Jusqu’au 2 septembre au Palais de la découverte, la fondation GoodPlanet, présidée par Yann Arthus Bertrand, expose les travaux saisissants de nombreux photographes. De l’avenir des bidonvilles aux conséquences du réchauffement climatique sur les migrations humaines, l’exposition évoque les nouveaux enjeux des générations d’aujourd’hui et de demain. Très courte en apparence, la visite n’est pourtant pas sans profondeur, tant dans le contenu des textes que dans l’intensité des clichés, méritant sans détours un arrêt sur image.

 

 

Crédit photo EPPDCSI / Virginia Castro

 

En octobre 2011, la population mondiale atteint le seuil de 7 milliards d’êtres humains. Pour Olivier Blond, directeur des publications de la fondation GoodPlanet, la surpopulation n’existe pas en tant que telle, mais dépend de trois paramètres : la population, la consommation, et les ressources disponibles. Du Nord au Sud et d’un individu à l’autre, les solutions préconisées jouent sur ces différentes variables mais ne s’accordent pas toujours : développer les ressources disponibles via le progrès technique, renforcer le contrôle des naissances, réduire sa consommation en vue d’un meilleur partage des ressources existantes… Aucune de ces solutions ne pouvant être exclusive, le problème se traduit finalement par cette unique question : comment parvenir à vivre ensemble ?
D’un côté, l’exposition met en évidence l’énorme marge de progression en ce qui concerne la réduction du gaspillage : 1/3 des aliments produits pour la consommation humaine seraient perdus tous les ans, pays pauvres et riches confondus. Dans les pays en développement, ces pertes seraient principalement dues à de mauvaises techniques de conservation et de transport des récoltes, tandis qu’en Occident le gâchis s’explique directement par de mauvaises habitudes de consommations.
En ce qui concerne le contrôle des naissances, la scolarisation des femmes, comme toujours, est mise au centre du débat.
Du fait de l’opposition de certains Etats dits « conservateurs », la fondation GoodPlanet rappelle que le planning familial ne fait cependant pas parti des objectifs millénaires pour le développement institués par l’ONU… Mais partout dans le monde, le taux de natalité chute déjà de manière significative : plus de la moitié des habitants de la planète vivraient dans des pays situés en dessous du seuil de renouvellement. D’ici 2050, la population devrait ainsi se stabiliser autour de 10 milliards d’habitants.

 

 

7 milliards d’autres
Face aux mutations silencieuses agissant d’un bout à l’autre de la planète, quel profil dresser du Terrien d’aujourd’hui ? Outre le fait que la moitié d’entre nous ait moins de 25 ans, nous vivons en moyenne jusqu’à 68,5 ans, contre 46,5 ans en 1950. Parmi nous, 1 milliard d’individus habitent dans les bidonvilles ; 213 millions d’âmes vivent loin de leur pays d’origine, et 950 millions souffrent encore de la faim…

Mais les chiffres ne parlent pas toujours d’eux-mêmes. L’intérêt de l’exposition réside aussi dans le fait que la parole soit justement donnée… à 6000 individus. Dans le but de « dresser un portrait sensible de l’humanité aujourd’hui », le projet 7 milliards d’autres présenté en début d’exposition rassemble les témoignages d’hommes et de femmes sur des thèmes aussi universels que le bonheur, la famille, la liberté, l’éducation, la foi ou la colère. Les portraits rassemblent des messages chargés de doutes ou d’espoirs, souvent emprunts de discernement : « Vouloir et ne pas pouvoir, c’est aussi une forme de violence », témoigne un Sénégalais au sujet de la pauvreté. « Je pense que nous ne devons pas désirer que le monde change, mais plutôt que chacun de nous change. Lorsque nous aurons tous changé, on se rendra compte que le monde a changé », remarque plus loin un citoyen d’Equateur. Les récits de sacrifices pour offrir à ses enfants une éducation, ou de frustration face à son propre illettrisme, laissent souvent une sensation poignante : « Celui qui n’est pas instruit est comme un animal attaché, il ne sait rien au monde. Je parle par expérience. On me pose des questions, je ne sais pas répondre. C’est très dur pour moi. Celui qui n’est pas éduqué, à quoi sert sa vie ? », témoigne un Libanais. Passant sans cesse d’un bord à l’autre de la planète, de l’homme à la femme, du riche au pauvre, ces portraits rendent compte d’une étonnante diversité, tout en transcrivant des aspirations souvent semblables en termes de bonheur, de paix, de dignité. Des messages oscillant entre la crainte et la foi en l’avenir, témoins d’une humanité consciente des enjeux son temps : « Je suis certain d’une chose : dans 20 ans, la vie sera 20 fois meilleure… 100 fois meilleure qu’aujourd’hui, choisit un Géorgien. J’y crois, croyez-y aussi ! »

 

Alizée Gau