François Germinet veut en finir avec cette tendance universitaire à sous-estimer ses diplômes, à s’embourber dans son image d’usine impersonnelle et de fabrique à chômeurs ! Il possède plusieurs armes dans cette bataille. Il est à la tête d’une « jeune » université dont il promeut la capacité à faire preuve de pragmatisme, d’ouverture, de réactivité et d’acc ompagnement ; les relations historiques avec le monde économique ; la cohésion et les activités collectives.

 

A 42 ans, François Germinet (ENPC 93 - docteur en mathématiques Paris-Diderot) est l’un des plus jeunes présidents d’université. Il a été élu à la tête de l’université de Cergy-Pontoise (UCP) en mars 2012

A 42 ans, François Germinet (ENPC 93 - docteur en mathématiques Paris-Diderot) est l’un des plus jeunes présidents d’université. Il a été élu à la tête de l’université de Cergy-Pontoise (UCP) en mars 2012

Etre une « jeune » université créée en 1991 donne-t-il une posture différente à l’UCP dans le paysage universitaire ?
Etre une « jeune » université, cela veut dire que tout ce que nous sommes, nous sommes allés le chercher, nous l’avons construit ! Cela forge un certain caractère chez nos personnels administratifs et enseignants. Cela indique une certaine manière de fonctionner. Je la qualifierais de pragmatique et d’ouverte. Nous prenons chaque question l’une après l’autre sans débat d’idéologues. Etre pragmatique c’est avoir la capacité à porter de nouveaux projets, et à le faire rapidement. Il nous a aussi fallu faire nos preuves en construisant notre capacité de recherche. Etre porteur principal d’un Labex ou être dans le classement de Shanghai pour les maths est une très belle récompense !

 

Une université pragmatique et ouverte
Pouvez-vous donner des exemples de réalisations menées grâce à cette posture ?
Elle nous a conduit à proposer tôt des cursus en apprentissage, devenus l’un de nos atouts avec près de 10 % des étudiants en alternance. Autre exemple, entre l’idée, la discussion dans nos instances et son ouverture, il ne nous aura fallu que 6 mois pour monter notre fab-lab. Lorsque la Banque Populaire rives de Paris nous a parlé de ses besoins en formation pour ses chargés de clientèle, nous avons été en mesure de monter un programme dédié en 6 mois. Je crois que pour certains projets il faut même être un peu culotté. C’est le cas de l’IEP Sciences Po Saint-Germain-en-Laye monté avec l’UVSQ qui ouvre à la rentrée 2014 ou encore lorsque nous lançons deux ou trois cursus de master chaque année !

 

« Notre première responsabilité sociale d’université est de fournir un diplôme
qui mène à l’emploi pour nos étudiants. L’université n’est
pas une fabrique à chômeurs ! »

Accompagner
Comment assurer la professionnalisation et l’insertion de vos étudiants ?
Par un accompagnement de leur arrivée à l’UCP jusqu’à leur insertion. L’UCP n’est pas une usine, il y règne une ambiance familiale. On marque l’entrée à l’UCP par une journée festive. Puis durant deux semaines, les étudiants ont accès à un guichet pour poser toutes leurs questions à des anciens, des personnels, des étudiants. Ils ne sont pas perdus, passent des tests de niveau et suivent le cas échéant une remise à niveau. Ils sont très suivis durant le premier semestre pour éviter le décrochage, nous rencontrons ceux que notre système d’alerte identifie comme fragiles ou décrochants. Des conseillers d’orientation leur proposent des solutions, un semestre nouveau départ, une autre formation. L’idée est de mettre chacun sur le chemin de la réussite et surtout de savoir pour quoi et vers quoi il s’engage ! Concernant l’insertion, 100 % de nos élèves de licence Pro sont en apprentissage et donc se placent très bien. Ceux de master bénéficient d’un tutorat si nécessaire et d’un accompagnement plus classique pour tous. L’important est de leur donner des informations et des clés pour décrypter les secteurs et métiers, cibler les plus porteurs, approcher les recruteurs, se présenter, utiliser les outils et réseaux de la recherche d’emploi, et comprendre le tempo l’entreprise.

 

Partenaire des entreprises aujourd’hui et pour leur futur
Quelle est votre stratégie pour développer des liens avec l’entreprise ?

C’est là encore un atout de notre jeunesse. Dès sa création, l’UCP a fait de ses liens avec le monde économique un axe prioritaire. Ils se caractérisent par deux grands marqueurs : l’apprentissage depuis 15 ans, et une nouvelle étape depuis la LRU et la création d’un Fondation qui en trois ans a levé 3 M€. Au-delà des stages et de l’apprentissage, le soutien des entreprises s’inscrit dans leur politique de RSE : mécénat, financement de bourses (100 par an), mentorat par des professionnels. L’UCP organise depuis 3 ans une opération de speed recruting mettant face-à-face 400 entreprises et 500 étudiants. Les étudiants ont 8 minutes pour se présenter et décrocher un stage ou un emploi. Le développement de notre offre de formation continue est un autre signe que nos relations avec les entreprises sont matures. Elles veulent nous associer à leur image, leur développement, leur avenir. Nous sommes partenaires de leurs besoins en compétences et nos laboratoires sont partenaires de leur R&D.
Existe-t-il un sentiment d’appartenance à la communauté UCP ?
Le sentiment d’appartenance des personnels est fort et précieux. Pour certains, ils contribuent à la création de l’UCP en 1991. Pour les étudiants, je dirais que ce sentiment est plus récent, et nous travaillons pour qu’il se développe. Par exemple, en organisant depuis 5 ans une fête pour la remise des diplômes. Il y a une ambiance incroyable avec 5 000 personnes, des activités festives ! Je suis toujours heureux de voir les jeunes et leurs parents émus, fiers. Nous remettons à cette occasion des bourses de doctorat, mettons en avant des anciens et des étudiants. Je crois qu’il est important de partager des moments collectifs, de cohésion, célébrant notre université pour prendre conscience de la valeur de son diplôme. qui sont réunis au sein du Rézo UCP. Il faut cesser cette tendance à l’auto-flagellation des universités, à dénigrer la valeur de nos diplômes. Obtenir un diplôme c’est exigeant, il faut être fier de cela !

 

Cultiver les liens académiques
En tant qu’ingénieur des Ponts et docteur vous avez une double culture académique, quel regard portezvous sur la dualité universités et grandes écoles en France ?
Je suis convaincu que ce n’est pas en restant chacun entre soi que l’on se développera et que nos étudiants seront plus ouverts, adaptables et compétents. Déjà l’UCP a noué des relations qui ont vocation à s’approfondir avec des établissements de son territoire, l’ESSEC, l’ENSEA et l’ESTI notamment. Nous avons des masters et doctorats communs, des recherches et laboratoires collaboratifs, des échanges d’étudiants, des projets de création d’un grand pôle universitaire.

 

Un président connecté
Retrouvez François Germinet sur Twitter https://twitter.com/UCP _Germinet ; sa page sur le site de l’UCP http://germinet.u-cergy.fr/ Il est aussi le président du comité numérique de la CPU.
« Je m’intéresse aux réseaux pour la manière dont ils impactent les relations humaines, changent les rapports, la transmission de connaissances, permettent de passer d’un mode vertical à un mode horizontal dans nos institutions, créent de nouvelles interactions. »
François Germinet a aussi fait des SI des outils stratégiques pour le pilotage de son université.

 

Un président mathématicien
« Les mathématiques sont un autre outil très utile pour gérer une université. Outre la rigueur dans le raisonnement, pour François Germinet « être familier et à l’aise avec les chiffres est un atout pour gérer les questions budgétaires. Ce n’est pas un luxe aujourd’hui… Ma double formation m’a aussi donné la capacité de traiter un grand nombre de paramètres simultanément, à gérer la complexité ; ce qui est nécessaire au quotidien dans une université. »

 

L’UCP en chiffres
1 700 personnels
140 M€ de budget
10 sites
16 500 étudiants dont 49 % en licence et 30 % en master
1 500 étudiants en apprentissage
22 laboratoires dont
8 UMR CNRS
450 doctorants
7 chaires

 

A. D-F