le grand entretien : ALAIN STORCK PRÉSIDENT DE L’UTC

 

L’ingénieur UTC est unique en son genre. Pour le président de l’Université de Technologie de Compiègne, Alain Storck, il est surtout différent car formé selon un modèle pédagogique fondé sur des valeurs d’humanisme, de créativité, d’interculturalité, de coopération et d’audace. Il pense le développement technologique et apporte des solutions innovantes aux enjeux du monde contemporain.

 

Alain Storck, président de l’UTC © Eric Nocher

Alain Storck, président de l’UTC © Eric Nocher

 

Deux de vos étudiants ont été sélectionnés pour participer au concours Lénine International Paris 2015. Incarnent-ils une figure « idéale » de l’ingénieur UTC ?
Le modèle de formation de l’UTC repose sur des spécificités qui sont en effet incarnées par ces jeunes gens. Dès l’origine, l’UTC a fait le choix stratégique de former ses ingénieurs par la pensée critique au travers d’une forte intégration des sciences humaines et sociales. Notre ambition est de réconcilier les sciences et la philosophie, au travers de parcours de formation originaux conduisant au diplôme d’ingénieur. C’est le cas de notre cursus HuTech (Humanités et Technologie) ouvert aux lycéens des filières L et ES.

 

Quel est votre secret pour former des ingénieurs si créatifs ?
L’UTC assume la double ambition de former des ingénieurs à l’esprit « bâtisseur » et entrepreneur, créateurs d’entreprise, d’emplois et d’activités. Nous considérons l’innovation et l’entrepreneuriat comme une 3e mission. Nous promouvons la créativité et l’innovation comme facteurs de la prospérité économique et de la croissance durable qui reposent sur les investissements à long terme que sont la recherche et la formation. C’est par ces spécificités que nous parvenons à former des ingénieurs capables d’inventer des objets techniques qui sont aussi des objets sociotechniques diffusant dans la société. Ils savent prendre des risques et osent entreprendre.

 

Comment définissez-vous la posture de l’ingénieur UTC dans le monde contemporain ?
Les ingénieurs sont de plus en plus amenés à concevoir des situations d’activités plus que des dispositifs techniques. Ces situations intègrent des solutions techniques mais aussi des prescriptions organisationnelles et sociétales, des schémas d’usage, voire une idéologie de la technique (allocation des rôles entre l’homme et la machine par exemple). Les compétences en SHS sont pensées comme une introduction à une démarche pour préparer nos futurs ingénieurs à imaginer et concevoir des situations inconnues. Savoir penser la complexité des systèmes sociotechniques nécessite des capacités d’autocritique et de décentrement que doit apporter une culture générale sur la construction des idées et des outils. Les élèves confrontent cette culture à la pratique durant leurs stages et expériences internationales. L’innovation technique ne peut plus se détacher du sens que leur donneront les utilisateurs. Ce sens dépendant lui-même d’une dynamique socio-économique sans cesse modifiée par les innovations. Il nous faut donc fournir à nos étudiants les outils intellectuels pour penser le pouvoir transformant des innovations techniques. Ils seront ainsi en mesure d’anticiper ses évolutions et de mesurer le sens de leur responsabilité dans le mouvement de l’évolution technologique.

 

L’innovation érigée au rang de mission
« L’UTC revendique une approche intégrée de la recherche et de l’innovation. La finalité de la recherche technologique est à la fois cognitive et applicative. Se préoccuper d’applications au travers d’un lien fort avec les milieux économiques permet de faire remonter des problématiques scientifiques en amont, et aux innovations de vivre une vie économique longue et profitable pour la société.  Dans ce cadre, nous considérons l’innovation comme des démarches et des processus visant à transformer les connaissances et les inventions en innovations en réponse à une demande et apportant une valeur ajoutée à la société. Nous savons aussi que les innovations prennent souvent naissance à la frontière des disciplines. Nous cultivons donc l’interdisciplinarité et marions les compétences pour monter les projets de nos enseignants-chercheurs ou étudiants, avec nos partenaires industriels. C’est notre capacité à aborder et mettre en réseau des problématiques telles énergie, transports, habitat ou ville durable, qui nous permet d’apporter des réponses originales aux défis de nos sociétés. »

 

A. D-F