interview Bénédicte Fauvarque-Cosson Cnam
© BENOIT Laurence

Le Cnam : un lieu de démocratie par la raison – L’interview de Bénédicte Fauvarque-Cosson

Une institution chargée d’Histoire. Une gardienne de l’innovation. Depuis plus de deux siècles, le Cnam s’inscrit dans le temps long pour mieux donner le ton. Et c’est sans doute ce qui en fait un lieu privilégié de démocratie par la raison. Son administratrice générale, Bénédicte Fauvarque-Cosson, nous en dit plus.

interview Bénédicte Fauvarque-Cosson Cnam
© Dircom Cnam – L.Benoit

Pourquoi est-ce important de s’inscrire sur le temps long dans un monde où tout va vite ?

Le Cnam a été créé en 1794 comme un lieu d’enseignement à partir des objets, un lieu dédié à l’innovation, un lieu qui défend l’enseignement gratuit pour tous. Cette origine a beaucoup de sens pour nous et va de pair avec ce nom qui nous singularise. Quand on parle du Cnam, on parle du Conservatoire (un lieu qui conserve l’innovation technologique), National (une école présente partout en France), des Arts et Métiers (une expression parfois trompeuse qu’il faut entendre au sens étymologique du terme, qui renvoie au savoir-faire et à la pratique). Cette histoire et ce nom font écho aujourd’hui à notre ambition. Celle de nous illustrer comme le premier établissement public d’enseignement et de recherche en matière de formation tout au long de la vie.

Justement, vous parlez de formation tout au long de la vie et non de formation professionnelle ou continue. Pourquoi ce choix sémantique ?

Parce que ces deux termes sont restrictifs. Défenseur de l’idée de l’émancipation par la formation, le Cnam s’adresse à tous et partout : aux jeunes, aux moins jeunes, à Paris, sur nos territoires, à l’international. Il a pour ambition de former tout au long de la vie, pas seulement tout au long de la vie professionnelle.

Quelles nouveautés marquent la formation du Cnam cette année ?

J’évoquerais d’abord une innovation pédagogique : notre grand programme de micros-certifications. Des formations de 7 à 30h de cours qui portent sur des sujets très pratiques et qui permettent, grâce à l’obtention d’un badge numérique du Cnam, d’ajouter une ou plusieurs compétences précises à un parcours universitaire. A titre d’exemples, je citerais des micro-certifications en management (Gérer ses clients difficiles ou Concevoir et animer des formations inclusives »), dans l’énergie (Découvrez la micro-hydroélectricité cachée), en santé ( Les clés pour prévenir et gérer les arrêts maladie en entreprise), en cybersécurité (Face aux menaces, manager les crises), en numérique (Éthique de l’IA pour les organisations), ou encore en culture/information (Lutter contre les fake news). Notre dispositif de licences en poursuite d’études de BTS dans des lycées publics ou privés sous contrat, est aussi amené à se développer. A travers celui-ci, nous apportons aux meilleurs étudiants de BTS, la possibilité de poursuivre leurs études dans leur lycée, avec une troisième année de licence générale ou professionnelle tournée vers les métiers. Ce dispositif déployé dans des villes moyennes et par nos centres en région, permet d’attirer de meilleurs candidats dans les BTS et de revaloriser la filière, sans empiéter sur le périmètre des universités.

Et sur le volet international ?

Nous souhaitons mieux mettre en valeur nos masters internationaux, des formations en anglais à même d’attirer des étudiants du monde entier. Je pense notamment aux étudiants indiens, qui délaissent massivement les Etats-Unis au profit de l’Europe. Au regard de l’actualité internationale, nous apportons aussi pleinement notre soutien à notre centre au Liban.

Pourquoi Histoire et innovation sont-elles indissociables pour le Cnam ?

