L’année 2014 aura vu Mario Draghi multiplier les annonces en faveur d’actions décisives de la Banque Centrale pour r aviver la croissance en zone Euro. Malheureusement il s’avère que ces annonces font plutôt figure d’incantations… En effet l’année 2014 se conclut sous une note plutôt négative : spectre de la déflation, ralentissement économique en Allemagne, retour des craintes raviver la croissance en Europe en ayant recours à ces soit-disant super pouvoirs ?

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Des actions de la BCE volontaristes …
Les actions de la BCE se font plus agressives depuis septembre 2014 date à laquelle le taux de refinancement a été réduit à 0.05% qui en fait un des taux nominaux les plus bas des pays industrialisés. Les intentions de Mario Draghi sont claires : il veut ressusciter l’inflation pour éviter un scénario à la japonaise. Afin de maximiser l’efficacité de son action, il a même été décidé d’abaisser simultanément le taux sur les dépôts des banques commerciales auprès des banques centrales à un niveau négatif égal à -0.20%. Les banques commerciales sont donc aujourd’hui obligées de payer la BCE pour avoir le droit de laisser leurs dépôts.

 

… qui n’a finalement que peu d’effets sur la reprise de l’activité
Comme aux Etats-Unis, la tendance des banques commerciales depuis le début de la mise en place de politiques monétaires non orthodoxes a plutôt été de laisser leurs réserves excédentaires en dépôt auprès de la Banque Centrale. Les liquidités injectées massivement par la Banque Centrale ne sont que très faiblement traduites par des prêts à l’économie. L’instauration d’un taux négatif sur les dépôts vise donc à forcer les banques à transformer leurs réserves excédentaires en prêts. En Europe, ce mécanisme de transmission de la politique monétaire est essentiel à la relance de l’activité étant donné que le financement de l’économie européenne passe à plus de 70% par le secteur bancaire contrairement aux Etats-Unis. La reprise de l’activité de prêts est cruciale pour l’accès au financement des petites et moyennes entreprises qui n’ont d’autres alternatives en matière de financement externe – sachant que leur autofinancement est mis à mal par des marges réduites et un excédent brute d’exploitation en baisse.

 

Des circonstances réglementaires aggravantes
Pourquoi n’est-il finalement pas si surprenant que cela de voir les banques commerciales peu enclines à prêter ? D’une part les banques européennes sont sous la pression réglementaire de Bâle III à travers la mise en place CRD4 ce qui les rend encore plus sélectives dans les profils d’entreprises qu’elles sont prêtes à financer afin de minimiser à la fois le coût du risque et le coût de la liquidité associé (lié au LCR). En outre, à supposer que les banques sont bien arrivées à la fin du processus de deleveraging, la question délicate pour les banques est celle préserver les marges d’intérêt en particulier en ce qui concerne les prêts immobiliers. Comment les banques peuvent prêter en toute sérénité à taux fixe sur des durées comprises entre 15 et 20 ans alors que les taux sont historiquement bas ? Elles seraient exposées au risque de pertes dès lors que les taux remontraient non seulement par rapport au coût du renouvellement de leurs ressources mais aussi par rapport au faible revenu perçu sur leurs prêts. Dans ce contexteil n’est pas étonnant que les banques européennes ne se soient pas précipitées sur les deux premières tranches du programme de TLTRO. Elles sont sans doute plus sages que leurs têtes dirigeantes. Mais la détermination de Mario Draghi ne va pas s’arrêter là : on nous promet une action coup de poing début 2015… Super Mario va enfin sortir ses super pouvoirs… mais en a-t-il vraiment ?

 

Par Nathalie Janson
économiste professeur associé au département Economie,
Culture et Affaires Internationales de NEOMA BUsiness school