Une œuvre comme celle de Jimi Hendrix appartient à notre patrimoine, par sa qualité et par ce qu’elle dit de son époque. Elle témoigne de ce qu’ont été le mouvement hippie, ses codes, ses usages et aspirations. Elle nous révèle aussi le rôle qu’a tenu Hendrix dans la révolution sociale des années 70. Passionnée de musique, Nicole Le Rouvillois, professeur de management d’ICN Business School, nous fait (re)découvrir ce génie incontestable du 20e siècle à la vie fulgurante.

 

La carrière brève, mais intense, d’un génie de la guitare et showman extraordinaire

James Marshall HENDRIX, d’ascendance mélangée, noire, blanche et amérindienne est né Johnny Allen HENDRIX le 27 novembre 1942 à Seattle, il s’est éteint le 18 septembre 1970 à Londres à l’âge de 27 ans. Plus connu sous le nom de Jimi HENDRIX, il est guitariste, auteur-compositeur et chanteur américain, fondateur du groupe anglo-américain « The Jimi Hendrix Expérience », actif de 1966 à 1970. Il brille par sa maîtrise de la guitare, en jouant, bien qu’il soit gaucher, avec une guitare de droitier dont les cordes sont inversées, tantôt avec la bouche et tantôt dans le dos, donnant constamment un son parfait. Avec seulement 4 albums studios à son actif, Jimi HENDRIX est le musicien qui vend le plus d’œuvres posthumes dans le monde, après Elvis PRESLEY.

Très tôt, Jimi s’intéresse à la musique. Son premier instrument de musique est un harmonica offert par son père pour ses 4 ans dont il se lasse vite. Il se passionne pour la guitare et acquiert sa première guitare à 15 ans (une acoustique achetée pour 5 dollars à un ami de son père), remplaçant avantageusement le ukulélé à une corde trouvé dans une poubelle que son père lui a donné après l’avoir surpris en train de jouer de la guitare avec un balai. Il écoute alors des disques de blues et de rock et admire Elvis PRESLEY et Chuck BERRY.  Jimi n’a qu’une obsession : devenir musicien. Il apprend la guitare en autodidacte en y consacrant tout son temps libre. Assez rapidement, Jimi rejoint son premier groupe, « The Velvetones ». Il se procure sa première guitare électrique, une Supro Ozark 1560S, qu’il utilise avec son groupe suivant, « The Rocking Kings ». En 1961, mêlé à une histoire de voiture volée, Jimi préfère s’enrôler dans l’armée plutôt que de risquer la prison. Il y rencontre le bassiste Billy COX qui deviendra son meilleur ami. Il quitte l’armée en 1963 après s’être blessé lors d’un saut en parachute.

La biographie de Jimi nous apprend qu’à l’époque, il travaille déjà aux côtés de chanteurs de renom tels qu’Ike et Tina TURNER, Sam COOKE et Little RICHARD. Malgré la qualité de jeu indéniable du guitariste, ces derniers se lassent vite de son exubérance sur scène et finissent par l’abandonner. Jimi se voit leader de groupe et c’est pour cette raison qu’en 1966, il fonde « Jimmy James and the Blueflames », un nouveau band qui lui permet d’imposer enfin son propre style. Lors d’une virée à New-York, Jimi rencontre Chas CHANDLER, l’ancien bassiste des « Animals » au café Wha de Greenwich Village. Dès les premières notes, CHANDLER comprend qu’il tient un phénomène et le prend sous son aile. Il veut l’emmener avec lui à Londres dès septembre 1966. Jimi accepte à la condition de pouvoir rencontrer Eric CLAPTON, référence dans le monde de la guitare en Angleterre à cette époque. Le 1er octobre, HENDRIX rencontre CLAPTON lors d’un concert du groupe « Cream » dont il est le leader.

