Ce qui est marrant, avec les sportifs de haut niveau, c’est qu’à les écouter, on a toujours cette impression qu’ils sont devenus bons sans trop s’en rendre compte, sans vraiment savoir pourquoi, mais sans être vraiment étonnés non plus de se retrouver là où ils sont, au sommet.

Quand Etienne raconte comment il s’est mis au tir à la carabine, ça sonne donc comme une évidence, comme une histoire toute simple qu’il raconterait à un enfant pour s’endormir : il avait dix ans, il a essayé le tir à la carabine par hasard, ça lui a plu, il s’est inscrit, puis il a pris une licence à l’année, et ça a marché. Aussi simple que ça. « C’est normal. C’est l’accomplissement des entraînements. C’est comme quand tu travailles, tu as tes examens : si tu travailles bien, tu dois avoir des résultats au bout. » Et des résultats, il en a, à voir le palmarès qui est le sien : il appartient à l’équipe de France de tir à la carabine qu’il exerce dans trois catégories (10 mètres, 60 balles couché, 3X40), il a été plusieurs fois champion de France, champion de France universitaire et une fois champion du monde universitaire. Est-ce qu’il faut des gros muscles pour accomplir tout ça ? « Pour le tir, pas besoin d’avoir des aptitudes physiques particulières. Tu peux être grand, petit, mince, gros. Ce qu’il faut, c’est être rigoureux, perfectionniste, arriver à se concentrer la durée d’un match. C’est un sport en endurance : il faut de la résistance. » Sans surprise, ce qui lui plait le plus dans le tir à la carabine, c’est donc « la recherche de la perfection. » Perfectionniste, Etienne, mais pas prétentieux. « En sport de haut niveau il faut savoir être humble, et se remettre en question. Par exemple, on peut gagner mais ne pas être satisfait de la manière dont on l’a fait, et a contrario, finir loin du podium, mais avoir mis en place une bonne technique et de la qualité dans l’implication, et ces efforts ne pourront être que positifs pour l’avenir. Etre déçu de gagner n’est pas forcément facile à comprendre, mais ça n’a rien de prétentieux. Au contraire, c’est être conscient qu’il y a encore du chemin à parcourir pour pouvoir atteindre le top européen ou mondial. »

 

« En sport de haut niveau il faut savoir être humble, et se remettre en question. »

« Les championnats olympiques, ce n’est pas un rêve, c’est un objectif »
Pour Etienne, la carabine, c’est aussi une histoire de caractère : « Je suis timide, réservé, c’est pour ça que jefais du tir : c’est un sport où l’on est assez introvertis, on n’a pas besoin de s’exprimer à travers notre discipline. Un footballeur qui gagne, il court partout sur le terrain, il arrache son maillot. Nous on peut gagner une compétition et juste sourire. » Ce qui ne l’empêche pas de viser haut et loin. A la question de savoir quel est son rêve, il répond du tac au tac :« les championnats olympiques », en ajoutant immédiatement : « ce n’est même pas un rêve, c’est un objectif. »
Quant à ce qui lui tient à coeur dans la vie, il déclare : « Arriver à faire quelque chose où j’ai des résultats. Je n’étais pas très bon élève, pas particulièrement bon en handball non plus (NDLR : il a pratiqué longtemps le handball pour les loisirs). Peut-être que faire du tir et avoir des résultats rapides m’ont permis de me différencier des autres. Peut-être que si j’avais été premier de la classe, je n’aurais jamais fait de tir. » C’est une éventualité, certes, mais quand on jette un oeil à son palmarès, on est tentéde penser que, oui, quoiqu’il arrive, il était fait pour réussir. D’ailleurs, après un petit échec scolaire – il a redoublé sa deuxième année d’IUT Techniques de commercialisation à Strasbourg –, Etienne a brillamment intégré la licence Management des Organisation de Dauphine, qu’il poursuit cette année avec un Master 1 en marketing international à l’ESCE.

 

Une anecdote ?
« Arriver en compétition et ne pas avoir son arme. C’est arrivé plusieurs fois. Elles se perdent dans l’avion. Tu attends le prochain avion. Tu te sens un peu seul quand même ! » (rires)

 

Une autre anecdote ?
« La Chine c’est marrant parce qu’on se balade avec des armes donc on est considérés comme dangereux. Donc le contrôle douanier, c’est à chaque fois la galère. Pour les Universiades à Shenzhen, arrivés à la douane, les douaniers se sont mis à contrôler les munitions. Le problème, c’est qu’on était arrivés avec 800 munitions chacun et eux étaient partis pour compter balle par balle. Au bout de deux boites, on leur a dit que ça ne servait à rien parce que les boites étaient neuves et fermées. Voyant que ça prenait du temps, on est partis à l’hôtel et les organisateurs sont restés avec eux. Je crois qu’ils ont fini par peser les boîtes ! » (rires)

 

Dans dix ans ?
« J’aimerais bien travailler dans le marketing, soit dans une entreprise, de préférence qui travaille avec l’international parce que c’est l’avenir, soit dans une agence de com’. »

 

Claire Bouleau