Nommée directrice de l’EM Strasbourg en mai 2011, après avoir été directrice de la recherche pendant plus de deux ans dans l’établissement, Isabelle Barth dressait le 27 juin 2012 le bilan d’un an passé à la tête de l’école.

 

Elle était accompagnée notamment du nouveau directeur de la communication Théo Haberbusch, qui, en organisant ce déjeuner presse, a inauguré une nouvelle pratique, inhabituelle jusque-là pour l’établissement. La Maison de l’Alsace avait symboliquement été choisie pour recevoir la dizaine de journalistes, l’EM Strasbourg faisant figure d’« école chérie de l’Alsace » selon Isabelle Barth.
C’est sans jamais perdre ni son sourire, ni son dynamisme, ni sa détermination, que la dame de l’EM a mené de bout en bout la conférence, parlant sans langue de bois, et répondant avec franchise aux questions de l’auditoire.

 

« L’école de commerce d’une université »
L’idée phare que l’on retiendra de cette conférence, dite et redite à mainte reprise,  c’est que « l’EM Strasbourg est la seule business school au sein d’une université pluridisciplinaire. » Pourquoi ce matraquage ? « Je le dis assez fort parce que j’ai l’impression que ce n’est pas toujours très bien compris », se justifie Isabelle Barth, avant de poursuivre : « Une université c’est une chance folle mais aussi énormément de contraintes. » Un bénéfice par exemple : la place qu’occupe la recherche. « Les enseignants me disent : « Ce qu’il y a de bien dans cette école, c’est qu’on peut faire de la recherche, la recherche est partout. » » Mais en contrepartie, comme l’a rapidement constaté la directrice à son arrivée, « l’école ne peut pas se construire contre l’université » et manque donc parfois de marges de manœuvre. C’est pour remédier à cela qu’est né le premier contrat d’objectifs et de moyens (COM) conclu avec l’université de Strasbourg, pour une durée de cinq ans. « C’est un contrat de confiance entre une université et l’une de ses composantes », explique Isabelle Barth. Contrat qui représente selon elle « une bouffée d’air », permettant à l’EM Strasbourg d’utiliser ses fonds propres selon son rythme, et de jouir d’un subtil mélange de liberté et de responsabilité. C’est en tout cas ce dont l’école espère bénéficier.

 

« Une année où des fanions se sont plantés »
En attendant, l’heure est pour Isabelle Barth au bilan de cette première année de mandat. Elle revient sur la stratégie mise en place à son arrivée : « On avait fait ce choix assez classique de monter en puissance et cela s’est traduit dans les chiffres : plus de 80 % d’étudiants visitant, plus de 46 % d’étudiants en master universitaire, plus de 146 % étudiants en apprentissage, etc. Mais on n’avait pas pensé qu’il fallait plus de locaux. Et ce qu’on a vu il y a un an, c’est que l’addition se présentait. La croissance a un coût. On a donc fait des choix, et vous le savez, faire des choix, c’est renoncer. Ce n’était pas facile surtout que je voyais les autres écoles créer des campus, s’étendre… On a écrit un plan stratégique au mois de juin. On a décidé de se donner deux ans pour se restructurer, absorber cette croissance. » Première conséquence : « une restructuration interne, et la fermeture de diplômes qui ne fonctionnaient pas : on a toiletté notre offre de formation », explique-t-elle. Mais les douze derniers mois ont également apporté beaucoup de positif : deux laboratoires réhabilités sans difficulté, l’obtention du label diversité, le programme Grande Ecole recrédité EPAS, l’éligibilité à la reconnaissance AACSB, etc. « Une année où des fanions se sont plantés, qui ont bien vérifié et labellisé la qualité de mon travail », se réjouit Isabelle Barth.

 

« Un modèle de développement qui n’est pas toujours grossir, toujours plus »
Et la stratégie pour les mois à venir ? « On a fait le choix de ne pas augmenter les effectifs du programme Grande Ecole pour des raisons qualitatives évidentes. On peut très bien imaginer un modèle de développement qui n’est pas toujours grossir, toujours plus. On connaît des écoles pour lesquelles cela n’a pas marché. Ce n’est pas toujours le plus gros qui est le meilleur en matière de formation. J’entends des étudiants admissibles dire : si c’est pour être dans un amphi de 600, autant aller à la fac, au moins, c’est gratuit. » L’idée, c’est davantage de profiter de la situation géographique. « Je me suis rendu compte que l’ancrage régional est important. 30 % des élèves issus du programme Grande Ecole restent en Alsace à leur sortie d’école. La région Alsace est petite mais on n’a pas de concurrence donc on pense qu’il y a vraiment un relai de croissance. » N’est-ce pas une stratégie risquée, alors que l’ICN située non loin de là, en Lorraine, annonçait il y a quelques mois seulement, son désir similaire de devenir la business school du Grand Est ? me risqué-je à lui demander. Isabelle Barth ironise. « A l’ICN, les intentions stratégiques sont là. De là à ce que ce soit ficelé… C’est la différence entre la stratégie et l’intention stratégique. » Et une fusion peut-elle être envisagée ? Elle répond avec malice : « Les gens les plus proches peuvent être les plus lointains… »

Dans l’immédiat, plusieurs changements sont à prévoir pour l’EM Strasbourg : l’extension prévue des locaux, le lancement à la rentrée d’un parcours manager/ingénieur, de cours de philosophie et la refonte de l’ancien bachelor en Marketing et affaires internationales, créé en 2008, qui devient un bachelor Affaires internationales et qui s’autofinancera « puisque les étudiants paieront 6 050 € chacun. » Les frais de scolarité du programme Grande Ecole, eux, ne devraient pas augmenter avant trois ans. Et le budget de 2012, quant à lui, s’élève à une vingtaine de millions d’euro.

 

Une conférence convaincante menée par une conférencière convaincue. A elle de faire en sorte désormais que les mots deviennent réalité.

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau