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Télétravail et enjeux écologiques : avant tout une question de perspective

Télétravail et enjeux écologiques : avant tout une question de perspective

Exhumé par la crise sanitaire, le télétravail retrouve un second souffle pour des raisons éloignées de son but initial. Il alimente de nombreuses discussions sociétales axées sur la conciliation travail-famille. Ces discussions questionnent également les enjeux écologiques du télétravail.

Bénéfices écologiques tangibles du télétravail

Une étude récente de l’ADEME fait état d’une balance positive lorsque sont comparés les coûts et les bénéfices écologiques du télétravail. Un des bénéfices écologiques tangibles du télétravail est associé à la mobilité des personnes, question complexe loin de se résumer au trajet domicile-travail. Le télétravail induit un effet de minimisation de l’empreinte carbone des transports. La pollution atmosphérique s’en trouve considérablement amoindrie. Les observations satellitaires indiquent un net reflux des épisodes de pollution à l’échelon planétaire (source: https://www.futura-sciences.com/). Chaque année la pollution atmosphérique est (in)directement à l’origine d’un décès sur cinq dans le monde (source: Reporterre). Il serait bien sûr exagéré d’attribuer le recul momentané de la pollution atmosphérique à la seule pratique du télétravail. Mais cela donne une bonne illustration d’un des principaux bénéfices écologiques du télétravail s’il était pensé à grande échelle.

Un fardeau environnemental indirect

Résumer le télétravail à la seule interaction d’une personne avec son équipement ne permet pas réellement de saisir l’ampleur des ramifications de ses effets sur l’environnement. Les enjeux écologiques dus au télétravail sont donc bien réels.

L’équipement nécessaire génère une empreinte carbone tout au long de son cycle de vie. Cet aspect ne peut pas être négligé. L’utilisation d’un équipement dans un temps et un espace donnés n’est qu’une étape d’un processus plus large qui s’étend de l’extraction des matières premières pour la fabrication de l’équipement à sa mise au rebut. Le processus complet représente environ 150 kg en équivalent CO2 (source : ADEME). Doivent être ajoutés les coûts écologiques du traitement de fin de vie des équipements dont le volume est estimé pour la France à 21 kg par an par personne (source: businessinsider.fr), ainsi que les conséquences infligées par les e-déchets et autres matériaux plastiques. En bout de chaîne, ils sont parfois disséminés dans la nature. Cet impact sur les écosystèmes est parfois palpable et difficile à évaluer précisément.

Le télétravail suppose également le recours d’une infrastructure (réseaux, centre de données, énergie nécessaire, fermes…) impliquée à hauteur d’environ 4 % des émissions annuelles de CO2 (source : planetoscope.com). Cette empreinte carbone est légèrement supérieure à celle du transport aérien évaluée à un peu plus de 2 % (source : Agence internationale de l’énergie). En d’autres termes, par le biais des infrastructures les effets écologiques du télétravail sont loin d’être négligeables.

Distinguer le télétravail de l’usage, et l’usage de l’usager

Une explication par le prisme comportemental de l’usager apporte un éclairage complémentaire. Dans les faits le télétravail revient simplement à déplacer l’usage d’un équipement de la sphère professionnelle à la sphère privée. Qu’une personne participe à une visioconférence, qu’elle fasse une requête sur un moteur de recherche ou encore qu’elle envoie un émail, l’empreinte carbone générée reste la même. Quel que soit le lieu, une heure de visioconférence engendre 60 grammes d’équivalent CO2 (source: Greenspector), une requête et un émail génèrent respectivement sept et environ 20 grammes (source: ADEME).

Les gains écologiques potentiels du télétravail sont plus liés aux comportements des usagers qu’à leur degré de conscience environnemental qui est inégalement réparti dans la population, et ne semble pas lié à un effet générationnel (source: Pew research survey). Même en présence de compensations et d’incitations fiscales, la sphère privée est propice à un usage mesuré des ressources car le coût de leur utilisation incombe aux personnes. La recherche en psychologie environnementale nous apprend que les raisons économiques ou sociales prévalent le plus souvent en comparaison des considérations écologiques. Un usage modéré des ressources matérielles peut être un moyen au service d’une fin bien différente que celle de l’écologie. Si ne pas utiliser la caméra lors d’une visioconférence limite l’impact écologique, cela peut également s’expliquer par plusieurs autres raisons comme le désir de préserver son intimé.

Pascal Paillé, Professeur en Gestion des ressources humaines environnementales.

NEOMA Business School, Campus de Rouen. Auteur de Greening the Workplace. Theories, Methods, and Research. Palgrave-Macmillan, 202

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