Le monde de l’enseignement supérieur ne fonctionne pas en vase clos. Les enjeux de parité entre hommes et femmes, visibles dans le monde professionnel en général, s’y retrouvent. En tant que lieu d’éducation au monde du travail mais aussi de recherche, elles ne peuvent rester passives. Ceci est d’autant plus crucial que les deux accréditeurs principaux, AACSB et Equis, intègrent la parité hommes – femmes comme critère dans les classements. – Par Sabine Lunel-Suzanne, Directrice du développement social et de la formation pour les métiers de services à l’énergie d’ENGIE (à gauche) et Anne-Marie Patard, Directrice Marketing -Communication ESILV – Pôle Léonard de Vinci

 

Une loi qui a fait bouger les lignes

Depuis le 1er janvier 2017, la loi Coppé-Zimmerman (JO du 27 janvier 2011) impose 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises publiques et cotées. Pour être nommées, ces femmes doivent faire partie des comités de direction. Il faut donc travailler sur la répartition des niveaux hiérarchiques. En d’autres mots, embaucher plus de femmes pour qu’elles soient plus nombreuses à atteindre les postes clés des entreprises. Cette loi, très discutée au moment de sa mise en application, est maintenant reconnue par l’ensemble des parties prenantes comme une loi pragmatique et efficace.

Sabine Lunel-Suzanne

Sabine Lunel-Suzanne

Pourquoi est-ce important de développer la mixité ?

La présence des femmes dans la sphère professionnelle est un état de fait dans de nombreux pays et elles sont désormais des acteurs incontournables de l’entreprise. En revanche, le sujet de la parité fait encore couler beaucoup d’encre. La diversité créant des zones d’émulation, elle rend les équipes plus créatives. Développer la mixité dans les entreprises, c’est se donner les moyens d’améliorer sa performance.

Comment développer cette mixité ?

La prédominance masculine dans les métiers techniques est une réalité. Mais pas une fatalité. Depuis plusieurs années, l’entreprise agit pour transformer l’image de ses métiers et féminiser ses recrutements. Pour cela, elle doit lutter contre deux stéréotypes. Chez les hommes, l’idée que les femmes ont moins de leadership. Et chez les femmes, une forme d’autocensure quant à leur capacité à prendre des responsabilités.

Anne-Marie Patard

Anne-Marie Patard

L’orientation des filles vers les sciences et les technologies grâce à Elles bougent

Difficile d’attirer dans des métiers techniques à image masculine. Alors que la parité existe en Terminale S, seulement 10 % des bachelières S choisissent des études de techniciennes ou d’ingénieures, contre 30 % des garçons. C’est trop peu ! C’est là qu’intervient Elles bougent. Sa mission : faire découvrir aux jeunes filles les filières en manque de talents féminins, grâce à des rencontres avec des femmes ingénieures et techniciennes qui présentent leurs métiers. Ces femmes transmettent leur passion et ainsi suscitent des vocations. En 10 ans, l’association a sensibilisé 50 000 jeunes filles pour les convaincre de la pertinence de ces voies et de s’engager dans des filières scientifiques et techniques. Une étude CSA/Elles bougent réalisée en mars 2016, a confirmé le besoin des jeunes filles (73 % d’entre elles contre 27 % des garçons interrogés) d’être informées sur les métiers technologiques.

 

Et les hommes dans tout ca ?

Au-delà des actions mises en œuvre pour aider les femmes à se faire leur place dans les entreprises, impliquer les hommes dans le sujet de l’égalité professionnelle entre femmes et hommes est essentiel. Dans les entreprises dont les effectifs sont majoritairement composés d’hommes, il faut aller au-delà de la seule mobilisation des femmes. C’est peut-être là d’ailleurs que réside le levier principal de succès de la mixité. En effet, derrière la question de l’égalité professionnelle se cache celle de l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Et ce sujet concerne aussi bien les femmes que les hommes.

Happy Men

Le réseau Happy Men s’adresse à tous les hommes, cadres, managers et dirigeants, qui cherchent à réussir leur vie professionnelle sans sacrifier leur vie personnelle ou familiale. Mais aussi qui souhaitent que tous leurs collaborateurs, hommes ou femmes, puissent en faire autant. En échangeant sans tabou sur des sujets comme la qualité de vie au travail, l’organisation du travail, le management, la promotion des femmes etc. les managers qui s’engagent dans le réseau Happy Men deviennent mieux armés pour faire fructifier le patrimoine humain qu’ils animent. C’est un levier extraordinaire en matière d’innovation managériale.

Quel avenir pour ces réseaux ?

Des témoignages concrets d’hommes et de femmes prouvent la pertinence de ces réseaux pour faire avancer la mixité. Pour autant, l’égalité professionnelle est un objectif complexe, de longue haleine. Ces réseaux ont encore un bel avenir devant eux.

 

Pour en savoir plus sur ces réseaux :
www.ellesbougent.com
www.happymen.fr