Campagnes électorales, cooptation, organisation et régulation des loisirs et de la « vie dans la cité » : souvent isolées sur un campus, les grandes écoles ont parfois tout d’un microcosme au sein duquel le monde associatif régie les règles de la vie commune. Retour de quelques étudiants sur les logiques particulières de ce contrat social.

 

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Lorsque Marie arrive à Centrale Lille, elle est bien résolue à profiter de toutes les opportunités que l’école peut lui offrir –  à commencer par la vie associative étudiante : « après deux ans à m’être privée de tout, j’avais envie de faire des choses que je ne pourrais pas refaire à d’autres moments dans ma vie », explique-t-elle. Qu’à cela ne tienne, elle décide de s’investir dans près de six associations : du club théâtre au BDE, en passant par l’association de musique, sans oublier le conseil d’administration des élèves, la comédie musicale de l’école et l’organisation d’un festival lillois, Marie n’a pas le temps de s’ennuyer. Pourquoi un tel engouement pour le monde associatif à l’arrivée en école ?
« Pour une partie des gens, c’est l’activité de l’asso qui les intéresse, explique Lara, en deuxième année à l’ESSEC. Mais pour la majorité, l’enjeu est surtout de trouver un groupe où l’ambiance te correspond. » Or, ce besoin d’appartenance est particulièrement fort durant les deux premières années. Premier marqueur de ce lien : les pulls d’association, qu’arborent fièrement les étudiants dans les couloirs après avoir été intronisés dans leur club favoris.
Parfois, le réseau de nouveaux et d’anciens constitue également un bon relai pour intégrer le monde professionnel :
« Mon premier stage, je l’ai trouvé par un membre plus vieux de mon asso  qui connaissait quelqu’un dans l’entreprise que je voulais rejoindre », précise Lara. Avec une répartition des cours généralement distribuée entre les promotions, le cadre associatif est donc un bon moyen pour rencontrer les élèves des années supérieures… Et occuper les créneaux libres de son emploi du temps. En effet, l’énergie investie dans ces activités pourrait sembler déconcertante du point de vue d’un outsider : « Quand tu rejoins un bureau, tu travailles comme un fou pour ton association pendant un an, alors que de l’extérieur cela pourrait paraître un peu futile », confirme Lara. Marie, qui a participé à la Campagne BDE de Centrale Lille, est bien placée pour le savoir : pendant six mois, deux listes préparent leur campagne en secret en vue des élections. Les étudiants s’organisent alors en pôles et enchaînent les petits boulots pour financer les dépenses de l’association. L’apogée est atteint au cours de la campagne elle-même : « Pendant dix jours, tu ne vas quasiment pas en cours, tu passes ton temps à faire la cuisine en quantités astronomiques pour nourrir ta promo, tu dors en moyenne trois heures par nuit, tu cours partout, tu dois être agréable, gérer la logistique, parler à tout le monde… »
Mais quelle régulation existe-t-il dans ce foisonnement d’activités qui rythme bel et bien la vie sur le campus ? D’une école à l’autre, la facilité à intégrer une association varie énormément : si la démarche est relativement facile en école d’ingénieurs, où les associations sont ouvertes à tous, le processus relève du parcours du combattant en école de commerce, où l’étudiant passa par des entretiens de recrutements et une mise en compétition avec les autres aspirants avant de parvenir au graal de la cooptation… Avec son lot inévitable de laissés pour compte.
Au sein des associations elles-mêmes, le renouvellement de la direction est soumis tous les ans à un vote en interne, où les nouvelles recrues peuvent tenter leur chance après avoir fait leurs preuves en première année. Quant aux négociations inter-associations, le processus varie d’un campus à l’autre : à Centrale Lille, un conseil d’administration des élèves, indépendant du BDE et géré par des étudiants élus, organise « La justice de Centrale » : « Certaines associations viennent nous trouver quand elles ont un problème, explique Marie. On a le pouvoir de bannir n’importe qui de n’importe quelle asso : par exemple, en première année, on a expulsé un membre de l’association d’informatique qui avait fait n’importe quoi avec le réseau de l’école ». A l’ESSEC, le BDE a plus de pouvoir et valide ou rejette la création des nouvelles associations –après consultation de l’administration.
En découle-t-il certaines rivalités entre ces factions étudiantes ? « Certaines associations se disputent parfois des créneaux pour organiser des soirées et  il y a une petite guerre entre les listes qui ont perdu et gagné, mais ça reste dans l’ensemble bon enfant », dément Marie avec un sourire. « Ce sont des rivalités au second degré, conclue Lara : traditionnellement, le ski club déteste le BDS, mais en réalité tout le monde en rigole… »
A des années lumières des classes préparatoires, les vertiges provoqués par cette dégringolade dans un tel univers feraient aussi l’objet d’intéressants débats.

 

Enquête réalisée par Alizée Gau