Comment se réapproprier sa santé avec les plantes médicinales ? Une websérie sur des êtres vivants aux pouvoirs incroyables, des savoirs ancestraux oubliés, des métiers disparus, des pratiques ancrées dans la nature et une ressource menacée : c’est le but du projet PAMacée d’Anne et Lola, deux étudiantes ingénieures à AgroParisTech – Episode 1

 

Pendant 6 mois, depuis le 20 décembre 2019, nous sommes parties à la rencontre d’acteurs du monde des plantes médicinales (producteurs, cueilleurs, guérisseurs, chercheurs, herboristes, hommes politiques…) dans le but de réaliser une série documentaire. A travers nos deux voyages, en Europe occidentale et en Afrique de l’Ouest, nous cherchons à mettre en parallèle la santé et le rapport aux plantes. Mais pour promouvoir la connaissance et la préservation de cette ressource naturelle, nous tenons à être cohérentes. Que ce soit pour voyager en Europe ou se rendre au Sénégal, nous ne prendrons pas l’avion. À la place : auto-stop et bateau-stop à bord d’un voilier. Le voyage devient une aventure !

Notre objectif ? Interroger notre autonomie en matière de santé et favoriser la réappropriation des savoirs et des usages liés aux plantes médicinales, dans une perspective de résilience locale. Ce documentaire sera aussi l’occasion d’alerter les lecteurs concernant la perte de connaissances autour de ces végétaux et les menaces qui pèsent sur ces ressources face à la demande croissante de produits naturels.

La genèse du projet

L’Artemisia annua est la plante qui m’a fait réaliser le potentiel sous-estimé des plantes médicinales. Alors que les vaccins contre le paludisme sont inefficaces, que les insecticides détruisent la santé des hommes et l’environnement, que les médicaments sont lourds en effets secondaires et que les résistances se développent, il existe une plante qui prévient et soigne cette maladie : l’Artemisia annua. Pourquoi cette plante est-elle si peu connue, alors qu’elle guérit une des plus grandes pandémies au monde ? Pourquoi n’y a-t-il aucune recherche publique sur les vertus de l’Artemisia ? Pourquoi l’OMS déconseille l’utilisation de cette plante ? Pourquoi est-il illégal d’acheter cette plante en France ?

Je veux découvrir les enjeux autour des plantes médicinales : la disparition du diplôme national d’herboriste, le monopole pharmaceutique, les difficultés de financement d’études scientifiques… Je suis révoltée et passionnée. Alors que je souhaite approfondir ces questionnements pendant mon année de césure, j’apprends qu’Anne monte un projet sur les plantes médicinales. Nous nous appelons. La préservation de la ressource naturelle et des savoirs traditionnels, l’Europe occidentale et l’Afrique de l’Ouest… Nos approches sont complémentaires. C’est une évidence : nous devons créer un projet ensemble ! Le projet PAMacée est né.

Pourquoi un documentaire sur les plantes médicinales ?

L’urgence des crises environnementales, sanitaires et sociales actuelles exige un changement profond de nos modes de vie. Alors que des alternatives en matière d’alimentation, d’énergie, de mobilité ou encore d’habitat se développent pour aller vers des sociétés résilientes, un secteur peine encore à être pris en considération : la santé.  Il nous semble fondamental de questionner ce sujet sensible qui touche l’ensemble de la population. S’il paraît étrange de se soigner avec des plantes aujourd’hui en Europe, leurs propriétés thérapeutiques étaient, il y a un siècle encore, une évidence. Malgré les vertus incroyables et scientifiquement prouvées de nombreuses plantes médicinales, la phytothérapie n’a pas sa place dans notre système de santé français.

Qui en France connaît les vertus des plantes qui poussent devant chez lui ? Qui sait faire des tisanes pour se soigner des maux les plus quotidiens ? Nous ignorons les vertus des plantes locales. Chacun gagnerait à redécouvrir cette ressource naturelle au potentiel inestimable. Toutefois, face à la hausse de la demande en produits naturels, nous devons aussi préserver cette ressource fragile et menacée. Finalement, à travers les plantes médicinales, c’est la réappropriation de sa santé que nous cherchons à encourager. Inciter chacun à se responsabiliser et à retrouver son autonomie en matière de santé. Une phrase m’avait marquée lors de mon premier séjour au Sénégal :

« Ici, toutes les plantes ont une utilité ». Alimentaire, agronomique, médicinale, spirituelle, une chose est sûre pour les Sénégalais : les plantes ont toutes des vertus, et les hommes en dépendent. »

L’étape actuelle de notre voyage

Lola Keraron ©PAMacée

 » Je suis encore en phase de préparation. Je m’occupe principalement de la prise de contact avec les acteurs et de la communication sur les réseaux sociaux pour diffuser notre projet. Je dois encore me former à l’audiovisuel de terrain grâce à On The Green Road. Le départ, en direction de Montpellier, était prévu début avril. Je rencontrerai des ethnobotanistes, producteurs, particuliers et praticiens dans toute la région Sud Est de la France. La situation particulière de l’Europe (et de la France) à cause de l’épidémie de coronavirus amène certaines incertitudes quant à la suite de mon périple. Même si je suis prise au dépourvu, je serai tout de même ravie de parcourir la France et faire un bilan plus poussé de la situation si l’interdiction de voyager à l’étranger persiste. Je vais donc envisager un “itinéraire de secours” se limitant à la métropole. Dans tous les cas, j’ai hâte de commencer mon itinérance !  » – Anne

 

Lola Keraron ©PAMacée

 » Depuis maintenant 3 mois, je vis et navigue sur des voiliers pour rencontrer des personnes qui connaissent les plantes médicinales. Ma destination initiale : le Sénégal. Mais le bateau-stop est plein de surprises et après plusieurs départs annulés, les frontières sont désormais fermées. L’imprévu fait partie du voyage. Je resterai quelques mois de plus au Cap Vert. Cet archipel, entre sa flore endémique menacée et son savoir traditionnel qui disparaît, est un terrain d’enquête passionnant.  Le pouvoir des plantes continue de me surprendre chaque jour.  » – Lola        

 

Pour les plus curieux :