De plus en plus de pays introduisent une législation environnementale en réponse au changement climatique, scientifiquement indéniable. La volonté politique s’exprime davantage, mais la grande majorité des pays n’atteint pas suffisamment les objectifs environnementaux fixés. L’argument classique, c’est le manque de rentabilité de la mise en œuvre de l’action environnementale. Or, à long terme, la production d’énergie à partir de sources renouvelables deviendra stable et économiquement viable.

 

Aux Etats-Unis, environ 75% de la production de charbon coûte désormais plus cher à produire que l’énergie issue des panneaux solaires et des éoliennes. Mais la volonté politique américaine, comme dans bien d’autres pays, semble encore peu tournée vers le désengagement des énergies fossiles, privilégiant les objectifs économiques aux objectifs environnementaux. Pourtant, plusieurs rapports soulignent que nous sommes la dernière génération qui puisse encore agir pour prévenir le changement climatique et éviter des conséquences mondiales dramatiques.

Encourager les pratiques environnementales dans l’entreprise

Le sentiment d’urgence provoqué par les preuves scientifiques, comme le mois de juillet 2019 devenu le plus chaud de l’histoire, est un vrai moteur, d’un simple point de vue commercial, pour un entrepreneuriat plus éthique et pour des produits qui répondent aux préoccupations environnementales. La durabilité est devenue un nouvel argument de vente, indépendamment de sa nécessité pour la survie humaine. Par conséquent, un nombre important d’entreprises présente maintenant une image plus verte à ses clients et fournisseurs. Le respect de l’environnement s’accompagne aussi désormais d’avantages monétaires. Il existe même dorénavant des agences de notation dédiées.

Alors pourquoi cette tendance, qui devient prioritaire pour tant d’entreprises, n’est-elle pas suivie par tous les pays ne respectant pas les objectifs environnementaux officiellement recommandés ?

La sacrosainte maximisation de la valeur

L’objectif principal de la gestion des entreprises est d’augmenter la richesse des actionnaires. Cette maximisation de la valeur est une approche holistique qui concerne tout ce qui peut affecter l’image de l’entreprise. Dans cette optique, les entreprises font de leur mieux pour offrir à leurs parties prenantes ce qu’elles demandent, et ainsi à adopter un profil environnemental s’il est demandé. Un bémol cependant : tous les consommateurs ne peuvent pas raisonner de façon inconditionnelle en sacrifiant leur pouvoir d’achat au profit de l’environnement. Comme l’ont montré les gilets jaunes, ou le protectionnisme du charbon et du pétrole pour sauver des emplois aux États-Unis, les gouvernements ont tendance à aligner leurs actions en conséquence.

Un virage brutal vers une économie zéro carbone nécessiterait un changement radical des habitudes de consommation. Or, les industries à forte intensité énergétique ou les consommateurs sensibles aux prix sont plus susceptibles de privilégier les besoins financiers par rapport aux besoins environnementaux.

Les entreprises doivent faire un compromis entre respect de l’environnement et prix compétitifs, toujours en lien avec l’objectif de maximisation de la valeur. Qui plus est, d’un point de vue économique, il est préférable d’évoluer progressivement, d’où une période de transition avant un état zéro carbone. Durant cette période, les actions des entreprises peuvent paraître inefficaces, car la demande environnementale est encore élastique.

Poudre aux yeux vs lobbying

Malheureusement, certaines entreprises très énergivores préfèrent s’adonner à des actions « poudre aux yeux » ou à du lobbying, car un changement de modèle aurait de trop grandes conséquences financières. D’un côté, elles ont tenté de redorer leur image concernant leur impact environnemental, tout en continuant à dépenser secrètement d’énormes sommes dans des activités peu respectueuses de la planète, dont l’impact est autrement plus important. C’est le cas des cinq grandes sociétés de combustibles fossiles (BP, Shell, ExxonMobil, Chevron et Total) ou de grands fonds d’investissement. Là encore, seul un changement radical dans le comportement des consommateurs et des parties prenantes aiderait à réduire l’impact du lobbying en imposant un objectif financier à poursuivre pour ces entreprises ou en modifiant la législation.

Si globalement on observe un changement significatif, qui se reflète même dans le secteur de la finance, où des termes tels que « risque climatique », « coût social du carbone » et « prix du carbone » sont entrés dans le vocabulaire, avec l’émergence de produits financiers verts, il faudra encore de nombreuses années avant d’observer un véritable alignement global des pratiques.

 

Iordanis Kalaitzoglou, Professeur de finance à Audencia