MANAGEMENT

 

Bruce Roch

Bruce Roch

« Le multiculturel c’est le reflet d’une société qui évolue dans un contexte international », déclare Bruce Roch, président de l’Association Française des Managers de la Diversité (AFMD). « Dans l’entreprise on se rend bien compte qu’on ne peut plus faire comme avant, en puisant uniquement dans le vivier de population locale. Il y a un impératif de s’ouvrir à l’autre. » Pourquoi ? Parce que la diversité des cultures est source de valeur ajoutée et d’efficacité. Voici donc cinq clés pour fédérer vos équipes multiculturelles :

 

1. « Essayer de déminer des problèmes futurs en s’intéressant à l’autre », propose Bruce Roch. Dans les entreprises multiculturelles, cela peut prendre la forme d’une sensibilisation dès l’arrivée des nouveaux salariés aux autres cultures avec lesquelles ils vont avoir à travailler, afin d’anticiper et de prévenir d’éventuelles tensions à venir. Christophe Lemaire, Directeur informatique d’Eurostar, où cohabitent Anglais et Français, témoigne : «Récemment j’ai participé à un nouveau type de formation que la direction RH avait mis en place. Le sujet c’était : Comment gérer les différences culturelles entre Français et Britanniques ? C’était formidable ! Mais j’ai dit aux personnes des RH : ce type de formation, il faut le mettre en place dès le début. Moi je me suis aperçu que j’ai fait des erreurs énormes en arrivant. Par exemple, pour un Anglais c’est très important d’être présenté physiquement à quelqu’un. Et moi je m’étais contenté d’envoyer des mails de bienvenue pour introduire de nouveaux collaborateurs… »

 

2. Lutter contre les stéréotypes. Laëtitia Czapski, Chargée du programme Diversité de l’ESC Grenoble et responsable du nouveau cours de Management de la Diversité de l’école, explique les enseignements que l’école cherche à transmettre à ses élèves : « Manager la diversité exige des dirigeants de faire attention à leurs décisions managériales et à l’objectivité de ces décisions. On veut montrer aux étudiants qu’on peut très bien respecter le cadre légal, mais que si derrière on ne fait pas attention aux systèmes de croyance, il y a un risque de mal gérer la diversité. » Elle ajoute : « A la fin de ces heures-là on veut qu’ils aient une prise de conscience de la complexité de cette problématique et qu’ils se disent ‘‘ Ohlala, comment je vais gérer ça ? ’’ »

 

3. Communiquer. Marie-France Derderian, en charge du MSc Business Development de Grenoble Ecole de Management, dans lequel cohabitent une quinzaine de nationalités qui travaillent sur un même business plan, raconte une anecdote : « Dans le cadre d’un travail de groupe, certains étudiants sont venus me dire : « Ça n’avance pas, c’est à cause des chinoises. Elles nous énervent, elles ne comprennent pas l’anglais, elles ne répondent pas à nos messages. En parallèle, les chinoises me disaient : « Ils ne nous comprennent pas, ils sont agressifs ! » J’ai proposé à tous les élèves de manger ensemble. Et en parlant, on s’est notamment rendu compte que si les chinoises ne répondaient pas aux messages Facebook, c’est parce que c’est interdit en Chine et qu’elles n’ont donc pas l’habitude de cet outil. C’était avant tout un problème de communication. C’est un bon exemple d’incompréhension culturelle qui se résout en allant boire un café ensemble. Il faut être vigilant et toujours garder en tête que l’autre a une manière de penser différente de la nôtre. »

 

4. « Ne jamais opposer une communauté à une autre », insiste Bruce Roch. « Il s’agit d’avoir un regard bienveillant, mais égalitaire. Ce n’est pas donner aux uns pour enlever aux autres. Je reviens d’une entreprise au Canada qui a fait une initiative toute bête : un calendrier avec les fêtes de toutes les communautés. »

 

5. « Pour que la mayonnaise prenne, il faut des objectifs palpables, communs pour que tous aillent dans le même sens. Il faut leur donner des points de convergence », considère Marie-France Derderian. « Mes étudiants n’ont pas droit à l’échec. Ils sont conscients qu’ils doivent coûte que coûte trouver une solution au cas pratique que je leur donne. Il y a parfois des petites frictions, mais ces nouvelles générations sont impressionnantes : elles prennent vite leurs responsabilités et travaillent de manière collaborative. Une fois que les élèves ont identifié leur expertise, ils se respectent et n’ont pas forcément besoin d’un leader. Une fois qu’ils ont passé ce cap d’incompréhension, c’est génial, ils avancent deux fois plus vite que s’ils étaient de la même nationalité. Il y a une complémentarité excessivement bénéfique. Et tous ont le sentiment d’un enrichissement personnel, même s’ils ont intégré ce programme pour un enrichissement professionnel. »

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau