Il en faut peu pour être heureux… », cette chanson a trotté dans la tête d’un grand nombre d’entre nous. Tout a commencé par la rencontre d’un homme avec un pays : l’Inde.

Rudyard Kipling nait le 30 décembre 1865 à Bombay et y vit jusqu’à l’âge de six ans. Renvoyé en Angleterre par ses parents pour y parfaire son éducation, il n’y retournera qu’en 1882, en tant que pigiste pour le journal local : la Civil & Military Gazette. Ainsi naissait la passion pour l’écriture de celui qui recevra 25 années plus tard le prix Nobel de littérature ; faisant de lui le premier lauréat anglophone. Il fut récompensé « en raison de la puissance d’observation, de l’originalité d’invention, de la vigueur des idées et du remarquable talent narratif qui caractérisent les oeuvres de cet écrivain mondialement célèbre. » Son oeuvre la plus connue reste le Livre de la Jungle, un recueil de nouvelles publié en deux volumes en 1894. Il fut écrit alors que Kipling et sa femme séjournaient dans le Vermont aux Etats-Unis. Il revient sur la genèse de ce roman : « Mon bureau faisait sept pieds sur huit et de décembre à avril la neige s’accumulait jusqu’au rebord de la fenêtre. Or il se trouvait que j’avais rédigé une histoire sur les travaux forestiers en Inde où je parlais d’un enfant élevé par des loups.
L’idée une fois précisée dans ma tête, la plume fait le reste, et je n’ai qu’à la regarder commencer à écrire des histoires sur Mowgli et les  animaux qui allaient constituer le Livre de la jungle. » Les nouvelles s’articulent autourdes aventures d’animaux et d’humains, dans la jungle indienne pour la plupart. Les nouvelles ne sont pas présentées de manière chronologique mais on y retrouve souvent les mêmes personnages. Parmi ceux-ci Mowgli, petit d’homme, élevé dans la jungle par une meute de loups. Chaque nouvelle se termine par un court poème en vers, témoignant de la grande sensibilité poétique de Kipling. Pour le Livre de la Jungle, Kipling s’est inspiré de ses souvenirs de jeunesse et a ainsi construit son imaginaire. Cependant, c’est une Inde idéalisée qui ressort de ses récits. Kipling aborde l’Inde sous l’angle du colonisateur anglais et si les histoires qu’il raconte ont l’Inde pour décor, sa vision peut  règne grâce aux « lois de la jungle » et la notion de « clan », le respect de règles ancestrales inviolables, la défense de son territoire et de l’honneur familial sont des thèmes récurrents à chacune des nouvelles. Les différents récits, souvent axés sur l’action, sont portés par une écriture faite de phrases courtes, verbes d’action et d’une alternance binaire descriptiondialogue néanmoins juste et parfaitement maitrisée. Le Livre de la jungle a acquis par la suite une renommée croissante. En 1967 sort le film d’animation du même titre produit par les studios Disney. C’est le dernier film supervisé par Walt Disney avant sa mort. Le scénariste, Larry Clemmons, a pris quelques libertés avec les livres originaux, étoffant certains personnages et modifiant la fin. Les décors dessinés pour le film sont relativement fidèles aux paysages les temples où résident le roi Louie et ses singes ressemblent plus à Angkor Vat au Cambodge. Le Livre de la jungle a également été adopté par le mouvement scout pour les garçons les plus jeunes, afin de leur donner un univers de référence. Le groupe se transforme ainsi en meute respectant les lois de la jungle et mené par Akéla, le loup chef de clan. Kipling rend hommage au pays qui l’a vu grandir avec cette série de contes, où les animaux sont souvent bien plus sages que les hommes. Le Livre de la jungle inspirera alors des générations d’enfants et d’adultes, charmés par les aventures des habitants de la jungle.

 

Marion Bresson (promo 2013)