Pouvant potentiellement impacter la santé, l’environnement, l’économie, la vie privée… ipso-facto lorsque le déploiement de la 5G est évoqué le débat s’hystérise jusqu’à générer des croyances et des comportements irrationnels : D’aucuns vont jusqu’à désigner la 5G comme responsable de la propagation de la pandémie, d’autres s’illustrent dans la destruction d’antennes, un phénomène observé initialement au Royaume-Unis, aux Pays-Bas et en Chine, avant de répandre, ici-là de par le monde. Quant à la question posée  : la 5 G progrès ou menace ? Une réponse triviale pourrait être : « les deux mon général ». Explications.

 

“Le progrès n’a aucun caractère inéluctable, rien ne garantit des lendemains meilleurs.” Karl Popper 

 

L’exemple de la santé

Dans le domaine de la santé, ce qui pourra être considéré pour les uns comme un progrès : la fin des zones blanches, pourra être considéré comme une grave menace pour les personnes se disant atteinte du syndrome HSE (hyper-sensibilité électromagnétique). L’augmentation du « smog électromagnétique » l’est également. S’il est exact que les rayonnements électromagnétiques sont classés parmi les cancérigènes « possibles » par l’OMS ce que ne manquent pas de rappeler les opposants à son déploiement, sans pour autant toujours distinguer Antenne 5 G et usages des outils.

 

Des fantasmes et des faits

Comme le rappelle Santé publique France dans une expertise publiée en mars 2018 « l’état actuel des connaissances ne permet pas d’établir un lien de cause à effet entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par les personnes se déclarant EHS. l’Agence souligne que la souffrance et les douleurs exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue les conduisant à adapter leur quotidien pour y faire face. »

 

5G, progrès ou menace : dangerosité… oui mais

Pour ce qui est du volet « cancérigène » Olivier Merckel (chef de l’unité Agents physiques, nouvelles technologies et grands aménagements à l’Anses) pointe ainsi les mésusages évoqués : «  le niveau de preuve de l’effet de l’exposition aux radiofréquences sur les tumeurs cérébrales est « possible » pour les grands utilisateurs de téléphone mobile (1640 heures au cours de leur vie) ». Il est par ailleurs à noter que :

  • La 5G étant des ondes « courtes », elles s’arrêtent au niveau de la peau
  • Les infrastructures ne fonctionnant que sur demande sont plus économes, ce qui limite encore les expositions

La peur un levier contre-intuitif

La peur est un levier efficace, il s’agit toutefois de faire preuve d’intégrité en matière d’exactitude des informations dispensées, certains qui seraient tenté d’en abuser devraient considérer les dégâts d’un discours outrancier lorsqu’ils évoquent le syndrome HSE, qui relèverait du psychique. Un discours alarmiste contre-intuitif augmentant la gravité des troubles d’une population en réelle souffrance. En 2005, une étude « exhaustive » de la littérature scientifique menée par l’équipe de Martin Röösli ¹ (Institute of Social and Preventive Medicine, Department of Social and Preventive Medicine, University of Bern) a analysé les résultats de 31 expériences qui testaient si les champs électromagnétiques causaient de l’électro sensibilité. Les personnes se jugeant hypersensibles seraient incapables de distinguer une exposition aux champs électromagnétiques réels d’une exposition simulée.

 

Des menaces et… des opportunités

S’il est des menaces, quel que soit le secteur, il convient de les identifier pour mettre en place les gardes fous efficients. Au demeurant d’un point de vue technologique, la 5G est un réel progrès, porteuse d’espoir tant sur le plan économique que managérial.

Des opportunités économiques

  • Pour vendre de nouveaux téléphones (le taux de renouvellement est d’environ 2 ans en France) ou abonnements pour les opérateurs téléphoniques.
  • Pour développer une infrastructure réseau et l’étendre notamment avec les réseaux satellites, permettant d’offrir de nouveaux services susceptibles de de toucher plus d’organisations que les seuls opérateurs réseaux.
  • Pour développer (enfin) l’internet des objets sans fil rendu possible sur grande échelle (voiture autonome et communicante, capteurs communiquant, etc. )

Des opportunités managériales

  • Permettant la reconfiguration des modèles d’affaires vers des collaboration inter-organisationnelles.
  • Offrant la possibilité de créer des nouveaux produits et services pour et par les clients des opérateurs réseaux.
  • Rendant possible de repenser le travail ou les déplacements en profondeur.

 

In fine, quel que soit le domaine évoqué, il ne s’agit pas d’être pour ou contre la 5G. Tout progrès est porteur d’opportunités comme de menaces, les appréhender, se fonder sur les faits, identifier les garde-fous nécessaires, sont des conditions sine qua non pour pouvoir avancer au pas de la Doctrine du cadre noir : « En avant calme et droit ».

Yannick Chatelain, Docteur en Administration des Affaires, professeur associé (IT/DIGITAL) chez Grenoble École de Management,  chercheur associé à la Chaire DOS « Digital, Organization and Society ».

Pierre Dalzotto est Professeur Assistant Coordinateur de la Chaire. « Digital, Organization and Society » de Grenoble École de Management, & doctorant au CERAG à l’Université Grenoble Alpes