« Nous travaillons sur le long terme, sur la qualité fondamentale de notre service, avec le souci d’entraîner toute la communauté. »
Laurent Batsch, Président de Paris-Dauphine

Laurent Batsch, Président de Paris-Dauphine © Université Paris-Dauphine / Direction de la communication

Laurent Batsch, Président de Paris-Dauphine © Université Paris-Dauphine / Direction de la communication

Quelles sont les conséquences de l’application de la loi Fioraso sur l’Université Paris-Dauphine et l’Enseignement supérieur français ?
Une loi constitue toujours un point d’équilibre, le Gouvernement arbitrant en fonction de ses options. La loi Fioraso ne remet pas en cause l’autonomie des universités, ni les regroupements existants qu’elle transforme en ComUE, celles-ci structurant désormais le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche. La loi apporte des avancées, telles que la participation des personnalités extérieures à l’élection du président ou la procédure d’accréditation des établissements qui deviennent ainsi habilités à délivrer les diplômes. Mais la loi reste en retrait sur trois sujets de fond : l’autonomie pédagogique, l’autonomie financière et l’autonomie de la gouvernance. Pour Paris-Dauphine, la loi a comme première conséquence la transformation en ComUE de Paris Sciences et Lettres, PSL-research university, qui a signé son premier contrat quinquennal en juillet dernier. Cela me donne l’occasion de saluer l’intégration à PSL de quatre nouveaux établissements dans le champ des Sciences Humaines et Sociales : l’EHESS, l’EPHE, l’Ecole Française d’Extrême-Orient et l’Ecole Nationale de Chartes.

 

Quelles dimensions scientifique et internationale souhaitez-vous acquérir dans le domaine de la recherche ?
En matière de recherche, nous avons fait des progrès notables. Sur 6 centres de recherche, 4 sont des Unités Mixtes de Recherche (UMR) avec le CNRS et 1 avec l’IRD. Notre appartenance à PSL renforce notre positionnement sur la recherche et est un facteur très stimulant. PSL s’est déjà dotée d’un collège doctoral qui délivre le diplôme de doctorat, qui reste préparé au sein des écoles doctorales de chaque établissement. Mais nous refusons de séparer la recherche et la formation. D’abord parce que le propre d’un établissement scientifique est de nourrir ses enseignements avec les développements de la recherche. Ensuite, parce qu’il est souhaitable que les futurs cadres reçoivent une formation à la recherche et par la recherche. Enfin, parce que nous récusons le modèle des organisations discriminantes où se côtoient sans se parler des chercheurs d’une part, des enseignants d’autre part : la dynamique d’un établissement est portée par la cohésion de son corps professoral. La formation à la recherche et par la recherche pénètre aussi la formation continue. Si notre EDBA (Executive Doctorate in Business Administration) qui s’adresse à des cadres expérimentés rencontre un grand succès, y compris à l’international, nous venons de lancer un EDPA (Executive Doctorate in Public Affairs) pour les cadres des organisations publiques.

 

Paris-Dauphine a valorisé, bien avant les autres universités, ses relations avec les entreprises. Quels atouts ces relations apportent-elles à votre université et aux étudiants ?
En terme d’emploi, nous bénéficions d’un excellent taux d’insertion grâce à la professionnalisation de nos cursus et à l’implication pédagogique de 1 500 intervenants professionnels. Nous lions des partenariats durables avec les entreprises, ce qui se traduit notamment par l’existence d’une dizaine de Chaires de la Fondation Paris-Dauphine. Nous sommes attachés au développement de la formation continue qui permet de bénéficier de contacts directs et permanents avec le monde de l’entreprise, notamment par le biais des DRH avec lesquels nous discutons les programmes. Enfin, notre incubateur, D-Incubator, créé en 2012 avec le soutien actif des Alumni, est débordé par son succès, et diffuse la culture entrepreneuriale à tous les niveaux de la formation.

