La concurrence s’intensifie entre les entreprises pour attirer les professionnels dotés de compétences rares sur le marché de l’emploi. Coup de projecteur sur le retour en force de l’expertise et sur des pistes novatrices, voire même atypiques, à creuser pour les jeunes ingénieurs.

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Qui dit innovation dit spécialisation
Si les vertus de la formation pluridisciplinaire et généraliste qui fait la réputation et le succès de l’ingénieur français à travers le monde ne sont plus à prouver, il ne faut pas oublier que les entreprises ont aussi un besoin accru de spécialistes.  » Depuis 30 ans on met l’accent sur l’acquisition de compétences transverses. Mais force est de constater que l’industrie française, qui accueille une grande majorité du contingent de nos jeunes ingénieurs, s’est concentrée sur l’innovation, une composante difficilement délocalisable. Les centres de R&D des grands groupes ont d’ailleurs souvent du mal à recruter « , précise Romain Doutre Manager Division Ingénieurs chez Robert Walters France.

 

La revalorisation de l’expertise
Un phénomène amplifié par une génération plus attirée par des carrières de managers que d’experts. Et pourtant l’industrie a et aura toujours besoin de techniciens … qui font de la technique ! Afin d’encourager les vocations, nombreuses sont les entreprises qui se sont engagées dans une revalorisation des salaires et des statuts dans la filière expertise.  » Aujourd’hui, se destiner à l’innovation et à la R&D est aussi vertueux que de choisir une carrière de patron de BU. Un parcours de manager est évidemment intéressant mais il n’y en a pas pour tout le monde. Le marché a besoin d’ingénieurs qui comprennent que c’est dans l’innovation et l’expertise que réside la différence des grands industriels français. « 

 

Découvrir les subtilités de chaque secteur
D’autant plus que chaque domaine d’activité a son lot de pépites. C’est notamment le cas de l’automobile, un secteur dit en crise mais qui reste pourtant le 1er recruteur mondial.  » Si toutes les technologies liées à la motorisation sont déjà très approfondies, nombreuses sont celles qui restent à développer en matière de confort (démarrage à distance, stationnement automatique, objets connectés,…).  » Cruciale, l’expertise technique est partout, y compris là où on ne l’attend pas. Le mot d’ordre est donc lancé : soyez curieux !

 

L’ingénieur – pharmacien, une figure nouvelle et prometteuse
Production et développement dans l’industrie pharmaceutique, la cosmétique, la chimie fine ou encore la biotechnologie pharmaceutique : autant de voies ouvertes aujourd’hui à des profils qui mêlent compétences techniques de l’ingénieur et expertise du pharmacien. Comptant parmi les rares établissements à proposer un double-diplôme d’ingénieur – pharmacien, l’Ecole des Mines d’Albi a ainsi pour ambition d’amener sur le marché du travail des professionnels pointus dont le double regard d’expert est plébiscité par les entreprises.  » Alors qu’en pharmacie tout est basé sur le médicament (efficience du principe actif, fabrication,…), l’ingénieur aborde toujours la question sous ses aspects techniques et dans une perspective projet.  » Alliant une connaissance pointue de la formulation et une expertise certaine en génie des procédés et en gestion de projet, l’ingénieur-pharmacien est la figure incontournable de l’industrie pharmaceutique de demain.
Juliette Bordier, étudiante en pharmacie à Paris XI et en 2ème année du double-diplôme Ingénieur – Pharmacien à l’Ecole des Mines d’Albi

 

Les experts du numérique sont partout … et surtout pas derrière un ordinateur !
Le cliché de l’ingénieur solo qui fait du code devant son écran est bel et bien dépassé. Aujourd’hui, les entreprises cherchent des profils pointus qui n’hésitent pas à se frotter à des domaines complexes comme la finance et dotés d’un certain esprit entrepreneurial. C’est d’ailleurs le cas de William Ruggiero, étudiant de 2ème année à l’Isep et en pleine préparation d’un double-diplôme à Audencia.  » D’abord attiré par les systèmes embarqués, je me suis spécialisé dans les SI avec pour objectif un parcours professionnel en 3 temps. Après une première expérience comme auditeur-financier, je souhaite utiliser mes compétences techniques en SI et en finance pour travailler au coeur d’une banque centrale, la BCE dans l’idéal bien sûr. Mon objectif final est la création de mon entreprise, sans doute dans le monde de l’audit.  »
William Ruggiero, étudiant en 2ème année et Président de la Junior Entreprise de l’Isep

 

Le boom de la robotique
Si la France reste encore beaucoup moins robotisée que ses voisins européens (Allemagne et Italie notamment), ses industriels, son tissu de PME innovantes et ses laboratoires se positionnent comme de vrais outsiders sur un marché qui représentera près de 10 milliards € dans les prochaines années. Outre une évidente part de rêves (les fans d’Iron Man sont nombreux chez les ingénieurs !), la robotique et les systèmes avancés impliquent aussi un grand intérêt scientifique pluridisciplinaire : mécanique, électronique, automatique, informatique, biomécanique et même médecine.  » Nos laboratoires accueillent un psychiatre qui travaille sur l’autisme chez les jeunes enfants qui entrent souvent en interaction forte avec les robots « , précise Faiz Ben Amar, Responsable de la spécialité Systèmes avancés et robotique de l’UPMC. Les robots interviennent ainsi dans de nombreux secteurs : l’industrie (dans les chaines d’assemblage ou sous forme collaborative afin de diminuer la pénibilité), les services (aide à la personne, hôpitaux,…) et même la défense (drones et exosquelettes). Un domaine d’avenir dans lequel nos PME se distinguent à l’international.  » Deux d’entre elles sont en passe de devenir des grandes entreprises : la société créatrice du robot Nao, un humanoïde déjà vendu à 8000 exemplaires, et la société Parrot dont les drones ont une visibilité mondiale.  »
Faiz Ben Amar, Responsable de la spécialité Systèmes avancés et robotique de l’UPMC

 

Les systèmes embarqués sont partout et pour longtemps !
Machine à laver, voiture, téléphone portable,… : les systèmes embarqués sont aujourd’hui intégrés à tous les objets qui font notre quotidien. Intervenant dans toutes les industries de masse (aéronautique, télécoms, énergie et même agriculture et santé) ils constituent d’ailleurs le premier secteur de croissance des TIC. Un secteur en recherche de profils au carrefour de la pluridisciplinarité et de l’expertise.  » Les systèmes embarqués ne se résument pas, comme on le pense souvent à tort, à l’électronique. Si un ingénieur qui s’y intéresse doit évidemment avoir des notions en la matière, il doit aussi maitriser d’autres disciplines comme l’informatique et la mécanique pour répondre aux problématiques complexes posées par ces systèmes : énergie, puissance de calcul disponible, coût, fiabilité et sûreté de fonctionnement entre autres « , indique Franck Crison, enseignant-chercheur en électronique / systèmes embarqués à l’ESIEA. Un profil particulièrement adapté à la révolution des objets connectés, d’ores et déjà en marche.  » Aujourd’hui, tous les objets communiquent entre eux. On parle beaucoup des téléphones et autres gadgets, mais l’avenir ce sont par exemple les voitures qui communiquent avec lun centre de maintenance ou les tracteurs qui se pilotent tout seuls.

 

CW.