Jimi HENDRIX et le Swinging London

Le 25 septembre 1966, un jeune guitariste noir américain totalement inconnu débarque à Londres alors en pleine effervescence psychédélique et provoque un véritable séisme musical. Le 1er octobre 1966, la salle du Central London Polytechnic est pleine à craquer. On s’y presse pour assister au concert de Cream, le nouveau groupe formé par le dieu vivant de la guitare Eric CLAPTON avec le bassiste Jack BRUCE et le batteur Ginger BAKER. Dans les coulisses, CLAPTON croise Chas CHANDLER qui lui révèle que Jimi est un guitariste brillant et qu’il aimerait accompagner le groupe sur deux ou trois chansons. CLAPTON accepte car « musicalement, il (HENDRIX) aime les mêmes choses que le groupe ».

Jimi propose de reprendre « Killing Floor » de Howlin’Wolf. CLAPTON est sidéré car « ce morceau est très difficile à jouer correctement ». Lorsqu’il apparaît sur scène, Jimi n’interprète pas le morceau, il l’atomise littéralement. CLAPTON n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles : qui est donc ce génie débarqué de nulle part ? Sans doute d’une autre planète ? ». Jimi sort le grand jeu, il joue de la guitare avec ses dents, derrière la tête, allongé par terre. « C’est stupéfiant et génial ! ». Eric CLAPTON sort de scène, blême. Il s’allume une cigarette en tremblant. Elle lui tombe des mains. Autant d’émotions ressenties pour un p’tit gars de 23 ans qui, une semaine plus tôt, a posé le pied sur le sol anglais pour la première fois. Avec dans une valise, le strict minimum et dans son flight case, sa chère Fender Stratocaster. CHANDLER connaît le « tout Londres », il le fait découvrir à Jimi et le fait jouer dans tous les pubs dont ils poussent les portes. Paul MCCARTNEY, Mick JAGGER, Peter BECK, Keith RICHARDS, tous assistent au moins à l’une de ses performances improvisées sous la houlette de Chandler. Le buzz se répand très vite. Sa couleur de peau, sa coupe de cheveux afro, son jeu de gaucher, tout chez lui impressionne. C’est le début d’une nouvelle liberté. D’abord du point de vue musical : Jimi recrute Noel REDDING et découvre le pouvoir des amplis Marshall grâce au guitariste Vic BRIGGS ; suite à une audition, il embauche le batteur Mitch MITCHELL. Du 13 au 18 octobre 1966, Jimi assure la première partie de 3 concerts de Johnny HALLIDAY en France dans les villes d’Evreux, Nancy et Paris.

Nancy, le début de la notoriété

Le concert joué dans la cité ducale sera le point de départ de sa renommée internationale. Jeune musicien inconnu en France, il monte sur la scène du Rio afin de chauffer la salle pour Johnny, « le roi des yéyés ». Les nancéiens se souviennent d’une soirée époustouflante et des premiers pas d’une légende. Pour la petite histoire, les « 2 J » (Jimi et Johnny) terminèrent la soirée bien arrosée au célèbre café Foy, place Stanislas. La TSR les filme ici en train de s’amuser à faire des ronds de fumées face caméra. Des images devenues culte depuis.

En décembre 1966, sa carrière est lancée lorsqu’il sort un 45 tours et fait sa première apparition télévisée. En janvier 1967, « Hey Joe » entre dans les classements britanniques, Jimi tient enfin son premier tube, celui dont il rêve depuis l’adolescence. Mais il en a déjà un autre sous le coude : « Purple Haze » que CHANDLER découvre littéralement bluffé et qui fera une entrée fracassante dans les charts en mars 1967. Jimi devient une figure majeure du Swinging London. Il glisse des pièces du vestiaire féminin dans son look folk : foulards, chemises bariolées, bagues et lance un courant de mode.

Mais le couronnement du roi Jimi ne va pas avoir lieu sans quelques grincements de dents. Keith RICHARDS est jaloux de lui, Mick JAGGER s’en méfie, d’autres restent sans voix (ou presque), MC CARTNEY qui vient d’enregistrer un des plus grands albums de rock de tous les temps, « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » reconnait son talent, aussi, il recommande Jimi aux programmateurs du festival de Monterey en Californie. Jimi y brûlera son passé de loser autant que le bois de sa guitare. Sa prestation restera dans les annales, il triture son instrument avec ses dents, l’enflamme et fracasse les amplis. HENDRIX devient officiellement une star.

