interview Amelie Nothomb
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« La discipline n’est pas une contrainte, mais une humilité »

À l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, Amélie Nothomb partage son regard sur la Gen Z, entre quête de sens et défi de la discipline. Elle invite les jeunes femmes talentueuses à sortir des pièges de la comparaison et rappelle que l’avenir se construit par la singularité.

Comment percevez-vous la Génération Z ?

Ils m’écrivent beaucoup et je les trouve très angoissés. L’avenir les préoccupe et on peut les comprendre. Quand j’étais jeune, tout le monde affirmait que nous n’avions aucun avenir et qu’on allait dans le mur. Finalement, on ne s’en est pas si mal sorti, donc pourquoi pas eux ? Ce qui me frappe aussi, c’est cette peur permanente de ne pas être « dans la norme ». J’ai l’impression qu’à cause des réseaux sociaux, ils sont tout le temps dans la comparaison. Or, le seul point de comparaison que chacun peut avoir c’est soi-même. Dès que l’on se compare à autrui, on est forcément dans l’erreur et on a des complexes.

Vous constatez des différences entre jeunes hommes et jeunes femmes ?

Oui, c’est frappant. Dans les courriers que je reçois, les jeunes hommes ne me parlent jamais d’illégitimité. Les jeunes femmes, en revanche, me l’écrivent continuellement. C’est en réalité bon signe car il est souvent le lot des personnes de qualité. Mais là encore, les réseaux accentuent cette impression en tendant un miroir déformant. Aujourd’hui encore, même dans la Génération Z un homme n’est pas éduqué de manière à douter de lui-même. Si j’étais chef d’entreprise, je choisirais plutôt de recruter des femmes. Ce sentiment d’illégitimité est le signe d’une exigence, d’une qualité, tandis que celui qui arrive « en pays conquis » me paraît plus suspect.

Beaucoup de jeunes ont un rapport différent à l’entreprise que leurs aînés. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve très positif que les jeunes ne veuillent plus sacrifier leur vie à l’entreprise et équilibrer leur vie. C’est un mouvement mondial, même si au Japon – où j’ai travaillé en 1990 – on attend encore une dévotion totale des employés. Je comprends parfaitement cette quête de sens et d’équilibre. Elle est légitime et salutaire.

Le côté face, ce serait un fameux manque de discipline que l’on prêterait à la Gen Z…

C’est un handicap qui ne concerne pas l’entreprise, mais les personnes elles-mêmes. Je rencontre énormément de jeunes gens qui s’imaginent qu’on peut arriver à quelque chose dans la vie sans une discipline. Or, ça n’existe pas. Le mot discipline est devenu tellement négatif, on y voit quelque chose de fasciste, alors qu’elle est porteuse d’une humilité intérieure. Si on ne fait pas les efforts tous les jours, on n’y arrive pas. C’est clairement générationnel.

Vous qui écrivez au petit matin, vous êtes à bonne école…

Adolescente, j’avais conscience de la valeur de la discipline, mais je n’avais pas la volonté de l’appliquer. J’avais encore la paresse de l’adolescence qui existe bel et bien à cet âge. Ce n’est qu’à 20 ans, lorsque ma volonté d’écrire est devenue plus forte que tout, que j’ai accepté cette discipline : me lever à quatre heures chaque matin et écrire quatre heures, sans faillir.

L’écriture, un remède à bien des tourments ?

Absolument. Écrire fait un bien fou, mais cela ne signifie pas forcément publier. Les jeunes d’aujourd’hui veulent trop vite brûler les étapes. Or, écrire est déjà un accomplissement. Pour ma part, je ne publie qu’un quart de ce que j’écris. Comme le disait le poète Rainer Maria Rilke : « si l’écriture ne prend pas aux tripes, mieux vaut abandonner. »

Vos conseils aux jeunes femmes qui vont entrer sur le marché du travail ?

Restez vous-mêmes. J’ai travaillé dans une entreprise japonaise, où l’on attendait une totale conformité. Or, on ne peut pas jouer un rôle toute une vie : cela finit toujours par se fissurer. Un bon chef d’entreprise doit savoir accueillir la singularité de chacun et en faire une richesse.

interview Amelie Nothomb

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Tant Mieux. Éditions Albin Michel