Un savant mélange de danse, de combat et de musique, un état d’esprit chaleureux et festif, une forte imprégnation brésilienne : j’ai nommé la capoeira. Zoom sur un sport aux multiples facettes…

Crédit photo : Alizée Gau

Maxence, alias Apaixonado – « le passionné », en brésilien -, exerce la capoeira depuis maintenant sept ans. Etudiant en linguistique, il pratique et enseigne sa passion en parallèle de ses études, au sein du club Vamos Capoeira*. Comment expliquer le succès de cette association parisienne, qui en cinq ans, a vu doubler ses effectifs ? « En plus de son côté exotique, chaleureux et musical, la capoeira est une activité dont on n’a jamais fait le tour, explique Maxence. J’ai toujours pratiqué beaucoup d’arts martiaux : au bout de sept ans, il n’y a qu’ici que je ne me sois jamais ennuyé… »

 

Un sport complet et complexe
Comment, en vérité, décrire un cours de capoeira ? « On commence par un échauffement tous ensemble, et on répète les mouvements de base, les coups de pied et les esquives, décrit Aurielle, étudiante en dernière année de Psychomotricité. Puis on travaille des enchaînements plus complexes ou des acrobaties par groupes de deux ou trois. Le cours se termine par une Roda, où chacun essaye de replacer ce qu’il a vu en cours ». Impossible en effet de saisir la singularité de cette activité sans décrire la fameuse Roda – la ronde, en brésilien -, moment emblématique et spectaculaire de toute manifestation capoeiriste digne de ce nom. Dans la rue, à la plage, ou dans une salle de sport, les règles restent les mêmes : les joueurs s’assemblent pour former un cercle, à l’extrémité duquel se placent quelques instrumentistes. Un soliste entonne alors un chant traditionnel, accompagné des musiciens. Les capoeiristes rentrent deux par deux dans la ronde et s’affrontent, sous les encouragements et les claquements de mains des autres participants… « C’est à mon troisième cours que je suis rentré pour la première fois dans la roda, raconte Alexis, étudiant en Géographie et caopeiriste depuis deux ans. Je me suis aussitôt senti bien : l’énergie transmise par le reste du groupe est incroyable ! » Entre combat et danse, déplacements fluides et acrobaties spectaculaires, le jeu de capoeira surprend par sa diversité, son énergie, et l’impressionnante maîtrise que suppose cette harmonieuse coordination avec son partenaire. Par ce qu’elle offre à chacun la liberté d’improviser et de combiner ses mouvements comme bon lui semble, la capoeira est aussi un moyen d’expression corporelle : « En capoeira, précise Aurielle, on apprend à gérer plusieurs choses en même temps : son équilibre, sa coordination, toujours fixer son partenaire, être dans le bon timing, à la bonne distance… C’est ce qui fait la richesse de ce sport : on révèle un peu de nous-même dans notre façon de jouer. »

 

Sous le signe du Brésil
Après quelques mois d’expérience, les apprentis- capoeiristes s’avouent généralement surpris : à l’étonnante diversité de la pratique sportive, se superpose un ensemble de valeurs, de traditions et de pratiques étrangères aux autres arts martiaux. « La capoeira, c’est tout un univers, résume Aurielle. On ne s’ennuie jamais, parce qu’il y a tellement de choses à apprendre ! La langue, les chants, les mouvements, les instruments de musique… Et aussi toute l’histoire qu’il y a derrière, de l’esclavagisme à la culture brésilienne. » Mais que nous dit, précisément, la capoeira sur le Brésil ? Partout dans le monde, la connaissance des chants et instruments de capoeira fait partie intégrante de son activité : en cours, les élèves apprennent les refrains traditionnels en brésilien et s’entraînent sur les instruments emblématiques du pays, le Pandeiro, le Berimbau et l’Atabaque. L’assiduité sportive mais également musicale sont pareillement prises en compte lors du passage des graduations : « j’apprécie beaucoup le fait qu’on nous pousse à nous intéresser à la culture brésilienne, commente Nicolas, étudiant en Neurologie. J’en ai beaucoup moins appris sur le Japon quand je faisais du judo, que sur le Brésil en pratiquant la capoeira ! » En particulier, l’apprentissage des chants permet aux élèves de se familiariser avec le brésilien, et de s’immerger dans l’univers d’une autre époque : « Ce sont des chants très anciens que personnes ne peut dater, explique Maxence. Ils racontent les légendes et les histoires autour de la capoeira et de l’esclavage… » (Voir encadré)

 

Un état d’esprit chaleureux et festif
Dernier coup de coeur de ses adeptes, le caractère chaleureux, dynamique et assurément festif de ce combat dansé, chanté et célébré par lequel transpire littéralement l’énergie brésilienne. Comment parler de capoeira sans évoquer le Batizado, « baptême » de capoeira au cours duquel chaque année, les élèves reçoivent leur nouvelle graduation ? « Le Batizado, confirme Nicolas, c’est un moment très important : c’est beaucoup d’énergie, de joie, et aussi de fatigue ! Pendant tout un week-end, des Maîtres du Brésil se déplacent en personne pour nous enseigner leurs techniques et nous remettre notre corde… » Un caractère ludique et décontracté distingue enfin la capoeira des principaux arts martiaux. « Il y a un côté plus détendu en capoeira, très libre et malicieux », confirme Alexis, ancien adepte de Taekwendo. Cet état d’esprit, que beaucoup qualifient de « familial », est alimenté par l’absence de compétition – personne ne peut techniquement perdre au cours d’un jeu de capoeira– et une dynamique d’entraide pendant les cours, où les groupes de niveau se trouvent volontairement mélangés. « J’ai découvert la capoeira en Pologne, quand j’étais étudiante Erasmus, évoque Aurielle avec une pointe de nostalgie. Ça m’a beaucoup aidé à m’intégrer et j’ai pu rencontrer énormément de monde… » Musique, danse, traditions, acrobaties, énergie, convivialité… Vous l’aurez compris, plus d’un mot est nécessaire pour qualifier une discipline à la fois sportive, musicale, sociale et culturelle. Envie de nouvelles expériences en cette période de rentrée ? « La capoeira peut convenir à tout le monde », enjoint Alexis. A condition, ceci dit, de ne pas rechigner à l’effort physique !

 

*Vamos Capoeira est une association de capoeira fondée par le professeur Anjinho.
Plus d’informations : http://www.capoeira-paris.net/

 

Genèse d’un art martial
Aujourd’hui sport national Brésilien, la capoeira fut longtemps décriée et exercée en cachette. Née parmi les esclaves, elle serait le mélange des pratiques musicales et martiales de diverses ethnies africaines. Toute forme d’entraînement à la lutte étant strictement interdit aux esclaves, le côté dansé de la capoeira serait né du besoin de camoufler son caractère initialement offensif. Après l’abolition de l’esclavage au Brésil en 1888, la capoeira est officiellement prohibée et l’art martial acquière mauvaise réputation : seuls les bandits et les milices privées continuent sa pratique dans l’illégalité. Il faut attendre les années 1930 pour qu’un célèbre maître réhabilite l’art martial et fonde une académie, qui lui redonnera ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, la capoeira est fréquemment utilisée dans les programmes sociaux au Brésil, en particulier auprès des jeunes des favelas.

 

Texte et photos réalisés
par Alizée Gau