En route pour Woodstock, la légende de Jimi HENDRIX

Le 18 août 1969, Jimi HENDRIX clôture Woodstock, le plus mémorable des festivals pop qui se résume à 3 jours de paix, de musique, et d’amour. Le brouillard du matin enveloppe les collines des Catskills, il est 8h, et avec les « Gipsy Sons et Rainbows », son nouveau groupe, Jimi entre en scène mais aussi dans l’histoire. Il porte un bandeau fuchsia pour maintenir sa coiffure afro, un jean avec des boutons dorés sur les côtés et une veste en daim blanc prêtée par sa dernière petite amie, Monika DANEMANN.

La foule hurle en chœur : «Are you high? Are you high?». Non, Jimi ne plane pas, mais alors vraiment pas. Il est même tendu à l’extrême. Lui et ses musiciens étaient programmés à minuit. Ils ont passé la nuit à « se peler » dans une grange glacée. La vue du tsunami humain achève de l’affoler. On lui avait annoncé 60 000 billets vendus mais c’est un demi-million d’ahuris auxquels il va devoir se confronter…des types à moustaches façon « Sergent Pepper », des filles dépoitraillées coiffées à l’indienne et une nuée de gamins… Il empoigne sa « Strat », sa fameuse guitare Stratocaster, fait voler les longues franges des manches de sa veste et le voilà parti pour deux heures de fusion entre blues et pop psychédélique. Deux heures de folie pure pour le plus grand happening du siècle, avec pour entrée en matière une impro bluesy inspirée du classique Getting My Heart Back Together Again, suivie de Message to Love, magnifique offrande instrumentale.

Dès le deuxième morceau, il joue avec ses dents. Mais cette fois, il ne brûlera pas sa guitare. Le grand guignol méphistophélique, c’était avant ! Il veut être pris au sérieux alors il se concentre. On le sent pourtant nerveux. Sont-ce les risques d’électrocution ? La scène est inondée par la pluie, les câbles pendouillent des cintres, la sono est lamentable et son guitariste Larry LEE se prend des décharges d’ampli. Il semble ne plus rien maîtriser. A la fin, par trois fois, il lance Peace and Happiness. Et un frisson religieux traverse la foule. Il attaque enfin la célèbre version distordue de l’hymne américain. Jouant de la tige de vibrato, des boutons de sa guitare et de la pédale wah-wah, il éclate les notes, déchire les sons, parodie des éclats de bombe, des rafales de mitraillette et des cris d’enfants (Machine Gun).

Hommage ou sacrilège ? Au début, les festivaliers restent interdits. Il faut rappeler le contexte : A ce moment précis, il y a autant de jeunes Américains enrôlés dans la guerre au Vietnam qu’il n’y en a à Woodstock. Une partie de la jeunesse est pacifiste, antimilitariste et suit les artistes de rock qui militent contre la guerre, signant des chansons à texte engagés qui feront le tour du monde. Puis la foule se reprend : « More! More! » Avant de tirer sa révérence, le divin gaucher offre une version calmée de Hey Joe, une reprise de Bob DYLAN. Il est alors 10h30, le concert est terminé. Les « Gipsy Sons et Rainbows » ont donné leur premier et sans doute dernier concert. Jimi a le sentiment d’un ratage complet. C’est en réalité le plus fou et le plus débridé de ses 524 concerts qui vient de se dérouler. Un véritable éblouissement virtuose qui fera rentrer HENDRIX dans la légende et celle de Woodstock.

50 ans après, HENDRIX incarne toujours Woodstock, bien plus que les « Who », Santana ou Janis JOPLIN. Il est Woodstock. Peace, love & gadoue ! Jimi meurt à 27 ans d’une overdose d’alcool et de barbituriques en septembre 1970 à Londres. Même si sa carrière internationale n’a duré que 4 ans, il est considéré comme l’un des plus grands musiciens et joueurs de guitare électrique du 20ème siècle. Son héritage artistique est immense et 50 ans après sa mort, son aura est toujours aussi lumineuse. Le divin gaucher, génie de la guitare et de la composition blues-rock aura marqué l’histoire du rock de son empreinte.