Doctorant ISAT pilotant un drone avec son smartphone

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Fusées, avions, trains, camions, voitures… notre pays a une longue histoire d’excellence dans le domaine des transports. La part du secteur industriel ‘’transports’’ reste importante et même à long terme cette configuration pourra perdurer. Cependant, la médiatisation des conjonctures défavorables et des délocalisations des sites de production conduit à un sentiment diffus de déclin de notre industrie de pointe, et particulièrement dans le secteur des transports. La globalisation, coupable de la mise en concurrence «sauvage» de la main d’oeuvre a, certes, conduit à la mutation profonde de l’industrie de masse mais a ouvert aussi des marchés émergents pour la technologie de pointe. Le carnet de commandes d’Airbus et l’agenda des tirs à Kourou témoignent d’une industrie conquérante. Mais il semble que c’est la capacité à développer en réseau, au sein d’un espace élargi aux collaborations européennes qui soit le meilleur cadre pour la réussite de ces projets ; c’est cette ouverture d’esprit, l’aptitude à travailler dans une équipe multinationale et pluridisciplinaire qui permet aux compétences techniques collectives et à la passion d’innover de se traduire en produits gagnants.
Dans un contexte de plus en plus mouvant quant à la configuration économique et financière des grands groupes il demeure néanmoins un très large paysage d’opportunités pour les jeunes diplômés dans le secteur des transports. Au sein des PME extrêmement dynamiques et innovantes que notre territoire sait porter, mais aussi dans différents services de grands groupes, dont la R&D bien entendu mais pas uniquement, de très belles carrières sont plus que jamais possibles pour ceux qui veulent se donner le peine d’une ambition forte et fortement ancrée sur des valeurs humaines.
Si l’on entend trop souvent que les mutations de la mobilité vont sonner le glas de l’industrie du transport, c’est très certainement le contraire qui risque de se produire. L’interdiction de la voiture traditionnelle en centre ville par exemple crée tout un faisceau d’opportunités pour les véhicules collectifs mais aussi individuels propres et énergétiquement efficaces. La raréfaction du pétrole et la réglementation des nuisances sonores créent aussi des opportunités d’activité pour des avions plus silencieux et plus économes. L’arrêt des chantiers de trains à grande vitesse ouvre des opportunités pour des trains à moyenne vitesse plus fiables, plus flexibles et rentables. Et si on ne mentionne que le véhicule, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de véhicule et de mobilité sans infrastructure et que dans ce domaine des bouleversements profonds vont se produire aussi bien dans leur conception que leur exploitation ou leur maintenance.
La question d’ailleurs ne doit pas se poser sur l’existence d’opportunités mais davantage sur le profil apte à en profiter. On ne rappellera jamais assez en France que parler anglais est nécessaire. Dans un monde où les marchés émergents sont les seules possibilités de croissance, la capacité à évoluer, communiquer, travailler et composer au sein de différentes cultures est le fondement d’une carrière. Il ne s’agit pas uniquement des carrières menées à l’international où cette aptitude nécessaire est évidente mais également pour un ingénieur sur le territoire, particulièrement dans les secteurs de pointe, où il faut appréhender l’environnement professionnel comme structurellement international.
Si l’on veut préparer nos ingénieurs à pouvoir saisir des opportunités dans les secteurs de pointe il ne faut plus tergiverser sur l’expérience obligatoire à l’étranger et l’opérationnalité, à ne pas confondre avec le niveau en anglais.
Si à cette aptitude au travail en équipe dans une vision internationale on rajoute une passion pour le secteur d’activité automobile, aérospatial, ferroviaire ou autre qui mobilise l’inventivité pour imaginer des technologies et des solutions parfois en rupture du schéma traditionnel du véhicule et de son infrastructure, on aboutit à un profil capable de saisir les opportunités des secteurs où l’innovation est le principal moteur de l’entreprise.
Les schémas établis de mobilité, voiture + autoroute – avion + aéroport, remis en question par la saturation, les usages et les enjeux environnementaux seront dans le futur davantage sujets au changement que par le passé. Formidable opportunité pour celui qui peut porter ou développer une idée. Le véhicule à air comprimé qu’on ne pouvait imaginer commercialiser dans un contexte ancien où la voiture, synonyme de liberté, propriété, symbole et statut social, se devait d’être puissante, fait aujourd’hui sens dans un schéma de mobilité différent et un marché global devant répondre aux besoins .locaux de régions peu électrifiées.

 

Par Luis Le Moyne
Directeur de l’ISAT
luis.le-moyne@u-bourgogne.fr