« L’Université de Lille se constitue avec d’importants atouts et une très grande ambition dans les domaines de la recherche et de la formation tout au long de la vie. »
Philippe Rollet, Président de l’Université Lille 1

Philippe Rollet, Président de l'Université Lille 1 © Université de Lille, Sciences et Technologies

Philippe Rollet, Président de l'Université Lille 1 © Université de Lille, Sciences et Technologies

Suite à la loi FIORASO, le projet d’établissement 2015-2019 va aboutir à la création de l’université de Lille, structure de 70 000 élèves dont 13 % d’élèves internationaux, 3 000 personnels administratifs, 3 300 enseignants et enseignants-chercheurs, 98 laboratoires de recherche. Comment peut-on rendre flexible la gestion d’une telle entité ?
Le rapprochement des trois universités de Lille, qui vont fusionner et constituer l’Université de Lille, en partenariat fort avec huit grandes écoles (École Centrale de Lille, ENSAIT, ENSC Lille, ESJ Lille, Sciences Po Lille, Télécom Lille, École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, École des mines de Douai) constitue un axe prioritaire pour mon établissement. Je n’ai pas d’inquiétudes particulières sur le pilotage de cette université de Lille. D’abord parce que nous préparons cette fusion en unifiant nos compétences de façon progressive, pragmatique et très volontariste.
Ensuite parce que fondamentalement il s’agit d’un changement d’échelle et non pas de nature. La nouvelle gouvernance sera donc à l’image de celle des universités qui la constituent, stratégique, réactive et portant haut et fort les missions de service public. La question de la taille ne constitue pas non plus en soi un important problème. D’une part car notre gouvernance repose sur la subsidiarité. D’autre part parce que plus que l’augmentation de taille, ce sont les opportunités nouvelles qu’il faut voir. Nous allons ainsi favoriser la mobilité étudiante, les coopérations interdisciplinaires, de nouveaux diplômes. Nous allons aussi accroître la reconnaissance de l’université et son attractivité internationale. Les avantages de la fusion sont largement supérieurs à l’inconvénient d’une complexité légèrement accrue de l’organisation.

 

« Lille 1 numérique » constitue-t-elle une innovation pédagogique incontournable notamment en matière de e-learning ?
Le numérique est très présent dans nos trois universités. A Lille 1, depuis les années 90’, le numérique est piloté par un vice-président chargé des TIC. Le numérique est ainsi un élément important de l’accompagnement des étudiants devenus plus mobiles dans le cadre de l’apprentissage, des licences professionnelles, des formations internationales ou encore de leur situation de salarié. Plus de la moitié de nos étudiants utilisent les ressources en ligne qui sont devenues un support pédagogique essentiel. Un bâtiment très moderne, excellemment équipé, dédié aux services d’enseignement multimédia est ouvert aux étudiants, aux enseignants et aux personnels. Lille1 TV a déjà produit 3 000 heures de conférences et reportages et nous disposons également d’une plate-forme iPod et d’une plate-forme pédagogique qui comptent 15 000 ressources et 1 200 cours. En matière de formation continue, très consommatrice de numérique, nous sommes bon an mal an la première ou la deuxième université française, notre chiffre d’affaires s’élevant à 10 millions d’euros par an (presque 18 pour les trois universités lilloises).

 

Comment mettez-vous en œuvre la professionnalisation des étudiants, notamment avec votre service des relations entreprises ?
L’insertion professionnelle a toujours constitué pour nous, et pour nos partenaires de Lille 2 et Lille 3, une priorité. Elle fait l’objet d’enquêtes régulières et d’un suivi à tout niveau de diplôme (secteur d’activité, temps de recherche pour un premier emploi, pourcentage d’intégration, niveau de qualification…) qui nous servent d’éléments d’information et de pilotage en matière de débouchés. 93 % et plus des titulaires de Master trouvent du travail dans les six mois de leur diplomation. Si nous avons rendu les stages obligatoires, nos différents dispositifs de suivi de stages sont coordonnés par un bureau d’aide à l’insertion professionnelle. Nous proposons à nos étudiants des formations à l’insertion qui sont assurées par des professionnels en ressources humaines. Nous organisons des journées professionnelles qui viennent en support des actions menées par les différentes composantes de l’université, ce qui crée une dynamique. Nous avons également développé une activité de veille numérique sur les métiers.

