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e-santé : une floraison de progrès en réponse à d’impérieuses nécessités

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Le propos de cet article n’est pas d’offrir une énième version des débats éthiques et moraux liés aux questions de santé. De nombreux spécialistes se sont longuement penchés sur ces questions, apportant un corpus parfois intéressant de réflexions et de points de vue. Nous aimerions plutôt aller à l’essentiel des enjeux, des progrès et des opportunités qu’offre aujourd’hui la santé digitale ou e-santé, combinatoire majeure de technologies de l’information couvrant de nombreux territoires de la santé dont l’importance, à l’aune de la pandémie, est clairement apparue.

 

Profusion des besoins, multiplicité des opportunités : mais par où commencer ?

Compte tenu de l’étendue des champs d’application possibles, écrire un article sur la santé digitale comme facteur de progrès dans un format si court serait une gageure. Rappelons que la e-santé fait référence à des combinaisons technologiques multiples et des questions de santé à la fois hétérogènes et assez vastes. On peut dire que la e-santé est pourvoyeuse de progrès pour l’individu ! Pour ne citer que quelques-unes d’entre elles et en dehors du dossier médical partagé (DMP) qui fait couler beaucoup (trop ?) d’encre, convoquons pêle-mêle : l’intelligence artificielle au service du dépistage, du pronostic ou du diagnostic, les logiciel de gestion des consultations dont Doctolib représente à la fois l’archétype et l’une des meilleures pratiques, les objets connectés et la santé mobile, la téléconsultation, les systèmes d’information hospitaliers destinés à l’évaluation du risque-patient, la collecte des données de santé en vie réelle et l’innovation thérapeutique, la microchirurgie assistée par ordinateur ayant pour objet de réduire le caractère invasif de certaines opérations sensibles, l’impression 3D et la réalisation de prothèses à bas coût, etc. Nous nous cantonnerons donc à quelques éléments visant à mettre en lumière l’importance des enjeux et la multiplicité des opportunités qui s’offrent à la santé numérique, particulièrement cruciales à l’aune de la pandémie actuelle.

 

Progrès par la e-santé : la donnée au secours de la gestion de la pandémie

Chacun reconnaît l’incroyable prouesse des industriels de la santé dans la mise à disposition de vaccins. Là où l’on anticipait un développement probable de plusieurs années, moins d’un an se sera passé entre la découverte des premiers cas d’une maladie inconnue à Wuhan et le lancement de la campagne vaccinale à grande échelle du Royaume-Uni. Jusqu’alors, dix ans semblaient l’échelle de temps raisonnable pour conduire le développement d’un nouveau vaccin. Si les causes de cette efficacité sont multiples, la systématique dans la collecte et la rapidité dans le traitement des données, rendu possible par les technologies de l’information en représentent la métrique la plus évidente : ingénierie génomique, essais cliniques, plateforme de production, optimisation logistique, instruments de pilotage et de suivi des campagnes de vaccination, détection précoce des risques pandémiques et des contaminations, éducation thérapeutique des populations, etc. A titre d’exemple, les outils de séquençage à haut débit auront permis aux chercheurs de passer de la simple publication du virus à l’obtention de son génome détaillé en moins de 10 jours.

Pour mémoire, il aura fallu dix-huit mois pour isoler le virus du sida et deux années supplémentaires pour en obtenir la séquence génétique complète[1].

Éviter les débats oiseux et encourager le pragmatisme sur au moins trois questions centrales

Même si l’on se place à un niveau éthique et moral, les données de santé sont un actif-clé au service d’un vaste champ des possibles : mesure des inégalités de traitement et d’accès aux soins entre les populations, évaluation de l’efficacité des mesures de santé publique, éducation et suivi thérapeutiques, raccourcissement drastique des développements cliniques, mise à disposition de solutions innovantes au service des patients.

N’en déplaise aux tenants d’une approche où prime le juridique, le politique, les conservatismes prudents parfois teintés d’obscurantisme, essentiellement soucieux (à juste titre) de protéger l’anonymisation des données tout en s’opposant (de façon plus critiquable dans les faits) aux industriels de la santé -souvent vus le couteau entre les dents, prompts à exploiter des informations sensibles pour mieux manipuler patients et acteurs publics- le shaker coronaviral aura démontré, à l’échelle mondiale, l’absolue nécessité de faire appel à des acteurs capables de combiner technologies de l’information, données de santé et solutions thérapeutiques innovantes pour le plus grand bien des sociétés et des hommes.

 

C’est désormais tellement évident qu’au moins trois questions s’imposent :

Ne serait-il pas temps de multiplier des canaux d’information mieux renseignés et moins polémiques pour mettre en place des débats constructifs, sérieux et pragmatiques ?

Les batailles de la e-santé sont déjà engagées et les acteurs majeurs sont, pour le moment, essentiellement américains et chinois. Ne serait-il pas temps que la France se réserve davantage qu’un rôle de sous-traitant, en contraste de sa position actuelle dans le domaine du vaccin ?

De nouveaux métiers apparaissent, manifestation évidente de nouveaux besoins, de multiples progrès et d’opportunités professionnelles inconnues jusqu’alors. Ne serait-il pas temps que notre système éducatif et d’enseignement supérieur puisse, à l’instar d’un petit nombre d’institutions déjà actives dans le domaine, développer des filières à jour de l’actualité de l’innovation et de l’entrepreneuriat en santé ?

L’auteur est Frédéric Jallat, Professeur – ESCP Business School, Directeur scientifique – Mastère spécialisé en Management Pharmaceutique et des Biotechnologies (MsM), Co-directeur scientifique – Advanced Management Program in Life Sciences and Digital Health (APiL, en partenariat avec l’Institut Pasteur)

[1] Nathaniel Herzberg, Vaccins contre le Covid-19 : les raisons d’un record de vitesse, Le Monde, 23 décembre 2020

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