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Femmes dirigeantes : UN NOMBRE INCROYABLEMENT BAS

LA GRANDE INJUSTICE : Pourquoi est-il si difficile pour les femmes d’accéder aux postes à hautes responsabilités et pourquoi ce changement est-il si lent ?

© JB - Fotolia
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LA PRÉSENCE DES FEMMES AU SOMMET DES ENTREPRISES EST À UN NIVEAU INCROYABLEMENT BAS. L’étude Bouaiss-Bricard1 a révélé qu’en 2013 seulement 4 femmes étaient présidentes de sociétés du SBF 120 (soit 3,3 %), alors qu’elles étaient 24,7 % aux Conseils d’Administration (CA) de ces mêmes sociétés. Le magazine Dynamiquemag. com parle sans doute un peu vite « d’explosion de la féminisation des instances dirigeantes du SBF120 en anticipation de la loi Copé-Zimmerman. » Cette loi exige qu’il y aitau moins 40 % de femmes siégeant aux CA en 2017. Ce qui est quand même une révolution alors qu’aucune entreprise du SBF 120 n’était dirigée en 2013 par une femme… La presse se félicitée quand même d’avoir pu trouver 9 DAF (7,5 %) dans ce groupe d’entreprises.2

 

FAISONS UN SAUT AUX ETATS-UNIS, pays où la discrimination sur base sexuelle est interdite par la loi. Le magazine Fortune, dans son édition du 3 juin 2014, révèle que le pourcentage de femmes CEO avait atteint un niveau historique de … 4,8% !3 Il est vrai qu’une seule entreprise du Fortune 500 était dirigée par une femme en 1998 … Admettons que lorsque le niveau est (quasi) nul, tout progrès est nécessairement (quasi) infini !

 

TOUT CECI N’EST SIMPLEMENT PAS NORMAL, NI NATUREL. C’est ce qui a amené la Norvège, pays hautement démocratique, à « innover » en exigeant une solide représentation (40 %) de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises (dont celles cotées en bourse d’Oslo). Et l’opération a réussi : aujourd’hui, le pourcentage est de 41 %. Par contre, elle n’a pas été sans coût : la moitié des sociétés cotées ont changé de statut social pour échapper à la régulation4… Et même dans une Scandinavie progressiste et volontaire dans le traitement des femmes dans la vie des affaires, la présence féminine au niveau des cadres dirigeants est affligeante: parmi les 145 plus grandes capitalisations scandinaves, seulement 3 % sont dirigées par une femme.5

 

CECI PERMET QUATRE CONCLUSIONS :
1 que la bonne volonté ne suffit pas pour assurer un nombre suffisant de femmes au top des entreprises
2 que nous avons à faire à un problème mondial
3 que la régulation est un outil effectif lorsqu’il s’agit de changer cet état de choses
4 que la régulation au niveau des conseils d’administration ne suffit pas, car le problème reste entier au niveau des cadres dirigeants et supérieurs.
Nous proposons ici de revoir les raisons de ce triste état de choses, au vu des résultats de recherche récents, édifiants et insuffisamment connus. Ces recherches soulignent combien le problème est coriace et peu « naturel », car le résultat d’un ensemble de constructions sociétales et culturelles subtiles et tenaces, qu’il faut comprendre pour pouvoir réduire ces discriminations dont souffrent les femmes dans le monde du travail, et auxquelles elles-mêmes contribuent, même si inconsciemment. Nous concluons avec des commentaires sur les postures et comportements utiles des hommes et des femmes dans ce domaine, afin d’avoir,  des sociétés plus effectives. Pour être bien clair dès le début : nous sommes contre des quotas érigés en édits permanents, mais trouvons dans ces mêmes quotas des outils temporaires effectifs si l’objectif est de réduire les barrières discriminantes qui empêchent les femmes à faire face aux mêmes choix dans le monde du travail que les hommes, afin qu’elles puissent faire leurs choix de manière plus égale avec les hommes, que règne dans le monde du travail et de l’organisation plus de justice, et que nos sociétés bénéficient de toutes les contributions féminines dont elle a besoin. Mais pour cela, il faut commencer par démontrer et bien comprendre que ceci n’est pas le cas aujourd’hui, et pourquoi. Ce que nous tenterons de démontrer, au moyen de la recherche moderne sur ce sujet.

 

1 « Les femmes administrateurs au sein des conseils d’administration des sociétés du SBF 120 en 2013 », Rapport présenté par Karima Bouaiss et Agnès Bricard, Fédération Femmes des Administrateurs & IAE Université de Poitiers (2013).
2 « Femmes DAF : les 9 du SBF 120 » par Sophie Lhameen, dans : Cadre et Dirigeant Magazine, le 3 juillet 2014.
3 « Number of Fortune 500 women CEOs reaches historic high », par Caroline Fairchild, dans : Fortune, le 3 juin 2014.
4 « Does mandatory gender balance work ? Changing organizational form to avoid board upheaval, » par Oyvind Bohren et Siv Staubo, dans : BI Norwegian Business School (March 20, 2013) et Journal of Corporate Finance (2014 ou 2015).
5 « Even Scandinavia has a CEO Gender Gap, » par Christina Zander, dans : The Wall Street Journal, le 21 mai 2014.

 

L’auteur remercie ses collègues Herminia Ibarra et Jean-François Manzoni, tous deux plus experts dans ce sujet que lui-même, qui l’ont dirigé vers de nombreux écrits.

 

Par Ludo Van der Heyden, The INSEAD Chaired Professor of Corporate Governance

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