En 2006, l’Institut de l’Entreprise et plusieurs écoles de management – Audencia Business School, ESSEC Business School et Inseec – menaient une enquête Culture générale et management. L’une des conclusions décrivait le « déclin très net de la culture générale. Les lacunes en matière artistique, historique, religieuse ou politique, sont considérables chez les moins de trente ans, y compris parfois chez les cadres de bon niveau ». 10 ans après, la leçon semble avoir été retenue. La culture générale est aujourd’hui une composante essentielle de la formation du dirigeant de demain.  – Par Violaine Cherrier

 

 

En effet, les formations ayant vocation à former des futurs responsables d’entreprises, attachent une importance toute particulière à l’acquisition d’une certaine culture générale dans leurs cursus. Les grandes écoles intègrent des épreuves de culture générale à leurs concours, les passerelles se multiplient pour intégrer l’école en 1re ou 2e année après un cursus généraliste…

 

Pourquoi ?

Parce que les qualités relationnelles, les compétences d’expression, la faculté d’écoute et de dialogue, la capacité à résoudre les conflits supposent une bonne connaissance de soi et des autres et aident à faire la différence en entreprise. À la clé : une meilleure appréhension d’un environnement organisationnel de plus en plus complexe.

Multiplier les grilles de lecture

Mêler expertise scientifique, technique et capacités humaines favorisent une vision à 360 des situations rencontrées. Autre atout : la capacité à évoluer au sein d’environnements multiculturels devenus aujourd’hui une norme. Une approche appliquée depuis longtemps par Télécom ParisTech. L’école est en effet l’une des premières à avoir proposé un programme en culture générale. « Les élèves en classe préparatoire sont concentrés sur leur programme. Il est intéressant de leur donner une vision plus élargie dès leur intégration en grande école et avant leur entrée dans la vie active. Un apport en culture générale leur est bénéfique et leur permet une lecture du donné selon différents points de vue : une même situation reçoit une interprétation différente du philosophe, du sociologue ou de l’ingénieur… Or un dirigeant sera confronté à cet environnement multiple », explique Brigitte Munier, enseignant chercheur à Télécom ParisTech et responsable de la culture générale. La culture générale s’avère donc un excellent moyen de se différencier pendant et après l’école car elle incite les élèves à multiplier les regards sur le monde et à se remettre eux-mêmes en question. « Avoir compris et expérimenté la fécondité de la lecture pluridisciplinaire d’une situation apprend à combattre les a priori menaçant de bloquer une relation professionnelle future, notamment avec des partenaires étrangers. »

« L’appétence pour la culture générale est un bon signe d’ouverture et de réussite future. Elle récompense une capacité de réflexion émanant d’autres disciplines. »

Une école du leadership

Qu’apprend-on au juste dans un cours de culture générale ? Les enseignements de culture générale associés à ceux dits de « formation humaine » contribuent à apprendre aux élèves à s’exprimer publiquement… Même le charisme peut s’apprendre, quitte à se prendre au jeu, ensuite ! Les cours de culture générale sont en prise avec l’actualité (comme le Brexit, cette année) mais cherchent aussi à procurer des interprétations différentes et complémentaires d’un même phénomène : « La notion de communautarisme, par exemple, recevra un éclairage différent de la sociologie, de la géopolitique ou de l’anthropologie. Nos enseignements ont l’ambition de susciter l’intérêt fort des élèves qui, ensuite, développeront seuls une curiosité éveillée à l’école : c’est ainsi que nous les amenons au musée ou à l’opéra… »

Participer à l’excellence de la formation à la française

Le secret d’un ingénieur ou d’un manager à la française ? Sa capacité à appréhender des problématiques complexes ! Une qualité renforcée par la culture générale et plébiscitée dans le monde entier. « Ainsi voudra-t-on apprendre aux élèves à prendre en compte la part de l’imaginaire dans la perception des phénomènes : qui fabrique et vend des robots, par exemple, a grand intérêt à connaître la part d’angoisse qu’ils éveillent afin de concevoir des produits acceptables par le public. Une appréhension purement scientifique des choses est incomplète ! »

 

30H de culture générale et de formation humaine obligatoires à Télécom ParisTech

La culture, clé de l’innovation

En 2011, la Carnegie Fondation établissait un rapport en faveur d’une formation ancrée sur une approche transdisciplinaire ! Cet enjeu, Sciences Po l’a également bien compris en lançant l’école du management et de l’innovation, un programme établi sur la transdisciplinarité et sur 3 principes fondateurs, les 3C : créativité, complexité et commun. Objectif : préparer les nouveaux leaders de demain en phase avec les changements socio-économiques d’aujourd’hui. Comment y parvenir ? En stimulant un esprit d’initiatives et de responsabilités, la compréhension des différences cultuelles et un sens de l’humain. « Nous avons une vraie faculté de sciences humaines et sociales transdisciplinaires. Une bonne partie des sciences de gestion reposent sur des travaux de sciences sociales. 43 % des jeunes diplômés débutent leur carrière à l’international. Notre connaissance des sciences sociales et notre enseignement depuis plus de cent ans vont ainsi dans le bon sens et se montrent efficaces, parfois plus que ceux des business schools », explique Marie-Laure Djelic, co-doyenne de l’école.

 

« L’École du management et de l’innovation est profondément enracinée dans ce qui a fait Sciences Po, l’interdisciplinarité. Elle s’intègre pleinement dans notre volonté de transformation initiée il y a déjà plusieurs années. »
Frédéric Mion, directeur de Sciences Po