Qui ne rêve pas d’un monde de la finance plus éthique ? A longueur de tribune, essayistes, chercheurs ou simples citoyens ne cessent de réclamer une moralisation de la finance. Les bonus des traders sont particulièrement visés. Que peut faire une école de management pour participer à ce mouvement ? Cette question se pose à la plupart des écoles. Elle revient, lancinante, lors des crises quand celles-ci sont accusées de ne former que des techniciens, des gestionnaires dont le seul but serait de maximiser les profits financiers de l’entreprise en particulier celles du secteur bancaire. La question n’est pas tout à fait neutre car elle renvoie au rôle que doivent tenir les écoles dans le système productif : est-ce réellement le rôle d’une école de définir ce qui est et ce qui n’est pas éthique ? est-ce à une école de management de prendre position quant au caractère éthique du montant que peut toucher un trader sous forme de bonus ?

 

Montrer qu’il y a des règles
Dans ce contexte, quelques écoles ont choisi d’accompagner ce besoin de réglementation du secteur de la finance en faisant certifier leur examen de connaissance minimale par l’autorité des marchés financiers (AMF). Cet examen balaye en cent questions les fondamentaux de la finance, notamment de marché. Il est désormais indispensable de l’obtenir pour occuper des postes impliquant des opérations financières (vendeur, trader, conseiller financier etc…). Au-delà du bagage technique nécessaire (comptabilité, valorisation, fonctionnement des marchés…), cet examen est l’occasion d’attirer l’attention des futurs financiers sur un point crucial de leur activité : leurs futurs métiers sont régis par la loi ! Le code monétaire et financier, le code du commerce, le code des assurances voire le code civil décrivent par le menu ce qu’est et ne doit pas être une transaction financière, un opérateur financier etc…C’est assez nouveau pour être signalé. Avant la crise de 2008, un opérateur financier pouvait faire l’ensemble de sa carrière sans jeter un regard aux nombreux textes de lois qui encadrent les pratiques du secteur. Pour faire un parallèle, on imagine mal quelqu’un recevoir le permis de conduire sans jeter un oeil sur le code de la route !

 

Un vrai impact sur la société
Grâce à cet examen, ces écoles ont bien un impact direct, mesurable sur la connaissance des individus quant aux pratiques éthiques en finance. Par exemple, depuis un an, plus de 150 étudiants de Grenoble Ecole de Management ont passé cet examen avec succès. La formation n’a pas la prétention de définir ce qui est ou n’est pas éthique, nul besoin d’alerter sur le fait que blanchir de l’argent est mal, chacun le sait. Il s’agît plutôt de faire prendre conscience aux futurs financiers que des situations souvent banales, dans certains contextes, peuvent s’apparenter à du blanchiment, du délit d’initié ou de l’abus de confiance et qu’ils doivent alors en avertir les autorités. Dans le cas contraire ils risquent une sanction pénale. C’est en ce sens que les écoles se doivent d’avancer. Si leurs rôles n’est peut-être pas de définir les contours de l’éthique en finance, leur mission est surement d’accompagner les initiatives permettant de redonner du sens à celle-ci. D’ailleurs, audelà des étudiants intéressés par une carrière en finance, l’école invite tout un chacun à s’intéresser à cet examen car il donne de nombreuses clés pour comprendre ce monde parfois opaque. Il permet notamment aux clients des institutions financières que nous sommes tous de préciser le cadre relationnel dans lequel doit s’effectuer toute opération  En ce sens, par une protection accrue du client, cet examen permet probablement d’améliorer l’éthique du secteur financier.

 

Par Philippe Dupuy
Professeur Associé
Grenoble Ecole de Management
philippe.dupuy@grenoble-em.com