Si l’on évalue l’équation « quête de sens-performance » uniquement sous l’angle des marchés financiers, l’exemple récent de d’un géant de l’agroalimentaire semblerait illustrer la difficile compatibilité des deux notions.

 

Les contradictions existent au sein des entreprises mais aussi chez les consommateurs. Nous voulons du sens, du bio, du local, du social, du durable. Mais souvent, le prix reste un important driver d’achat. Faut-il se décourager pour autant et considérer que quête de sens et performance sont résolument incompatibles ? Non, car nous sommes face à une tendance de fond, où convergent actuellement les questions de sens et de performance. La quête d’un sens collectif global, la volonté de contribuer au bien commun et de participer à l’intérêt général, la conscience de l’urgence de préserver la planète et l’humanité sont autant de phénomènes de transformation profonds qui ont suscité des progrès rapides sur ces 5 dernières années.

 A lire l’expérience leadership de Clairefontaine

Un monde en mutation

Au niveau des institutions mondiales, les 17 Objectifs Développement Durable de l’ONU sont devenus le langage commun international, depuis leur adoption en 2015. Au niveau des entreprises et des organisations, les pratiques et indicateurs RSE se systématisent. L’exigeant label international B-corp se déploie en France depuis 2015. Bref, les choses ont changé. Certes, au tournant de ce siècle, les questions écologiques et sociales étaient encore perçues comme fortement politisées, mais la prise de conscience de notre responsabilité environnementale et sociétale s’est ouverte bien au-delà du cercle initial. Même si tout n’est pas acquis, cela touche désormais un large public, dont la jeunesse fait partie.

 

Millennials et conscience écologique

En France, le « manifeste étudiant pour un réveil écologique » fédère plus de 32 000 signataires dans les grandes écoles et les universités. Le mouvement interpelle les entreprises futurs employeurs quant à leurs actions pour l’environnement. Les entreprises vont devoir réussir à motiver au niveau des Ressources Humaines, ces Millennials sur cet engagement écologique qui devient de facto une condition de la performance économique.

 

Devoir des entreprises

Les entreprises vont devoir nourrir le besoin d’utilité sociale des jeunes générations, si elles veulent réussir à les impliquer :

  • Il faut une entreprise qui inspire fierté et sentiment d’appartenance
  • Mais aussi des managers qui incarnent un leadership humaniste et responsable, au service de l’entreprise, du bien commun et à l’écoute de leurs collaborateurs, avec écoute, empathie et intelligence émotionnelle.

C’est vrai que les mentalités ont beaucoup évolué : ceux qui sont aujourd’hui étudiants sont probablement plus intransigeants que leurs ainés sur leurs conditions de travail, leur bien-être et les éléments sur lesquels ils refusent de faire des concessions. Le philosophe Charles Taylor définit cela sous le concept « d’authenticité » pour la génération actuelle : « Être sincère envers moi-même signifie être fidèle à ma propre originalité, et c’est ce que je suis seul à pouvoir dire et découvrir. En le faisant, je me définis du même coup. Je réalise une potentialité qui est proprement mienne. »

 

Toucher à l’intime

Les jeunes générations doivent pouvoir face à leur propre quête de sens et savoir y apporter leurs propres réponses, sans tout attendre de l’entreprise. « Vous ne pouvez pas attendre de la vie d’avoir un sens, vous devez lui en donner un » écrivait Romain Gary. La quête de sens implique de rechercher la congruence entre ce que l’on croit et ce que l’on fait. Cela passe par une bonne connaissance de soi, de ses potentiels, de ses valeurs et convictions. On peut dire que c’est du win-win : demain, dans les entreprises et organisations où ces jeunes diplômés vont travailler, ils auront beaucoup plus d’impact s’ils sont congruents et « alignés ». Donc ils seront plus performants. En revanche, sans doute un peu moins « malléables »… ?

 

Et pour nos étudiants ?

Au Pôle Léonard de Vinci, nous venons de concevoir et animer un nouveau séminaire Soft Skills transversal sur le leadership, pour les 1 000 étudiants de 5e année de nos 3 écoles. Objectif : les aider à trouver leur propre style de leadership. Quête de sens, connaissance de soi et affirmation de ses valeurs. Travailler sur soi, c’est aussi peut-être une étape pour travailler sur la transformation du monde ?

Complément pour le web

Il nous a amené à mêler différentes approches pour accompagner les étudiants dans la découverte de leur propre style de leadership.

  • En faisant émerger les idées reçues que chacun pouvait avoir sur le leadership et avons travaillé avec des prismes comme le MBTI, le LEA (Leadership Effectiveness Analysis), ou les ancres de motivation de carrière.
  • En posant la question de l’influence des contextes comme les rôles ou la culture d’entreprise sur le leadership des individus.
  • En amenant chacun.e à exprimer son style de leadership pour entrer dans le monde professionnel.

Notre objectif est d’accompagner les étudiants à pouvoir faire converger leur quête de sens personnel, avec la performance qui leur sera demandée demain. Et la nécessité de transformer le monde.

Les auteurs sont :

Laure Bertrand, Enseignant-chercheur en RH et RSE, Directrice Soft Skills, Développement Durable et Carrières, Pole Léonard de Vinci

Aymeric Magnan de Bellevue, Directeur de Lamarck Institute, coach et consultant, Formateur Soft Skills au Pôle Léonard de Vinci

 

[1] Charles Taylor, Le malaise de la modernité, Ed Lexio, 1991, p. 37