 

Avec 30 % d’étudiants étrangers, vous êtes une université française de pointe en matière de relations internationales. Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre dans vos prochaines actions ?
Le premier objectif est d’arriver à 100 % de mobilité à l’international pour tous nos étudiants. Pour accueillir les étudiants étrangers, nous développons bien sûr en interne des filières intégralement en langue anglaise. Nous cherchons également à recruter des étudiants qui ne souhaitent pas forcément poursuivre leurs études supérieures à Paris : nous proposons la licence d’économie et gestion à Londres depuis 2014, et nous allons également ouvrir à Madrid. Cela jette les bases pour l’avenir de cycles tournants entre Londres, Madrid et Paris. De plus, notre campus de Tunis, qui a une vocation régionale africaine, compte déjà 300 étudiants. Enfin, nous souhaitons conforter nos programmes de formation continue localisés dans une dizaine de pays francophones (Algérie, Egypte, Liban, Maroc, Océan Indien, Sénégal, Tunisie) et non francophones (Chine, Russie, Viêt Nam).

 

Vous avez déclaré : « Parmi nos travaux en cours, il y a cet objectif : progresser dans tous les classements ». Où en êtes-vous actuellement ?
Quoiqu’il faille penser des classements, et la liste des réserves est longue, ils existent et influencent les comportements des acteurs. Dans ce domaine, comme dans les autres, il s’agit pour Paris-Dauphine de travailler sur les fondamentaux. Nous n’achetons pas des « étoiles » et nous ne rentrons pas dans des opérations tactiques de promotion. Mais nous ne négligeons rien pour lever les handicaps formels à la reconnaissance de notre qualité. Le positionnement de Paris-Dauphine est sur une trajectoire ascendante, qui a commencé de produire son effet dans les classements. Des études bien renseignées montrent que PSL se situe au niveau du top 30 international. Si cette réalité est reconnue, elle aura un impact considérable, et chacun des établissements membres bénéficiera de ses retombées. Il faut pour cela que PSL soit identifiée comme une véritable institution, et que les chercheurs prennent l’habitude de signer leurs contributions au nom de PSL.

 

La mutation des services pédagogiques vers le numérique par votre Centre d’Ingénierie Pédagogique, et plus globalement l’impact du numérique dans l’enseignement supérieur est-il une priorité pour l’Université Paris-Dauphine ?
Notre Centre d’Ingénierie Pédagogique diffuse des cours en ligne. Nous avons plus de 1 400 espaces de cours en ligne sur notre plateforme MyCourse. Nous avons décidé de privilégier l’élaboration de SPOCs (small private on line course) plutôt que des MOOCs parce qu’il s’agit de transformer les pratiques internes et que les cours ouverts à l’extérieur exigent un important dispositif d’accompagnement et d’évaluation, ainsi que des investissements lourds. Nous sommes dans une logique d’apprentissage des enseignants, car leurs pratiques pédagogiques sont percutées par la numérisation. Enfin, le grand chantier de restructuration de nos locaux qui va commencer en 2016 est placé sous le signe de la transformation numérique du campus : celle-ci a présidé à la conception de la distribution des espaces de travail.

 

Vous avez récemment publié un ouvrage au PUF « Paris-Dauphine : quand l’Université fait Ecole ». Vous considérez-vous comme un pionnier qui dynamise un monde universitaire qui vient d’entreprendre sa mutation ?
Je crois à l’autonomie des établissements parce qu’elle est la conséquence naturelle de leur diversité. Il n’existe pas de modèle, chacun doit tirer le meilleur parti de son potentiel dans un environnement particulier. Il faut positiver cette diversité pour encourager l’expérimentation de terrain, car les innovations des uns peuvent être répliquées par les autres. De sorte que la dynamique du système ne procède pas de son uniformité mais au contraire de sa variété. Chaque établissement a vocation à être « pionnier » et si Paris-Dauphine peut se voir reconnaître un mérite, c’est de montrer que c’est possible.  Notre particularité, c’est d’essayer de combiner le meilleur des traditions de l’université d’une part, et des grandes écoles d’autre part.

 

Patrick Simon