 

Votre situation géographique est-elle une des raisons essentielles de cette volonté d’ouverture à l’international ?
Ayant la chance de nous trouver proche d’un réseau de grandes universités belges, néerlandaises, allemandes et anglaises, nous exploitons cet atout dans le cadre de projets européens, notamment les projets « Interreg ». Nous développons des partenariats avec de nombreuses universités étrangères sous forme de doubles diplômes, de programmes spécifiques, d’actions communes dans la formation doctorale et d’unités mixtes de recherche internationale. Les trois universités lilloises accueillent plus de 8 000 étudiants internationaux chaque année.

 

Avec la création du « HUBHOUSE de Lille 1 », l’entrepreneuriat constitue un vecteur de formation dont la France a besoin. Ces enseignements sont-ils également présentés dans l’ensemble de vos offres de formation ?
Avec le soutien du Conseil régional, nous avons mis en place un réseau de Hubhouses pour l’accueil, la sensibilisation et l’accompagnement de projets étudiants pour la création d’entreprises. C’est un dispositif très innovant. Au sein de la Communauté d’universités Lille Nord de France une « Maison de l’entrepreneuriat » coordonne l’ensemble des activités entrepreneuriales des universités et des grandes écoles. A Lille 1, nous assurons aussi des formations spécifiques en entrepreneuriat dans le cadre de licences générales et professionnelles avec par exemple une licence les « Métiers de l’entrepreneuriat », ou avec un « Master en stratégie innovante entrepreneuriale». Nous pensons que si nos étudiants peuvent acquérir un esprit d’initiative et une capacité de mener à bien des projets complexes, ils créeront des entreprises mais ils pourront également mieux s’impliquer dans les entreprises qui et les institutions les accueilleront et développer l’ « intrapreneuriat » au cours de leur vie professionnelle.

 

Comment à Lille 1 la recherche relève-t-elle le challenge des innovations technologiques?
Notre politique de recherche vient en accompagnement de nos laboratoires et nous avons pour cela des leviers puissants : les emplois, le budget, Nous les accompagnons dans leurs réponses à des appels d’offres (ITE, Labex, Equipex…). Nous portons des projets européens qui s’inscrivent dans des réseaux universitaires de très grande qualité. La place lilloise est identifiée au niveau international par un ensemble de points forts, notamment dans les domaines de la biologie et santé (Alzheimer, diabète, cancers), des sciences et technologies de l’information et de la communication, les mathématiques, la physique et leur interfaces, les sciences du visuel, la chimie verte, l’environnement, les sciences humaines. Nous répondons ainsi à de forts enjeux sociétaux et notre recherche partenariale est fortement développée. Nous développons aussi des coopérations très fortes avec le CNRS et l’INSERM. Ainsi, nous allons accueillir le plus grand équipement de la résonance magnétique nucléaire dans le cadre du réseau du CNRS. Nos efforts financiers portent essentiellement sur les équipements et les bourses doctorales et s’inscrivent aussi dans une dynamique de soutien aux grands programmes initiés par la Région Nord-Pas-de-Calais et la Communauté urbaine de Lille.

 

Votre formation d’économiste vous donne-t-elle une vision plus pragmatique de la société et de l’université dont vous êtes Président ?
J’ai accédé à la présidence de cette université scientifique après avoir été chercheur au CNRS  et exercé des responsabilités dans de nombreux domaines (direction de laboratoire, direction de  faculté,  fonctions scientifiques au niveau national). C’est surtout cela qui m’a préparé à exercer une fonction de président. Ma formation en économie m’a sans doute aussi permis d’apporter une vision plus complète et plus professionnelle de certaines dimensions, notamment budgétaire, organisationnelle.

 

Patrick Simon