LES ÉCOLES DE COMMERCE SONT FIÈRES DE COMPTER 50 % DE JEUNES FEMMES AU SEIN DE LEURS PROMOTIONS, MAIS L’ÉGALITÉ ACQUISE SUR LES BANCS DE NOS ÉCOLES EST-ELLE REFLÉTÉE DANS LES PARCOURS PROFESSIONNELS ET LA QUALITÉ D’INSERTION DE NOS JEUNES DIPLÔMÉES ? LES ÉTUDES TENDENT À MONTRER QUE LA BALANCE PENCHE EN FAVEUR DES GARÇONS ET CERTAINS MÉTIERS OU SECTEURS SONT CONNOTÉS « MASCULINS » OU « FÉMININS ».

© Agence Prisme / Pierre Jayet

© Agence Prisme / Pierre Jayet

En réalité, aucune porte n’est fermée à ceux et celles qui renient les stéréotypes pour aller au bout de leurs passions : les compétences et la personnalité priment sur le genre. Conscientes des enjeux de la mixité, de nombreuses entreprises développent des programmes spécifiques pour encourager les vocations et accompagner les futures dirigeantes mais il faudra sans doute encore une génération ou deux pour que ce changement de mentalité porte ses fruits et qu’une vraie parité voit le jour au sein de la société.

 

PREMIER EMPLOI : GLOBALEMENT LES FILLES SONT PLUS IMPACTÉES PAR LA CRISE
Avec un taux net d’emploi des jeunes managers à 82,4 % (1) décrocher le diplôme d’une grande école de commerce reste un des meilleurs moyens pour démarrer rapidement sa carrière professionnelle. Cependant, l’analyse détaillée des différents indicateurs d’insertion montre que la situation actuelle est moins favorable aux jeunes femmes qu’à leurs camarades de promo masculins.
Non seulement la population de jeunes diplômées accède moins rapidement au premier emploi mais la qualité de leur insertion est également moins favorable :
– 3 filles sur 5 signent un CDI contre 4 garçons sur 5
– 74 % des femmes cadres contre 80 % des hommes
– L’écart moyen de salaire homme/femme hors primes se situe aux alentours de 2 200 € en France

 

FILLES-GARÇONS : LES MÊMES MÉTIERS ?
Les métiers liés à la finance/gestion, au commercial et au marketing figurent tous dans le top 4 des métiers exercés quel que soit le sexe. Cependant dans les deux premiers cas, les hommes sont largement majoritaires alors que les métiers du marketing sont dominés par les jeunes femmes, ainsi que les métiers de ressources humaines. L’audit, 3e métier d’accueil de jeunes diplômés et qui arrive également en 5e position chez les filles connaît une répartition plus égalitaire. (2)
De même, l’étude des secteurs d’emploi des jeunes diplômés de notre école, Grenoble Ecole de Management, fait ressortir une prévalence des activités financières et sociétés d’étude et de conseil pour les deux sexes avec, en 3e place, les activités informatiques pour les hommes et l’agro-alimentaire pour les femmes.
Les écarts de salaires moyens homme/ femme s’expliquent en grande partie par cette répartition des métiers et des secteurs.
Les métiers où les femmes sont surrepresentées (marketing, ressources humaines, mais aussi communication) sont ceux où les salaires sont les plus faibles. A l’inverse, les métiers à dominante masculine (Finance, commercial) ont à la fois les salaires les plus élevés et les plus grands écarts de rémunération homme/femme.
L’influence des secteurs a également son importance : les activités financières, sociétés de conseil et activités informatiques se situent dans la fourchette haute des rémunérations et les écarts de rémunération homme/femme sont les plus marqués. Les secteurs qui recrutent une majorité de jeunes femmes (agro-alimentaire mais également industrie textile et luxe) sont plus égalitaires mais proposent également des salaires moins élevés.

 

UNE FATALITÉ ? CERTAINEMENT PAS !
Soucieuses de faire émerger des cadres dirigeantes de nombreuses entreprises proposent aux jeunes femmes de révéler leurs talents et bénéficier d’un accompagnement. Dans le secteur bancaire c’est le cas par exemple du Crédit Agricole avec le Prix Louise Tallerie réservé aux étudiantes ou JP Morgan avec ses « Winning Women Events ». Dans l’industrie et le secteur IT, Accenture, Schneider Electric, Microsoft proposent des réseaux professionnels mais aussi tutorat et mentoring aux cadres féminins. Ils sont loin d’être seuls dans ce cas. Orange a inscrit dans son plan stratégique l’objectif d’atteindre 35 % de femmes dans les comités de direction et l’accompagne de nombreuses initiatives pour accompagner les carrières des femmes.
Les opportunités existent et les femmes sont reconnues pour leurs compétences mais le poids de l’éducation et des comportements persistent. En interrogeant les jeunes diplômés sur le salaire qu’ils souhaitent obtenir lors du premier emploi, Universum révèle que les jeunes femmes donnent un chiffre annuel inférieur de 3 000 € à celui des garçons de leur promo ! Elles sont également 4 fois moins nombreuses à tenter l’aventure d’une création d’entreprise et également moins présentes dans les micro-entreprises. Bien évidemment, mesurer la réussite et l’épanouissement professionnel uniquement en termes de rapidité d’insertion et salaire obtenu serait terriblement réducteur. Le choix d’un parcours est personnel et intimement lié au sens que l’on souhaite donner à sa vie. Invitées à évaluer la satisfaction globale avec leur emploi, les jeunes diplômées de Grenoble Ecole de Management attribuent une note de 4,05 sur 5 : un taux très légèrement supérieur à celui des garçons (3,92 sur 5), malgré des conditions a priori moins favorables. Et si notre rôle d’école, de recruteurs et de parents était de les aider à croire en leur potentiel, à être fières de leur choix, les aider à mieux négocier et s’affirmer quand nécessaire ?

 

(1) Source : L’insertion des diplômés des Grandes Ecoles : Enquête 2015
(2) Source : L’insertion des diplômés de Grenoble Ecole de Management: Enquête 2015

 

PAR SUSAN NALLET, DIRECTRICE CARE (DIRECTRICE CARRIÈRES, ALUMNI, RELATIONS EMPLOYEURS) À GEM