IMS-Entreprendre pour la Cité, réseau de 250 entreprises, s’est intéressé à la mixité, de la crèche à l’entreprise, lors d’un colloque en juin 2015. En France, la mixité n’est présente ni dans les études, ni dans les métiers. Or, une société ainsi sexuée engendre des inégalités entre les sexes. Explications.

 

Le réseau de 250 entreprises engagées en matière de RSE, IMS-Entreprendre pour la Cité, a consacré un colloque aux enjeux de la mixité en juin 2015. © IMS-Entreprendre pour la Cité

Le réseau de 250 entreprises engagées en matière de RSE, IMS-Entreprendre pour la Cité, a consacré un colloque aux enjeux de la mixité en juin 2015. © IMS-Entreprendre pour la Cité

Stéréotypes et freins ont pour conséquence une altération de la mixité dans les groupes humains, pourtant biologiquement mixtes. Ainsi, une orientation sexuée des adolescents débouche sur une non-mixité dans les filières d’études puis dans les métiers. En réponse, l’éducation nationale, le supérieur et des entreprises imaginent des dispositifs pour lutter contre les stéréotypes de genre et promouvoir l’égalité femmes-hommes. L’objectif : agir dès l’enfance, avec le concours des enseignants, pour sensibiliser les jeunes au moment où ils font leurs choix d’orientation.
Vincent Olivier, fondateur du Web Pédagogique, une plateforme qui réunit 100 000 professeurs, constate que « la démarche d’orientation s’appuie moins sur les envies du jeune que des déterminants familiaux, sociaux, de genre et culturels. De plus, on nous rabâche que la division du travail serait le fruit d’une complémentarité entre les sexes. Nous sommes ainsi soumis à un ordre social qui serait le reflet d’un ordre naturel ! » Le Web Pédagogique propose des outils non genrés aux enseignants pour travailler sur la mixité avec leurs élèves ; mais aussi aborder les enjeux d’une orientation sexuée et de la mixité des filières pour l’entreprise et la société.

 

95 % des métiers sont sexués
Par exemple, les femmes occupent 98 % des postes de secrétariat et seulement 17,4 % des postes d’ingénieurs. « On assiste à la déclinaison dans les métiers d’une tradition encore ancrée dans la société, où la femme reste dans la sphère privée et est au service des autres. Ainsi, les femmes sont très présentes dans les métiers du soin, du service aux autres » constate Cristina Lunghi, présidente d’Arborus qui accompagne les pouvoirs publics et des entreprises sur la question de l’égalité professionnelle.

 

Une division du travail sexuée mais aussi hiérarchisée
Françoise Vouillot, docteur en psychologie et enseignante (INETOP/CNAM), auteur de « Les métiers ont-ils un sexe ? » chez Belin et membre du HCEfh, se demande si « l’on a vraiment voulu l’égalité » malgré une succession de lois et dispositifs depuis 40 ans. Se poser la question des représentations qui génèrent des inégalités est très récent. La mixité est unique à l’école. Car dès le premier palier d’orientation de la 3e, les trajectoires sont sexuées. « Les études sont l’antichambre de la ségrégation du monde du travail. La division sexuée vient du travail du travail avant celle des études et non l’inverse. Elle ne sépare pas uniquement hommes et femmes dans les métiers, elle les hiérarchise. C’est pourquoi ces différences sont bien des inégalités. »
Françoise Vouillot observe que les représentations ont un fort impact sur les choix d’orientation des jeunes. « Pour s’orienter, ils doivent « se sentir capable de ». La dimension psychologique compte dans l’élaboration d’un projet d’orientation. Ainsi, chez une fille il est plus difficile de s’imaginer dans un métier majoritairement exercé par des hommes, et inversement pour les garçons. »

 

Faire obligation de la mixité
Il en résulte une difficulté pour les entreprises à recruter des femmes ou hommes dans certaines formations, et ainsi à en augmenter le nombre dans leurs métiers. Il leur faut littéralement aller chercher les femmes, et instaurer des procédures de recrutement et management coercitives pour engager un mouvement. Car les dispositifs incitatifs ne font pas obligation. Cela suppose donc que la politique soit fermement et dans la durée, portée par les dirigeants, mais aussi doublée de la sensibilisation des collaborateurs pour être admise.

 

La mixité, facteur d’équilibre et égalité
Dans l’entreprise, la mixité est un vecteur de performance en intégrant et valorisant tous les talents. Elle est aussi un vecteur de bien-être au travail, d’innovation et de créativité. Car la mixité est une forme d’équilibre et d’égalité. Elle aide aussi les hommes à sortir d’un carcan social dans lequel ils ne se retrouvent pas. Hommes et femmes sont porteurs et soumis aux stéréotypes. C’est bien en les associant que l’on pourra favoriser la mixité et l’égalité dans la société et en entreprise.
www.imsentreprendre.com

 

Flic, un métier de femme
Sur son blog http://police.etc.over-blog.net, la lieutenant de police Bénédicte Desgorges, parle de son métier. Dans son post « Flic, un métier de femme », elle voit un conformisme dans l’orientation sexuée.« Objectivement, aujourd’hui beaucoup de métiers d’hommes ne le sont plus, et beaucoup de métiers dits pour femmes, le sont uniquement en application d’un conformisme social et culturel et de prédispositions supposées.Une femme qui envisage de devenir flic, pompier, mécanicienne, chef d’orchestre, pilote de ligne ou astronaute n’usurpe la place de personne. Pas plus qu’un homme qui souhaiterait faire de la puériculture son métier, ou devenir danseur classique. La bonne place est celle que l’on choisit hors du carcan de conventions qui n’ont pas ou plus de sens. »

 

A. D-F