À l’aube du nouveau millénaire, nombreux furent les commentaires moqueurs sur l’automobile de l’an 2000 en comparaison à la vision idéalisée imaginée dans les années cinquante ou soixante : les voitures propres, volantes ou autonomes n’étaient alors pas au rendez-vous. Presque 20 ans plus tard et suite à l’émergence d’une troisième révolution industrielle théorisée par Jeremy Rifkin, plusieurs grands groupes industriels abordent les phases finales du développement d’aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux, véritables taxis volants autonomes : la réalité rejoint une nouvelle fois l’imaginaire et les ingénieurs d’aujourd’hui et de demain seront des acteurs majeurs de la mise en place de cette nouvelle mobilité qui s’annonce.

 

Sur l’auteur

  Fabien Szmytka, professeur associé à l’ENSTA Paristech, responsable du parcours Mobilité Intelligente et Ingénierie des Véhicules

Une mobilité à ré-inventer

Travailler sur le plateau de Saclay, à l’ENSTA Paristech, une école qui par sa formation est particulièrement sensible aux problématiques de la mobilité du futur, donne une vision saisissante des challenges qui devront ainsi être relevés dans les années à venir. Sur quelques 80 km2 se concentrent ici les enjeux qui vont piloter les déplacements de demain : large bassin d’emploi centralisé, en croissance forte, attirant des compétences qui résident de plus en plus loin, saturation prévisible des réseaux de transports et embouteillages fréquents si rien n’est entrepris. Peut-on, dans ce contexte, réinventer la mobilité et surtout la voiture, autrefois symbole de liberté et aujourd’hui fréquemment remise en cause, coupable désignée de la pollution et de bien d’autres maux à l’heure même où, en France, presque trois quarts des déplacements quotidiens utilisent ce mode de transport ?

L’automobile et le concept de mobilité lente

La mobilité qui nous est prédite comme intelligente devra, pour y parvenir, avant tout changer notre perception des temps de transport, qui sont souvent de plus en plus longs et rarement mis à profit. Beaucoup de voyageurs utilisent encore leur voiture parce qu’ils pensent mieux maitriser leur trajet et ont l’impression de gagner ainsi du temps. L’ingénieur, de son côté, est perpétuellement confronté au challenge d’augmenter les vitesses : celles des calculs ou encore celles des systèmes de production. L’émergence du véhicule autonome pourrait changer ce vieux paradigme : il s’agira alors non plus d’aller forcément plus vite mais de fluidifier les trajets et surtout d’offrir le moyen de mieux occuper son temps en laissant au voyageur le loisir de ne plus ni s’intéresser à la route ni s’inquiéter de ses correspondances.  Ces véhicules pourraient ainsi offrir une réponse efficace au problème du premier et dernier kilomètre, considéré souvent comme le frein principal à l’utilisation des transports en commun. La mise en place d’un service répondant à la demande, plus personnalisé, souple et modulable, préfigure alors la mobilité de demain. Cette évolution des déplacements pourrait également permettre, en installant une mobilité plus fluide et bien souvent partagée, pas forcément plus rapide mais plus efficace, de réduire les émissions polluantes tout en rendant les trajets plus sûrs.

La force de l’ingénieur généraliste

Pour réussir l’ensemble de ces transformations, le rôle des ingénieurs est central : il faudra imaginer des stockages d’énergie innovants pour remplacer les batteries actuelles et rendre la mobilité plus durable, inventer les systèmes de communication, de localisation, de perception qui amélioreront la performance des véhicules autonomes, programmer les intelligences artificielles qui permettront de repenser et sécuriser les flux humains et au final redéfinir l’urbanisme dans son ensemble et les différentes mobilités. Dans ce cadre, l’ingénieur dit « généraliste » aura un rôle prépondérant. Ici, il ne s’agira plus d’une unique affaire de spécialistes mais bien d’être capable d’intégrer plusieurs types de physique et de les optimiser conjointement dans des systèmes complexes, de prendre suffisamment de hauteur et de recul pour reconcevoir à l’échelle collective un produit devenu trop individualiste et finalement refaire de l’automobile l’ « objet parfaitement magique » décrit par Roland Barthes. C’est le destin passionnant des ingénieurs à venir.

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