Les têtes pleines d’idées de nouveaux articles, les cartes SD bourrées de photos et de vidéos, nous quittons à regret la communauté Chikukwa pour retourner chez notre hôte Chriss à Harare. Départ de bon matin dans un combi (c’est le nom du taxi-brousse local). Une fois descendus à Mutare, nous prenons un bus vers la capitale.

Pas de chance, avarie ! On continue donc et nous nous essayons au stop. Comme la pluie arrive, nous laissons tomber et montons dans un combi qui fait route vers la capitale. – Non, nous connaissons le prix, c’est 400 shillings. – Bon, ok, montez ! Un combi plutôt normal, quoique très propre, 8 places théoriques. Ici, 1 homme à l’avant avec le conducteur, 2 au milieu, où nous laissons nos sacs à portée de vue pour des raisons de place, et un dernier avec son jeune fils d’environ 6 ans, avec nous à l’arrière. Épuisés, nous dormons un peu.

Après une bonne heure de route, l’homme et son fils descendent. Nous ne sommes plus que nous 2 avec les 4 hommes à l’avant. Ils ne reprennent pas d’autres passagers, ce que nous apprécions car pour une fois nous ne sommes pas sur-serrés. Les gars sont sympas. L’un parle bien anglais. – Ah, vous revenez d’un village des montagnes ? Vous avez goûté la bière locale ? Attendez, on va en prendre. Ils font tourner la bouteille de boisson locale (on sent bien la macération, la bière est peu forte en alcool mais le goût très prononcé). Nous voyons l’heure tourner, nous sommes en voiture depuis 4h du mat’, avant l’aube, et nous espérons bien arriver dans la grande ville avant la tombée de la nuit. – Oui, oui, vous en faites pas, on y sera pour 18h. Mais vous comprenez , on prend des petites routes pour éviter les barrages de police. On ne peut que comprendre cette motivation. A l’aller, c’est pas moins d’une dizaine de barrages de police que nous avons croisés, où à chaque fois les conducteurs doivent laisser un petit cadeau s’ils veulent continuer leur route rapidement.
Nos covoitureurs s’arrêtent tout de même souvent. Ils achètent des fraises, mais c’est pas des bonnes alors recommencent, ils s’arrêtent fumer… On a l’impression de ne rouler qu’à 30 km/h ! Mais bon, l’état de la route et celui du moteur justifient bien cela. Pause-pipi… L’un se soulage directement sur l’avant du combi, l’autre sur l’arrière. Bizarre…

18h, puis 18h30 passent. Le soleil se couche. Nous dépassons une route industrielle, pour longer une décharge, sur notre droite. Les tas de déchets en train de brûler libèrent une fumée noire et une odeur nauséabonde. A notre gauche, un cimetière délabré. La moitié des croix sont par terre, les autres en piteux état. Ce ne sont vraiment pas des gens fortunés qui sont enterrés à la va-vite ici. Au fur et à mesure que nous avançons, la décharge empiète sur le cimetière. Déchets et restes humains se confondent dans un summum d’ambiance morbide. Le combi ralenti et amorce un demi-tour dans un croisement entre deux tas d’ordure. On les croit perdus et prêts à partir d’ici. Amusé, je lance à Ben « s’ils veulent nous égorger, c’est l’endroit idéal ». Le combi s’arrête, les 4 portes s’ouvrent en même temps. Dans un flash nous comprenons. Notre ex-ami dégaine un couteau et dit : « Sorry guys, but this is Zimbabwe ».