Quand l’innovation est co-élaborée par les chercheurs, les médecins et les utilisateurs

Comment rendre utile à la société le fruit de notre travail de recherche en robotique mobile autonome ?
Telle était la question que nous nous sommes posée en 2008 quand nos travaux de recherche sur la navigation autonome des robots mobiles sont arrivés à la maturité nécessaire pour envisager une application. Profitant du terreau fertile de l’Université Catholique de Lille (écoles d’ingénieurs et de commerces des facultés et des hôpitaux et EPHAD), des synergies ont naturellement été mises en place avec des chercheurs d’autres disciplines. L’idée d’un module d’aide à la conduite d’un fauteuil roulant électrique qui le modules d’aide à la conduite, de transmission sécurisée de données et des interfaces homme-machine pour des fauteuils roulants électriques. Ces modules sont conçus comme des options du fauteuil que l’utilisateur achète chez les distributeurs. De plus, ils doivent s’adapter au besoin de l’utilisateur comme par exemple à son état de fatigue. Le prix de la technologie utilisée doit également être pris en compte, d’où le choix de composants bas prix. Enfin, afin de prouver l’efficacité d’utilisation des modules,  par les utilisateurs. Les activités de recherche ont été menées dans le cadre d’un projet européen, SYSIASS (www.sysiass.eu ), soutenu par le programme Interreg IVA 2 Mers et le FEDER. L’ISEN est le leader du projet et les autres partenaires sont l’Ecole Centrale de Lille et le CNRS, l’université de Kent (UK), l’université d’Essex (UK), l’hôpital Saint Philibert à Lomme et l’hôpital NHS de Canterbury. Un réseau de collaborateurs, issus des associations de personnes en situation de handicap et des foyers d’accueil médicalisé a également été mis en place afin de tester les prototypes et donner leur avis.
Si l’équipe médicale de l’Hôpital Saint Philibert, qui s’occupe des patients ayant une sclérose en plaques, a trouvé très utile d’avoir pour ses patients, un fauteuil roulant autonome, d’autres points de vue de l’équipe médicale de l’Hôpital de Garches sont venus ébranler la certitude que le meilleur fauteuil sera forcément autonome. De notre côté, chercheurs en robotique, nous nous sommes rendu compte que pour que l’innovation que nous voulons apporter soit acceptée par les utilisateurs, il est indispensable de leur demander l’avis en amont de la conception du produit. Que veulent-ils exactement ? Jusqu’à quel point accepteront- ils que la machine les aide ? Afin de répondre à ces questions, une enquête a été lancée en 2013 par Internet auprès des utilisateurs, de leur famille et des équipes médicales.
Les résultats de cette enquête ont mis en évidence que les besoins exprimés par les utilisateurs et ceux exprimés par leur famille ou les équipes médicales ne sont pas toujours convergents.
Il apparaît assez clairement que l’utilisateur souhaite garder la main et décider luimême quand la machine peut prendre la relève, tandis que les équipes médicales et la famille, probablement dans un souci de surprotection, ont tendance à vouloir privilégier la sécurité de l’utilisateur et laisser la main à la machine.
Cette démarche de co-élaboration a montré que, si nous voulons que les utilisateurs acceptent la technologie, leur implication dès le processus de conception est indispensable.
Cela prend certes, beaucoup plus de temps et demande plus d’efforts d’écoute de notre part, mais à terme, nous allons avoir la satisfaction de voir que la technologie que nous développons sera utile.

 

Par Annemarie Kokosy
Responsable de l’équipe Robotique de Service, ISEN-Lille – Coordinatrice du projet SYSIASS