Loin des stéréotypes, l’Inde s’engage dans un mouvement décisif pour son développement à travers le rôle qu’elle accordera à la femme alors que leur situation reste certes contrastée mais en plein bouleversement.

En 1957 sort sur les écrans indiens Mother India, un film dont les Occidentaux gardent parfois en mémoire la nomination à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Si le film ne remporta pas la précieuse statuette, Mother India devint une fresque emblématique d’une Inde nouvelle débordant d’ambitions aux premiers jours de l’indépendance à l’image de l’héroïne du film. Si Radha incarne l’Inde elle-même, elle symbolise également la nouvelle femme indienne. Celle qui garde la tête haute face à l’adversité à mille lieux de l’image poussiéreuse que l’on a trop souvent de la femme indienne se dérobant derrière les parures traditionnelles. La puissance du personnage dépasse le simple cadre cinématographique pour ouvrir la voie à une nouvelle ère.
Après tout, cela ne serait que justice dans un pays bercé par des textes religieux qui vénèrent la femme à l’image de Shakti, compagne des dieux. Pourtant, cette idolâtrie divine serait un cadeau empoisonné : l’Inde reste aujourd’hui un des pays les plus dangereux pour les femmes. Cette société à tendance paternaliste laisse peu de place à l’émancipation féminine, encore étouffée par des traditions moyenâgeuses. Les dowry deaths, ces meurtres d’épouses dont la dot n’a pas été suffisante, sont toujours un fléau conséquent. L’éducation des fillettes laisse perplexe car si l’Inde est la plus grande démocratie du monde, l’égalité solaire n’est toujours pas d’actualité en particulier dans les campagnes. Il ne s’agit donc pas de nier cette réalité douloureuse ni d’idéaliser une société qui a encore de grandes avancées à faire dans ce domaine mais d’observer une mouvance de fond déjà annoncée par Indira Gandhi, seconde femme élue démocratiquement à la tête d’un gouvernement et qui se perpétue aujourd’hui. En 2011, l’exposition « Women changing India » faisait le tour du monde en rendant hommage à celles qui refusent de se taire. Nombreuses sont celles qui font entendre leur voix dans des milieux aussi divers que le cinéma, à l’image de Farah Khan, réalisatrice dont le succès montre bien l’ouverture d’un secteur très masculin ou encore les études supérieures où le taux d’inscription des femmes dépasse les 50 %. Les femmes indiennes d’aujourd’hui se distinguent par un courage inédit de faire leurs propres choix. Elles sont des plus nombreuses à accéder à des postes à responsabilité comme le montre Karuna Nundy, avocate à la Cour qui a fait le choix de revenir en Inde exercer son métier ou encore RJ Safia, animatrice d’une émission populaire. Celles qui ne sont pas nées libres décident parfois de briser les carcans traditionnels : Salma Rokkaiah en est le symbole même. Mariée dès son plus jeune âge, elle entre dans la gestion locale à la place de son mari puis s’impose comme une personnalité incontournable du Tamil Nadu. Avec plus  d’un million d’élues, l’Inde est devenue une référence en matière de présence féminine dans la vie politique. « Je suis consciente qu’il reste un long chemin à parcourir. Mais le futur de la femme indienne n’a jamais été aussi lumineux ». Ces mots porteurs d’espoir résument parfaitement la transition, certes lente et difficile, mais engagée par l’Inde. Prononcés par Preetha Reddy, présidente d’un des premiers groupes de soins médicaux privés en Asie, ils proposent une réflexion sur l’avenir. L’heure n’est plus aux tableaux exhaustifs mais à ces petites avancées qui annoncent une transformation de fond. L’enjeu n’est pas seulement indien, il est universel, concerne l’égalité entre les sexes et le regard occidental se doit de prendre en compte cette nouvelle force.

 

Sandy Mayoura (promo 2015)