !), des académies et autres graduate programs gagne à être connue. Certains peuvent y voir du favoritisme, voire (attention gros mot), de la discrimination positive ? Valérie Brusseau présidente de l’association Elles Bougent, nous dit ce qu’elle en pense.
Stéréotypes de genre, orientation genrée, inégalités salariales, lacunes législatives, autocensure : quel est le plus grand obstacle à la carrière des femmes aujourd’hui ?
Sans aucun doute les stéréotypes de genre portés par la société, qui influencent les prescripteurs d’orientation que sont le cercle familial, amical et les professeurs. Des stéréotypes qui ont la vie dure et que nous nous efforçons de déconstruire avec Elles Bougent. D’abord en intervenant auprès des jeunes filles pour susciter des vocations. Nous nous reposons pour cela sur nos 15 000 marraines et nos 350 entreprises partenaires, qui nous ont permis d’assurer plus de 1 000 interventions et de toucher plus de 45 000 jeunes femmes. Ce mouvement de déconstruction passe également par une meilleure connaissance des enjeux de l’industrie de demain. Il est en effet essentiel de projeter les jeunes femmes sur les enjeux sociétaux de l’industrie, comme l’IA, la transition énergétique, les enjeux de souveraineté (défense, agroalimentaire, pharmaceutique etc.). Nous regardons aussi bien sûr ce qui se fait à l’international, en Afrique du Nord ou en Europe de l’Est par exemple, où les métiers scientifiques sont culturellement perçus comme des vecteurs d’ascenseur social et où l’égalité de genre est naturellement induite dans les écoles d’ingénieurs.
Quelles mesures pouvez-vous verser au débat public pour faire avancer les choses en la matière ?
Dans l’enquête Elles Bougent-OpinionWay Carrières en sciences : l’orientation est-elle toujours genrée en 2024 ? l’association Elles Bougent a formulé des recommandations, dont plusieurs ont été reprises dans le plan Filles & Maths : établir des quotas et des objectifs chiffrés sur le nombre de filles en option Maths en Terminale et en première année d’écoles d’ingénieurs, former les enseignants aux stéréotypes de genre et projeter les filles dans les professions scientifiques et techniques en leur faisant rencontrer des rôle modèles
On parle beaucoup de discrimination positive. En 2025, c’est un gros mot ou un mal nécessaire ?
Un mal nécessaire ! Les lois Copé-Zimmermann et Rixain nous l’ont montré : les quotas accélèrent les choses. Et sans eux, on ne pourra pas mettre en œuvre de spirale positive. Je rappelle à toutes fins utiles qu’il est établi que dans un groupe réunissant moins de 20 % de femmes, ces dernières déploient plus d’énergie à prouver leur légitimité vis-à-vis de leur genre qu’à déployer leur propre travail. C’est pour cela que nous saluons les initiatives de certaines écoles d’ingénieurs, l’EPF notamment, qui a annoncé en janvier dernier la création d’une voie d’accès exclusivement réservée aux femmes pour son cursus ingénieur, organisée selon des modalités de sélection non compétitives. Une initiative intéressante car il est démontré que la façon dont les concours sont faits les rend discriminatoires pour les femmes. Mais bien sûr, il ne s’agit pas de rogner sur le degré d’excellence de ces concours : le métier d’ingénieur est un métier à forte valeur ajoutée qui répond à des enjeux technologiques de pointe. Nous avons en France une formation d’ingénieurs à haute valeur ajoutée et il faut conserver cette forme d’élitisme de nos filières qui font partie des réponses à la nécessaire transformation de l’industrie.
« Aujourd’hui, l’industrie est en manque de talents qui innovent, qui ont envie de créer et de transformer. Et tous ces mots ne font pas appel à des savoirs genrés : alors allez-y, l’industrie a besoin de vous… et il y a du travail ! » conclut-elle.
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