spécial Président(e)s

Tous les chemins mènent au trône
Existe-t-il une formation idéale pour devenir PDG ? « Non, ça se saurait », s’exclame Marie-Claire Lemaître, DG du cabinet de recrutement Mercuri Urval. « Les parcours sont très variés, mais la tendance est quand même à la baisse des PDG autodidactes. Il y a de plus en plus de cursus à l’étranger qui permettent de se forger un réseau. Ensuite il y a toujours les grandes écoles, c’est un vivier très important. Mais il n’y a pas de formation idéale. Le rôle du PDG est tellement varié qu’on ne trouvera pas la formation qui permette d’avoir toutes les qualités nécessaires. » Ainsi, si les écoles de commerce semblent être la voie classique, les écoles d’ingénieurs ont aussi leur lot de dirigeants. « Il y a toujours eu de la création d’entreprise à la sortie d’école », rappelle Anne-Marie Patard, responsable marketing et communication de l’ECE Paris.
Quant aux enseignements que doivent recevoir les futurs dirigeants de grands groupes, pour Bernard Ramanantsoa, Directeur Général d’HEC Paris, ils sont de trois types : « D’abord je crois qu’il y a une dimension technique : il faut comprendre ce que c’est la comptabilité sans être expert comptable, il faut comprendre les experts juridiques sans être un grand professeur de droit, etc. Ensuite, le non cognitif. Par exemple, la négociation. Vous ne pouvez pas apprendre aux élèves comment négocier, mais vous pouvez leur donner des grilles pour décoder une situation de négociation. De même, la gestion des priorités. Par exemple, à HEC il n’y a personne qui dit « Les étudiants ont un examen de finance donc on va alléger le marketing. » Ils se débrouillent. Enfin, ce que j’appelle le sociopolitique, c’est-à-dire comprendre les grands enjeux, posséder une culture générale de l’expérience. Par exemple, leur faire passer 15 jours à St Cyr et leur faire réaliser qu’il y a des gens pour qui c’est normal de se lever en voyant la Marseillaise lors d’un match de foot à la télévision. »

 

Apprendre à manager la diversité
La formation offerte aux PDG de demain a évolué et nombreuses sont désormais les écoles qui incluent dans leurs programmes une sensibilisation au management de la diversité, aux questions d’éthique et de morale. En témoignent la naissance de la chaire de recherche « Capital Humain et Performance » en septembre 2012 à HEC Paris, la création en 2007 de la chaire « ESSEC Leadership et Diversité » ou encore l’intégration récente du Master Grande Ecole de Rouen Business School au sein du « University Recognition Program » du CFA Institute, qui récompense les institutions dont le programme met l’accent sur l’éthique ainsi que sur l’importance du respect des codes déontologiques et des normes de conduites professionnelles.

 

A Grenoble Ecole de Management, c’est tout l’enseignement du management qui a été réformé au cours des dernières années, à travers deux grands principes évoqués par Thibault Daudigeos, enseignant chercheur dans le département Hommes, Organisations et Société :
« 1. Former à l’éthique ne doit pas être dissocié de formations plus concrètes. C’est dans la formation traditionnelle du contrôle de gestion, de la finance (…) que l’on doit intégrer l’éthique. Nous avons donc revisité les cours traditionnels, et nous proposons aussi des cours optionnels.
2. Nous souhaitons mettre le plus possible l’étudiant face à des situations réelles. L’éthique, on a du mal à l’enseigner uniquement par la théorie : en théorie, les étudiants sont très moraux, mais c’est quand ils sont en situation que c’est beaucoup plus difficile à gérer. Nous avons donc mis en place plusieurs axes :

  • L’apprentissage par l’expérience. On les fait jouer des situations pendant que d’autres étudiants les observent. C’est source d’apprentissage parce que c’est un croisement des regards.
  • Les placer dans des situations très complexes, avec de fortes contraintes (par exemple de délai) parce que trop souvent on propose aux élèves des situations très schématiques, trop simples.
  • Ne pas imposer un ensemble de valeurs mais davantage rendre les étudiants capables d’être réflexifs par rapport aux valeurs en jeu. Donc on travaille sur le processus de prise de décision par rapport aux enjeux.
  • Faire travailler les étudiants sur des situations qui les concernent de prime abord. On confronte les cours avec leur expérience professionnelle et leur situation d’étudiants. »

Son conseil aux jeunes diplômés qui rêvent de diriger une organisation ?
« Passer par l’opérationnel avant d’être directement PDG. Parce que pour être empathique, il faut se mettre à l’écoute en adoptant des trajectoires très variées, à tous les niveaux de l’entreprise. »

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau