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Cet article se veut une incitation à la découverte d’une littérature florissante à travers la présentation de quelques uns de ses auteurs majeurs ainsi que de leurs ouvrages les plus marquants. On constate l’extrême fécondité de la littérature brésilienne des 30 dernières années mais aussi son extrême méconnaissance en France. Elle est pourtant pleine de vitalité, en adéquation avec son temps. Elle recouvre les deux formes de la littérature : romanesque et poétique.

Pitangus Sulphuratus

Pitangus Sulphuratus

Si la littérature brésilienne contemporaine se singularise par la réécriture de l’histoire coloniale et des mythes fondateurs, trente années d’âpre lutte entre idéologies marxiste et capitaliste et le retour d’une démocratie libérale en 1984 voient celle-ci s’emparer des problématiques des sociétés urbaines modernes, ainsi que du clivage fort du territoire brésilien entre les mégapoles du littoral et les terres intérieures.
Tout d’abord, Antônio Torres da Cruz, publicitaire et journaliste de formation, dont l’oeuvre est composée d’une douzaine de romans. Le Sertão (région déshéritée du nord-est du Brésil) constitue l’un des thèmes dominant de son oeuvre romanesque, que marquent également une conscience sociale aiguë et un enthousiasme immodéré pour la variété des visages du Brésil.
Avec « Cette terre », il décrit le déchirement identitaire des migrations du Nordeste vers São Paulo, retraçant la trajectoire qui mène les migrants du cercle traditionnel de la ruralité à l’anonymat industriel. Cette rupture engendre une crise aussi bien identitaire que familiale et générationnelle, mais aussi sociale et économique. Mais c’est avant tout une crise du langage et de l’expression où s’inscrit la brutalité de l’extérieur, et finalement le basculement mortifère vers la folie.
Le style d’écriture de Torres est très personnel : multiplication des voix narratives et collages d’éléments hétéroclites fictionnels et réels, marqué par de brusques ruptures d’action, de temps et de lieu. Il combine un travail de récit historique extrêmement documenté avec une multiplication des niveaux de récits : autobiographique, biographiques, journalistique, marquant plus que jamais la distanciation née du Brésil post-moderne, entré dans l’histoire et profondément marqué par elle.
Dans l’oeuvre de Nelida Piñon, le langage assume une attitude de « composition », s’inspirant de la langue orale. Son style se distingue par deux modes de narration. « La République des songes » illustre un mode historique. Cette saga est dominée par le personnage de Madruga, immigrant espagnol qui a fuit sa Galice natale pour le Brésil, y devenant un grand industriel. Nelida Piñon y décrit l’Espagne des années 1900, le Brésil de Vargas et celui des années 80 qui servent de décor à l’histoire tourmentée d’une famille déchirée, partagée entre la nostalgie du pays natal et l’amour de cette nouvelle patrie.
« La Force du Destin » illustre un mode a-historique, dont les sujets se développeraient dans des temps et des espaces purement littéraires avec des résonnances mythiques. L’oeuvre est une interprétation de l’opéra de Verdi. Se sachant observés par l’écrivain, les personnages cessent d’être eux-mêmes, affectent une posture. Voulant que leurs vies touchent au « mythe », ils demandent à la narratrice de leur conférer un « destin ». Le récit se présente comme une parodie burlesque, où s’établissent des liens complices entre auteur et lecteurs. Enfin, présentons Dalton Trevisan. Son oeuvre, faite de nouvelles n’excédant jamais trois pages, se veut audacieuse et originale. Marquée par un profond cynisme, elle dépeint sans complaisance la condition humaine. « Le vampire de Curitiba » est un recueil de vingt-sept de ses nouvelles, formant un réseau dense de correspondances. Volontairement blasphématoire et abordant des sujets aussi différents que l’impuissance, l’alcoolisme, l’adultère, ou la pédophilie, sa parution déchaîna une tempête de critiques au Brésil.
En guise de conclusion, évoquons le plus célèbres des auteurs brésiliens contemporains, à savoir Paolo Cuelho. S’il est principalement critiqué du fait que ses romans abordent assez ordinairement les grands thèmes de la littérature, qu’il adopte une écriture souvent maladroite voire fautive et que ses personnages évoluent dans des décors arides, il tire sa légitimité du grand succès populaire que chacune de ses productions reçoit.

 

Raphael Lopez Kaufman

 

Pour découvrir tous ces auteurs rendez-vous
à la Librairie Portugaise, 10 rue Tournefort 75005 Paris.