La 4ème édition de la Nuit de la Crise organisée à Sciences Po Grenoble va plonger ses étudiants dans un scénario inédit : gérer une cyberattaque électorale en pleine soirée de second tour des élections municipales. Dans un monde d’instabilité permanente où les crises climatiques, énergétiques, sociales, géopolitiques ou numériques s’enchaînent et se superposent, nous vivons dans un état de vulnérabilité continue, où les institutions doivent apprendre à gérer sans relâche l’imprévu, l’incertain et l’émotion collective. C’est ce que nous appelons la permacrise.
Une simulation au cœur de la permacrise
Longtemps, la crise fut perçue comme une parenthèse. Mais la succession de chocs climatiques, sociaux ou numériques a fait disparaître tout retour à la normale. C’est dans ce contexte que la Nuit de la Crise s’impose comme un laboratoire pédagogique : un espace où l’on apprend à naviguer dans un monde instable fait d’incertitude permanente.
Une cyberattaque électorale : scénario de crise démocratique
Le scénario imaginé cette année confronte les étudiants à l’un des défis majeurs de la démocratie : une attaque informatique bloquant les remontées de résultats électoraux lors des élections municipales. Sites piratés, rumeurs virales, doutes sur l’intégrité du scrutin : dans les cellules de crise reconstituées, les équipes doivent arbitrer vite, communiquer juste et protéger la confiance publique. Ce scenario n’a rien de fictif puisque l’État classe désormais le risque cyber parmi ses principales menaces sur la continuité démocratique.
Décider en cellule de crise, ce n’est jamais trancher seul. C’est composer avec l’incertitude, les expertises multiples, la pression du temps et la nécessité de tenir la parole publique. Gouverner une crise, c’est d’abord gouverner ensemble.
La pédagogie de l’incertitude : apprendre par le chaos
Inspirée des travaux de Patrick Lagadec sur la « crise hors cadre », ce serious game repose sur l’expérience plutôt que sur la théorie. Les étudiants découvrent la surcharge d’informations, la tension émotionnelle et la hiérarchisation des priorités. L’une des spécificités de cet exercice réside dans la place accordée à la communication. Dans toute crise, la parole n’est pas un supplément, puisqu’elle fait partie intégrante de la gestion. Nous considérons que communiquer, c’est déjà agir.
Il arrive que dans certaines situations de communication anticipée, la meilleure stratégie soit de ne pas communiquer. Mais une fois la crise présente, la parole joue un rôle majeur. Les étudiants doivent rédiger des communiqués, improviser des conférences de presse, répondre à des journalistes (eux-mêmes incarnés par d’autres étudiants). Ils expérimentent la tension entre transparence et responsabilité : dire trop tôt peut nuire, se taire trop longtemps peut détruire.
L’émotion comme donnée stratégique
Peur, colère, indignation : gérer une crise, c’est aussi accompagner une émotion collective. Dire trop tôt peut affaiblir, se taire trop longtemps peut détruire la confiance. L’exercice révèle ce que la formation classique ignore souvent : une crise n’est jamais seulement un problème technique mais un moment de vulnérabilité démocratique où la parole engage autant que les actes.
Des étudiants d’aujourd’hui aux élus de demain : vers une culture du risque
Les maires, premiers gestionnaires de crise du pays, affrontent déjà inondations, canicules ou attaques cyber. Peu y sont préparés. En formant les étudiants, qui sont les futurs cadres publics, élus ou responsables d’organisations, la Chaire Gestion et Communication de Crise contribue à diffuser une véritable culture du risque. Dans l’ère de la permacrise, cette acculturation n’est plus une option : elle devient une condition de résilience collective et de solidité démocratique.
>>>> La Nuit de la crise vous donne rendez-vous le 18 décembre à partir de 15h30 dans les locaux de Sciences Po Grenoble