Le 5 juin 2012, l’Apec organisait dans ses bureaux de la Défense une matinale sur le thème : « Réussir le recrutement et l’intégration d’un jeune : un défi majeur pour l’entreprise. » C’est Jean-Yves Matz, consultant Apec pour la région Ile-de-France, qui animait avec brio cette rencontre entre collaborateurs de l’Apec, et recruteurs. Une matinée ludique, interactive, offrant une approche concrète et pragmatique autour d’un thème abordé bien trop souvent de façon excessivement formelle et abstraite.

 

« Nous sommes tous concernés par le fait de réussir l’intégration de la génération Y »
« Nous percevons que 2012 et 2013 seront deux années difficiles pour les jeunes »
, déclarait Jean-Yves Matz en introduction de la séance. Actuellement ce sont en effet 23,3 % des jeunes de 15-25 ans qui souffrent du chômage en France. Un chiffre légèrement supérieur à la moyenne européenne (22,4%) et bien supérieur au ratio de certains pays comme l’Allemagne qui affiche un déroutant 7,8 %. Il est donc urgent de rappeler aux entreprises qu’elles ont besoin des jeunes, et ce, pour de nombreuses raisons : faire face à l’émergence de nouveaux métiers (30 % des métiers exercés en 2010 n’existaient pas il y a dix ans), rééquilibrer la pyramide des âges, etc. « Nous sommes tous concernés par le fait de réussir l’intégration de la génération Y », insiste Jean-Yves Matz. Et justement, les jeunes rencontrent des difficultés à s’insérer, notamment parce qu’« on leur reproche toujours de ne pas avoir assez d’expérience. »

 

Individualistes, Interconnectés, Impatients, Inventifs
Qui sont-ils, justement, ces jeunes ? Les représentants de la génération Y, des individus nés entre la fin des années 70 et le milieu des années 90, que l’on décrit selon les quatre I : Individualistes, Interconnectés, Impatients, Inventifs.
A en croire un sondage IFOP/ADIA réalisé en octobre 2010, les dirigeants considèrent qu’en entreprise, ces jeunes se montrent moins impliqués que leurs aînés, moins autonomes, moins entrepreneurs, moins organisés, mais plus adaptables et plus mobiles. Une enquête de l’observatoire Cegos menée en avril 2009 apprend quant à elle que la vie de famille, le travail puis les amis représentent les trois priorités des jeunes. Enfin, une étude IPSOS/CESI/ Le Figaro révèle que la génération Y entretient une relation au travail assez proche de celle de ses aînés, à quelques différences près : l’ambiance de travail, la reconnaissance des compétences, les perspectives d’évolution semblent plus importants pour les moins de 30 ans que pour les 30 ans et plus. « Ce qui ressort, c’est une recherche de convivialité, d’épanouissement au travail et de management individualisé », résume Jean-Yves Matz.

 

« La génération Y est plus un concept qu’autre chose »
Qu’en pensent les recruteurs ? « Suivant qu’ils sortent d’une école de management ou d’ingénieurs, ils n’auront pas les mêmes comportements », remarque Audrey Amaral, Responsable RH pour Finaxys, qui voit dans les élèves d’écoles de commerce des individus plus adaptables que leurs camarades ingénieurs. Virginia Perussault, Responsable recrutement et développement des compétences de Davidson va plus loin encore :  « Je pense que la génération Y est plus un concept qu’autre chose », déclare-t-elle, expliquant que, pour elle, c’est davantage l’âge qui influence les comportements, plutôt qu’un phénomène générationnel. Pascal Pouilloux, Directeur Général de MEOFI approuve : « Pour moi les éléments que nous avons évoqués ne sont pas uniquement représentatifs de la génération Y. Ils restent des fondamentaux pour que les collaborateurs aient envie de travailler avec nous. Peut-être que la génération Y l’exprime plus mais on a tous envie de travailler dans une société jeune, dynamique, etc. » Soria Boucebaine, responsable RH pour Ysance, se réjouit : « Nous, on s’accommode bien de cette génération Y. On a pris le parti d’adopter nos méthodes de management, recrutement (…) à cette population. Nous sommes contents de travailler avec eux ! » Et Jean-Daniel Ruff, Responsable recrutement France chez Atos de conclure en mettant en avant l’enjeu fondamental que représente la fidélisation de cette génération. « Je pense que les jeunes cherchent beaucoup un complément d’apprentissage, une montée en puissance. Ils souhaitent prendre deux-trois ans pour pouvoir compléter leur formation, devenir expert. A nous ensuite de savoir recruter puis fidéliser cette génération. »
Une génération qui, malgré la règle des quatre I, plait tout de même bien aux recruteurs. D’ailleurs, selon l’enquête APM (Association Progrès du Management)/Opinion Way de janvier 2012, huit chefs d’entreprises sur dix sont contents des jeunes qu’ils ont recrutés, 89 % d’entre eux sont satisfaits de leur intégration, 83 % les trouvent motivés.

 

« Réussir les coopérations intergénérationnelles »
Alors, comment mieux recruter ces jeunes ? Jean-Yves Matz donne quelques conseils. Développer une approche spécifique du recrutement, par exemple : impliquer les collaborateurs dans les contacts avec les écoles (forums, interventions pour présenter les métiers…), organiser des portes ouvertes ou des visites de l’entreprise, accueillir des stagiaires, promouvoir le tutorat, le parrainage. Ou encore sensibiliser les managers à la valeur ajoutée que représente le recrutement d’un jeune.
L’intégration des nouveaux employés représente également un challenge. L’épanouissement dans le premier poste est ainsi jugé plutôt facile si l’on présente le nouveau venu aux équipes, si ses collègues sont informés de son arrivée, si on lui remet un livret d’accueil, etc.
L’Apec, quant à elle, se mobilise aux côtés de la génération Y, à la demande des partenaires sociaux. D’où le programme Tremplin Jeunes Apec qu’elle a lancé récemment, centré sur un accompagnement renforcé et sur la mise en relation des jeunes avec les entreprises. Sur deux ans, ce sont donc 50 000 jeunes qui pourront bénéficier de cette aide, à travers deux volets :

  1. Un parcours d’accompagnement individuel en trois phases : préparation et co-construction d’un projet professionnel avec le jeune, pilotage de sa recherche d’emploi, aide à son intégration en entreprise jusqu’à la fin de la période d’essai.
  2. Des actions de mise en relation : mise à disposition d’offres ciblées et d’outils pour se rendre visibles, mise en relation auprès des entreprises via la charte d’adhésion au Tremplin Jeunes Apec qu’elles ont signée, invitation à des événements de recrutement organisés par l’Apec.

« Les entreprises les plus performantes sont celles qui réussissent le mieux les coopérations intergénérationnelles », conclut Jean-Yves Matz avec un sourire.

 

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Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau