Divisé en 20 grands espaces chronologiques et thématiques, ce musée retrace l’histoire de l’informatique.

 

Initialement, il résulte du déménagement des collections informatiques du musée de Boston à la fin des années 1990. Il est situé dans un ancien bâtiment de Silicon Graphics – société qui construisit dans les années 1990 des stations de travail avec des puissances de calcul permettant des applications en imagerie et infographie en 3D et qui a fait faillite et dont les locaux sont désormais occupés par Google…

Une belle reconstitution des étapes clefs

Les premières salles sont dédiées à la préhistoire de l’information. Les étapes de la mécanisation du calcul sont abordées avec de fort belles pièces comme la machine de Babbage ou la Pascaline mise au point par Blaise Pascal – il s’agit toutefois de reproductions. On peut admirer des bouliers chinois, des règles à calcul, etc. On notera toutefois l’absence d’automates ou de reproduction du métier à tisser de Jacquard qui ont joué un rôle.

Notons que certains ordinateurs sont surreprésentés (DEC) par rapport à leur poids respectif dans l’histoire de l’informatique même si la présence abondante d’IBM est tout à fait justifiée avec une salle en fin de visite dédiée à des ordinateurs de tri (IBM 1401). Ceux-ci en démonstration permettent de faire revivre des illustres cartes perforées.

Parmi les éléments importants, je mentionnerai une reproduction en 3D de l’ENIAC qui a joué un rôle notable en tant que calculateur durant la Seconde Guerre Mondiale mais aussi les différentes générations : les tubes, les transistors, les circuits intégrés (avec le premier micro-processeur, le 4004 d’Intel), l’évolution des supports de stockage et le premier disque dur.

On peut constater l’importance du Japon dans les années 1980-1990 même si, s’agissant de l’Asie, on assiste à présent à une montée de la Chine, de la Corée du Sud, de Singapour et de Taïwan pour ne citer que quelques États emblématiques qui jouent un rôle croissant en complément de l’épicentre du numérique qui reste la Silicon Valley.

Outre le matériel, la 2e période de l’informatique, celle du logiciel est fortement présente

Un espace sur les langages informatiques et leur histoire est bien aménagé, avec un bel hommage à Donald Knuth, professeur à Stanford et auteur de la bible The art of computer programming.

Les (nostal)geeks apprécieront… Les premiers PC (avec des Amstrad, Commodore, Sinclair) sont présentés en vrac, plus pour les clins d’œil ainsi que quelques robots et la Nike connectée avec iPod qui fut un avant-goût de l’Internet des objets. J’ai aussi admiré un supercalculateur Cray, beaucoup de Silicon Graphics, la première version de l’Apple, les travaux du Palo Alto Xerox Center avec les éléments qui ont été repris par l’Apple Lisa et surtout le Macintosh, les premiers racks de serveurs informatiques utilisés par Google.

On peut y voir des jeux vidéos comme le Pong d’Atari ou le Pac Man ou encore la dictée magique qui était en vedette dans le film ET en 1982. Un des conservateurs du musée (« curator » étant le terme consacré), Chris Garcia, étant passionné en la matière ainsi que de science-fiction.

Une explication sur IBM et un hommage à la France

On peut découvrir que le premier président d’IBM en 1924 et qui dirigea la société jusqu’en 1956 se prénommait Watson. Et on comprend mieux pourquoi le programme d’intelligence artificielle mis au point par ce géant de l’informatique aujourd’hui détrôné par les GAFA (Google Apple Facebook Amazon) est baptisé ainsi en son hommage.

À côté de la rétrospective d’Internet et de son ancêtre Arpanet, parmi les figures de l’informatique, la photo de Louis Pouzin, le père du réseau Cyclades en France, m’a interpellé avec la mention « His network in France developed internetworking and influenced the Internet protocols ». On est stupéfait par la présence d’un vénérable Minitel… Et un zoom sur le CERN de Genève où a été conçu le Web fait partie de la rétrospective.

Dans l’esprit des musées américains

Les dons et le mécénat permettent une entrée à un prix modique de 13,5 dollars pour les étudiants. Des visites sur mesure et guidées sont possibles avec des événements et des conférences tout au long de l’année. Une orientation vers le futur est présente, certainement liée aux entreprises partenaires pour en faire un musée vivant.

Enfin dans les espaces bonus, on découvre consacré à la Google Car dans laquelle on peut prendre place. Malgré sa petite taille, cette voiture autonome est dotée d’un habitacle spacieux qui permet de travailler dans un certain confort tout en étant conduit.

Autant j’avais été un peu déçu par le Tech Museum à San José, davantage destiné aux adolescents, autant ce musée mérite le détour. Il illustre surtout le passage à l’Ouest du numérique sur le sol américain.

Par David Fayon, correspondant pour Le Monde des Grandes Ecoles depuis la Silicon Valley.