Bien que développé et théorisé dans les années 60 à l’Université de Stanford, le design thinking n’est ni une invention nord-américaine, ni une révolution de ce siècle. Le cahier des charges de l’emblématique 2CV de Citroën, née de l’observation attentive des besoins de la population rurale du territoire au moment de l’essor de l’automobile française dans l’entre-deux-guerres, en est l’expression. Processus créateur de valeur centré sur l’humain et l’usage, le design thinking est au cœur de la démarche d’innovation. Une posture souvent déstabilisante dont les élèves d’IMT Mines Albi expérimentent tout au long de leur cursus les vertus.

 

Le design thinking, un état d’esprit

Se mettre dans la posture «design thinking», c’est tout d’abord, observer en permanence, voir ce que les gens font, surtout ce qu’ils ne font pas et trouver ce qu’il y a d’important dans la connaissance de l’environnement, les règles et les usages qui ne sont pas écrits mais qui le régissent. L’empathie est sans aucun doute, la caractéristique principale adoptée dans la posture « design thinking ». Se donner l’opportunité de changer d’angle de vue en abandonnant ses préjugés, lâcher prise en faisant confiance à l’intelligence collective demandent un réel effort à nos élèves plutôt cartésiens. Enfin, le design thinking se pratique au sein d’une équipe dont la diversité des profils et leur capacité à collaborer, engendrent la richesse des idées.

Sortir de sa zone de confort

Se mettre à l’écoute des besoins et des motivations de toutes les personnes réunies autour d’un projet n’est pas spontané. Le design thinking, méthode centrée sur les usagers, se focalise sur une proposition de valeur visant à satisfaire le besoin de l’usager qui dépend essentiellement de l’application de cette méthode et de la constitution de l’équipe. Pour de jeunes élèves-ingénieurs qui sortent de classes préparatoires, cette confrontation au monde réel est souvent perturbante. Le design thinking leur demande de se débarrasser des préjugés et d’emprunter d’autres voies que la démarche scientifique rassurante qu’ils ont acquise. Il peut aussi les confronter à l’échec, ce qui est difficile pour ce profil d’élève. 

Un apprentissage de longue haleine

Plus la confrontation avec le monde réel a lieu tôt, plus elle est rassurante pour les élèves. Essentielle dans les écoles d’ingénieurs, la formation au design thinking fait partie intégrante de la culture de l’innovation. Elle permet de former ces fameux profils en T1, capables de créer et de manager des équipes interdisciplinaires dans le cadre de processus créatifs. A IMT Mines Albi, les étudiants sont mis en situation dès la 1ère année d’école, à travers un cours de stratégie d’entreprise : L’évaluation porte sur un produit ou service fictif conçu par les élèves en équipes s’appuyant sur les outils de créativité, de marketing et de stratégie appris. Un « startupper talent maker » (Loïc Gaté) a été recruté dans l’incubateur de l’école. Il pourra ainsi suivre les projets d’étudiant nés pendant ce cours, lesquels seront développés réellement par leurs auteurs. L’apprentissage du design thinking se poursuit en deuxième année, avec les Missions Innov’Actions (200h d’enseignement dédié), en l’introduisant massivement dans le cadre d’une problématique réelle confiée par une entreprise.

 A la clé, la proposition de valeur

Appliquée à tous les projets qui intègrent l’incubateur d’IMT Mines Albi, la méthode du design thinking convie les startups au succès : un taux de survie à cinq ans de 75% et de belles réussites, à l’instar de Marianka – La Matière Bavarde, distinguée au dernier CES à Las Vegas. Transformer les surfaces en capteurs pour, par exemple, faire disparaitre les interrupteurs a permis à la startup de trouver son marché dans le secteur du luxe et du haut de gamme. Le design thinking lui permet d’élargir encore le champ des applications de sa technologie. Dans le cadre des missions Innov’Actions, les élèves-ingénieurs lui ont ainsi proposé de développer des dalles musicales pour l’éducation des jeunes aveugles dans leurs déplacements. Une application innovante et porteuse de valeur qui devrait voir le jour prochainement.

Sur l’auteur, Philippe Farenc, Directeur du développement économique et entrepreneurial IMT Mines Albi

crédit photo IMT Mines Albi

Ingénieur diplômé d’IMT Mines Albi, dans la spécialité matériaux, Philippe Farenc rejoint l’encadrement de son école d’origine en 2006, après une expérience de chef de la cellule Interdépartementale, risques accidentels à la DRIRE Auvergne. A IMT Mines Albi, il a successivement exercé les fonctions de Secrétaire Général adjoint, responsable du département technique, directeur adjoint des études et Adjoint au directeur de la Recherche, de l’Innovation et des Relations économiques.
En 2016, Philippe Farenc devient directeur des relations économiques et de l’entrepreneuriat de l’école  et dans ce cadre, il est, depuis septembre 2018, responsable de l’incubateur technologique, de l’Openlab La FaBrique et responsable établissement étudiant entrepreneur (en lien avec le PEPITE régional).
Après avoir enseigné la sécurité industrielle et la qualité (il intervient notamment dans le MOOC IMPACT de l’IMT sur la santé sécurité au travail, il se spécialise dans le design thinking. Il intervient également dans le Master AMINJ à l’INU Champollion dans ce domaine. En préparation, une intervention dans les formations d’ingénieur sur prototyper pour convaincre et en ingénierie pédagogique pour les doctorants.

 

1 Profil théorisé par Tim Brown, fondateur du cabinet IDEO et pionnier du design thinking, le profil en T est une métaphore : la barre verticale du «T» représente la profondeur des compétences et de l’expertise dans un domaine particulier d’une personne et la barre horizontale supérieure du «T» représente sa capacité à collaborer avec des experts d’autres domaines et à s’y projeter.

 

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