Grande championne de ski, Isabelle Mir a affronté l’épreuve du cancer exactement comme elle se préparait aux Jeux Olympiques, « sans laisser aucune place au hasard ». Au point de parvenir, une nouvelle fois, à changer le plomb en or. Rencontre avec une battante absolue…

Comment s’est passé votre reconversion en fin de carrière sportive ?
L’impro totale. A l’époque, le sport-études n’existait pas et la compétition nous accaparait complètement. Je me suis retrouvée avec mon certificat d’études et ma paire de skis, n’osant pas même acheter un billet de train… Heureusement, c’était l’époque où les « nouvelles stations » ont jailli de terre : La Plagne, les Arcs, etc. et plusieurs anciens champions furent embauchés comme VRP pour les promouvoir un peu partout dans le monde. Puis, j’ai monté le « Village des enfants » à Avoriaz avec mon amie Annie Famose, une école de ski intégré révolutionnaire basée sur une pédagogie ludique, j’ai également ouvert un deux magasins de sport puis tout revendu pour faire du consulting dans le tourisme. Depuis mon cancer, je me suis mise en roue libre, je profite davantage de la vie, me rapproche de l’art, entre autres…

 

Vous dites avoir affronté votre cancer du sein comme une épreuve sportive…
50 000 femmes atteintes chaque année en France, 17 000 qui en meurent ; cela a été instinctif, je me suis « mise en mode compét » : rage de vaincre. Comme lorsque je prenais le départ aux J.O : un seul but : gagner ! J’ai fait attention à ce que je mangeais, à mon sommeil, à mon activité physique dont on sait qu’elle constitue un facteur de réussite essentiel du traitement. Après chaque chimio, je partais faire mon footing, en zigzagant, mais je voulais éliminer ce poison. Psychologiquement, pendant les chimios, je m’accrochais à une photo où, à 20 ans, je shootais très loin dans un ballon de rugby… J’ai remplacé le ballon par le cancer et je l’ai, chaque fois, expulsé de toute ma force vitale. Chaque semaine, Jean- Claude Killy m’envoyait un SMS pour faire le point, comme un entraîneur !

 

Vos amis semblent avoir été très présents ?
Je n’hésite pas à dire qu’ils m’ont sauvé la vie. On ne se voyait plus beaucoup pourtant. Eh bien, ils ont été là tout le temps, tout le temps, tout le temps ! Je ne voulais pas inquiéter ma famille ni ma vieille mère, mais les copains, c’est différent. Certains sont venus du Canada rien que pour ça. J’étais accompagnée à chaque rendez-vous médical. On est allé skier ensemble, plusieurs fois, cela m’a fait un bien fou ; j’en ai pleuré. Cette année de traitement a équipe médicale en or, d’une fraternité sans faille. Quand tant de gens font tant pour vous, impossible de baisser les bras.

 

Qu’est-ce que cette expérience difficile mais forte a changé en vous ?
Comme dans les films, cette épreuve permet de faire un tri radical parmi ses relations. On prend également du recul, par rapport aux soucis quotidiens notamment. Je suis désormais capable de dire « Je m’en fiche » en le pensant vraiment. Et puis on voit le côté positif des choses, comme ces J.O de Sotchi où tout le monde s’est focalisé sur les travers de l’évènement alors qu’il n’y a pas eu un boycott, les athlètes du monde entier côte à côte et ce pays qui ouvre ses portes, veut progresser, exister lui aussi aux yeux du monde…

 

D’or, d’argent et de bronze…
Jeux Olympiques
• Médaille d’argent en Descente aux J.O. de Grenoble (1968)
Championnats du monde
• Médaille d’argent en Descente aux Championnats du monde de Grenoble (1968)
• Médaille d’argent en Descente aux Championnats du monde de Val Gardena (1970)
Coupe du monde
• Seconde au classement général (descente, slalom spécial, slalom géant) de la Coupe du monde 1968
• Vainqueur des Coupes du monde de descente 1968 et 1970
• 9 victoires en Coupe du monde : 8 descentes et 1 géant, 24 podiums

 

JB