Le Cnam incarne l’héritage de trois grands hommes. Descartes d’abord, avec sa pensée autour de la raison, de la méthode scientifique, de l’utilité du savoir.  Condorcet ensuite, avec son engagement pour l’éducation pour tous, le progrès par le savoir, l’instruction publique et gratuite. L’Abbé Grégoire enfin, le fondateur du Cnam, qui a réussi à conjuguer cette idée de progrès social et industriel favorisé par la connaissance technique avec l’ouverture démocratique de l’instruction. Cet ancrage historique très fort nous permet aujourd’hui de nous tourner vers l’avenir en revendiquant ces valeurs à travers nos missions de formation, de recherche et de diffusion de la culture scientifique et technique. Nous sommes en effet convaincus qu’il y a un enjeu démocratique essentiel à éclairer les esprits, à apprendre à rechercher la vérité, à se fonder sur des faits objectifs, à adopter et valoriser une démarche scientifique. Pour le Cnam, l’Histoire et l’innovation sont tout aussi centrales l’une que l’autre.

De fait, est-il juste de dire que le Cnam est un OVNI de l’enseignement supérieur français ?

Ça dépend de ce que vous entendez par OVNI ! Nous ne sommes pas un Objet mais un organisme. Le Cnam n’est pas Volant, mais ancré dans ses territoires. Et dire qu’il est Non identifié est un peu sévère : je dirais plutôt qu’il est mal identifié, surtout à Paris où l’offre de formation est très riche. Je le qualifierais plutôt d’OVMI : un Organisme de Valorisation des Métiers et de l’Innovation. Et la réputation de cet OVMI est très bonne, notamment grâce à la qualité des diplômés de notre école d’ingénieurs. Car être ingénieur du Cnam, c’est quelque chose ! C’est avoir bénéficié d’une formation ancrée dans la pratique et le geste. C’est être un ingénieur qui sait éprouver ses connaissances et qui utilise son expérience pour avancer. Des qualités particulièrement appréciées des entreprises aujourd’hui.

Un message à celles et ceux qui hésiteraient à franchir les portes du Cnam ?

Où que vous en soyez dans votre trajectoire, vous trouverez forcément une formation pour vous au Cnam. Une formation véritablement sur-mesure, adaptée à votre parcours et à votre disponibilité. Au Cnam, vous pourrez toujours vous spécialiser ou vous reconvertir en valorisant vos acquis, et pour un coût très modeste. Vous avez une chance folle d’être dans un pays qui rend cela possible : saisissez-là !

Connaissez-vous ces trois pépites du Cnam ?

Zeus a rejoint le MuAM Le musée des Arts et Métiers (MuAM) a accueilli Zeus, l’emblématique cheval mécanique de la Cérémonie des JO de Paris 2024. Une œuvre qui n’est sans doute pas étrangère à la fréquentation record du musée qui a accueilli près de 365 000 visiteurs en 2025.

Une école d’ingénieurs et au-delà ! Pour embrasser les défis contemporains de façon toujours plus systémique, l’institution a mis en place depuis 2023 quatre écoles thématiques : l’École des transitions écologiques, l’École de l’énergie, l’École de la santé et l’École du numérique et de l’IA. Elles proposent partout en France (en présentiel ou à distance), des parcours de formation individualisés, du niveau bac+1 au doctorat, avec la possibilité de s’inscrire à des unités d’enseignement à la carte. De fait, elles rassemblent aujourd’hui près de 30 000 élèves (dont 20 000 rien que dans l’Ecole du numérique et de l’IA). Incarnant la transdisciplinarité de l’établissement, elles s’appuient sur plusieurs de ses laboratoires de recherche et encouragent le dialogue entre science et société, notamment à travers leur participation aux cycles de conférence Les jeudis du Cnam.

Une fondation fondatrice La Fondation Abbé Grégoire œuvre au développement de chaires partenariales et de labs afin de favoriser l’émergence de nouvelles approches dans les domaines de la santé, de la sécurité, de l’assurance et de la transformation numérique. Elle a notamment permis le déploiement du Double cursus bachelor + licence. Un programme a l’attention des étudiants en L1, L2, BTS, BUT ou CPGE souhaitant se réorienter et aux étudiants ayant quitté l’enseignement supérieur sans diplôme et souhaitant reprendre des études. Il leur donne la possibilité de suivre un double cursus pour acquérir un bachelor et une licence, dans les filières droit, gestion et informatique, entre autres. A ce jour, 160 étudiants ont intégré ce programme qui devrait bientôt monter en puissance et se déployer sur les territoires.