Plusieurs textes saints, le Livre des rois, le Coran et même le Nouveau testament évoquent cette reine mythique dont le royaume se serait étendu à peu dans l’actuel Yémen.

 

 

 Fillette sur le pas de sa porte à Manakhan

Fillette sur le pas de sa porte à Manakhan

Les amours de Salomon et de la reine de Saba
Aussi belle qu’intelligente et cultivée, la reine de Saba avait entrepris avec une importante caravane le voyage de sa capitale de Marib, à l’est de Sana’a, jusqu’à Jérusalem pour y rencontrer le grand roi Salomon. Séduite par la splendeur de Jérusalem et du grand temple, par la culture du roi, elle lui avait offert de superbes présents. De leurs amours serait né un fils dont la descendance aurait régné sur l’Ethiopie. Une fois la reine revenue dans son lointain royaume, ses caravanes auraient continué à commercer avec Jérusalem, apportant avec elles l’or, l’encens et la myrrhe – les présents que les rois mages, sans doute également originaires du Yémen, ont apporté à l’enfant Jésus…

 

Sana’a, capitale du Yémen
Cette antique cité de deux millions d’habitants s’étend dans une large cuvette bien irriguée, cernée par les djebels Nugum et Ayban. Dans la vieille ville encore en partie ceinte de remparts s’élèvent les maisons traditionnelles dont les murs sont réalisés en « qadad », enduit bien étanche fait de gravillons, chaux cuite, cendres volcaniques et eau. Les façades s’ornent de motifs stylisés en plâtre ou « goss » et les fenêtres de vitraux multicolores. En haut de chaque maison se situe le salon traditionnel ou « mafradge », jonché de divans et tables basses. Dans le « mafradge » des plus belles demeures aménagées en « funduks » ou hôtels, le voyageur peut savourer l’incomparable café yéménite à la cardamome.Avant le règne de la reine de Saba, Sana’a, mot signifiant « la bien fortifiée », existait déjà sous le nom de Sem et aurait été fondée par le fils de Noé. Le grand bâtisseur de la capitale fut l’imam Yahya Hmadi Aladin qui devint roi en 1919, agrandit la Grande mosquée et dota sa ville de beaux palais, écoles, hôpitaux et orphelinats avant d’être assassiné par des religieux extrémistes le 17 février 1948.

 

Le souk, âme de la vieille ville
Situé à côté de l’impressionnante porte Bab Al-Yémen, le souk contient une dizaine de marchés et plus de quinze cents échoppes rassemblant une quarantaine de corporations et des caravansérails. Au marché des « djambyas » on vend d’élégants poignards à lame recourbée, à la gaine de soie brodée de versets du Coran. Chaque gamin reçoit la sienne pour ses douze ans.

 

L’ « imam » vert du Yémen
Des bottes de feuilles d’un vert tendre sont partout l’enjeu d’âpres marchandages. C’est le « qat », feuilles hallucinogènes que tous mâchent à longueur de journée. On l’appelle ainsi car les Yéménites lui vouent un véritable culte. Il représente ainsi 25 % du PIB et 16 % des emplois du pays, couvrant 140 000 hectares au détriment des autres cultures. C’est âcre, salissant et euphorisant.

 

Des villages œuvres d’art
Vers Rawdha, ses vignes et ses plantations de « qat » en gradins, de hautes montagnes bordent la vallée de Sana’a. Le village contient la dernière demeure de l’imam Yahia, symbole de la résistance aux Anglais. Plus au nord, le Wadi Dhar ou Palais du Rocher fut en réalité construit en 1930 par le même imam. Une route difficile pique vers le sud et Al-Mukha, grand port du Yémen à présent ensablé, fief des Ismaéliens pratiquant un Islam ésotérique. On raconte qu’au XIV è siècle, le cheikh Omar Al-Shadili, ayant remarqué l’allant de ses dromadaires lorsqu’ils avaient mangé de curieuses petites graines, en fit absorber aux membres de sa confrérie pour les tenir éveillés durant la prière. L’usage du café était né !

 

Le Wadi Hadramaout
Après la bande côtière de la Mer Rouge et la plaine de la Tihma, on parvient à Zahib, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. D’une blancheur aveuglante, la ville compte encore cinquante-trois écoles coraniques et vingt-neuf mosquées dont la plus ancienne date du VIIe siècle. De Marib, capitale vers 950 ans av JC de cette fastueuse reine de Saba, il ne reste que quelques colonnes émergeant du désert. C’est le départ de la piste de Seyoun que tiennent des Bédouins exigeant un droit de passage pour traverser un désert assez laid, planté de rares épineux, puis c’est l’explosion de la végétation du wadi ou vallée. Celle de l’Hadramaout, longue de 165 km et parfois large de 15, est dominée par des plateaux, contrée des aromates, encens, myrrhe, cannelle, cinnamome et lédanon tiré de la barbe des boucs. Shibam, « la Manhattan du désert », se compose de maisons gratte-ciel hautes parfois de quinze étages, accolées les unes aux autres pour ne ménager que d’étroites ruelles toujours fraîches.

 

Forteresse de l'Hadramaout

Forteresse de l'Hadramaout

Les plages immaculées du Golfe d’Aden
Des kilomètres de plages blondes sans personne abritent des ports enchanteurs tels Burum ou Bir Ali, puis celui d’Aden, construit dans la caldeira d’un ancien
volcan, seconde patrie du poète Arthur Rimbaud. Dans l’élégant quartier de
Crater s’élèvent toujours d’élégantes maisons coloniales.

 

Le Nord sauvage et dévasté
A partir d’Amran, les funduks deviennent crasseux, les maisons éventrées par les guérillas entre tribus. Des montagnes hautes de 3000 m encadrent des gorges arides. A Shaharah, on peut encore utiliser le pont franchissant un abîme, édifié au XVIe siècle par l’imam Sharaf Al-Din, retranché là pour lutter contre les Ottomans. La bourgade comprend vingt-trois citernes à ciel ouvert, sales et magnifiques. Puis il n’y a plus de funduk, on dort chez l’habitant, roulé dans un tapis pelé, mais toujours bien accueilli.

 

Saada, la ville des armes
La capitale du Nord, indépendant et intégriste tandis que le Sud était soviétique, Saada, autrefois carrefour des caravanes, n’échappe pas à la désolation ambiante. A l’immense marché aux armes viennent se ravitailler les trafiquants et mercenaires du monde entier. A perte de vue sont exposés chapelets de balles, fusils, pistolets et mitraillettes… Ainsi va la vie dans « l’Arabie heureuse », berceau du peuple arabe.

 

Isaure de Saint Pierre