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POUR LES MANAGERS DE DEMAIN
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Les écoles de management au service de la société ne peuvent pas faire l’économie de l’enseignement et de la recherche en droit

Jean-Michel do Carmo Silva et Federico Pigni, (Crédit photo Bruno Fournier)
Jean-Michel do Carmo Silva et Federico Pigni, (Crédit photo Bruno Fournier)

Pour se mettre au service de la société, une grande école de management doit impérativement définir des objectifs d’apprentissage en lien avec l’environnement légal et réglementaire des entreprises exerçant leur activité dans une économie mondialisée, selon l’AACSB, l’accréditeur américain des écoles de management. Le droit a toujours été enseigné dans les écoles que l’on disait naguère de commerce et que l’on nomme plus volontiers aujourd’hui Business Schools, en anglais dans le texte. Aujourd’hui, on observera que la FNEGE inclut le droit dans les dix domaines du management et de la gestion des affaires. L’AACSB, encore elle, fait de l’enseignement du droit l’une de ses exigences d’accréditation.

L’ancrage des enseignements juridiques dans les business schools

La très grande majorité des « Grandes écoles de management », et toutes celles qui sont le mieux classées, comporte des enseignements juridiques, y compris des cours obligatoires. C’est que le droit n’y est pas enseigné comme une discipline auxiliaire d’une autre, mais comme une matière essentielle aux futurs managers. Un telle place mérite d’être consolidée, renforcée, dans toutes les business schools qui ont pris la décision stratégique d’avoir un impact significatif sur la société et, au-delà, participer aux grands défis sociétaux (lutte contre le dérèglement climatique, éthique dans l’utilisation des technologies, lutte contre les discriminations…) – « School for business for society » pour Grenoble EM qui, depuis le 25 février 2021, est la première grande business school française à s’engager statutairement en devenant une entreprise à mission.

Historiquement, les BS ont été créées pour mettre à disposition des entreprises des managers et dirigeants de qualité, et ainsi favoriser le développement économique. Pour autant, elles ne peuvent et ne souhaitent plus se limiter à répondre aux attentes des entreprises. Du reste, en raison notamment d’une crise de légitimité au sein de la société, nombre d’entreprises et de business schools ont pris conscience du rôle sociétal qu’elles devaient jouer, ensemble. Or, un engagement dans les défis de la société moderne s’accompagne nécessairement d’une prise en compte accrue des enjeux juridiques.

La connexion entre la recherche et les enseignements est incontournable pour les business schools souhaitant avoir un impact sociétal

Une telle prise en compte implique de renforcer la recherche en droit dans les écoles de management. Nous vivons depuis quelques années une accélération de la transformation pédagogique dans ces institutions, surtout marquées par l’innovation dans les méthodes d’enseignement. Aujourd’hui, les contenus pédagogiques sont amenés à connaître le même sort vertueux afin d’intégrer des problématiques aussi essentielles que les changements opérés par la propagation de la Covid-19 ou le bouleversement auquel conduit le dérèglement climatique. Or, c’est la recherche qui permet de construire des contenus les plus solides et pertinents, notamment sur ces sujets. Autrement dit, la connexion entre l’enseignement et la recherche est encore plus incontournable aujourd’hui. Y compris en droit.

C’est en publiant dans des revues de droit qu’un enseignant-chercheur développe son expertise dans cette matière

Pourtant, la majorité des 35 écoles membres du Chapitre des écoles de management de la CGE ne valorise pas la recherche en droit, i.e. celle publiée dans des revues juridiques. La raison tient d’abord aux classements dont font l’objet ces business schools. En substance, dans ces classements établis par la presse spécialisée, la recherche est appréciée par référence à des listes dressées en France par des institutions telles que le CNRS, la FNEGE ou l’HCERES. Les deux derniers ne comprennent aucune revue juridique, tandis que le premier en comportait très peu et a été supprimé en décembre 2020 (v. interview de son président, dans AEF info). Par ailleurs, la CEFDG, chargée d’attribuer le grade de master aux formations développées par les écoles de management, définit le professeur publiant comme celui qui publie dans lesdites listes de la FNEGE, du CNRS et de l’HCERES (Référentiel d’évaluation 2020). Ces systèmes n’incitent guère à la valorisation de la recherche en droit. Or, c’est en publiant dans des revues de droit qu’un enseignant-chercheur développe son expertise dans cette matière (v. aussi, J.-M. do Carmo Silva, H. Bouthinon-Dumas, A.-S. Courtier, Pourquoi les écoles de management doivent valoriser la recherche en droit ? : www.mondedesgrandesecoles.fr, 1er févr. 2021).

Une opportunité pour les enseignants-chercheurs en droit de participer à la réflexion sur valorisation de la recherche

La renonciation par la section 37 du CNRS à « toute forme de classement de revues » afin de revenir à une évaluation qui se concentre sur « l’apport de connaissance », selon les mots de son président (AEF info, préc.), déstabilise les directions de la recherche des écoles de management qui appuyaient l’évaluation de la production interne sur la liste de ladite section 37. Mais c’est aussi une opportunité pour les enseignants-chercheurs en droit de participer activement à la réflexion sur valorisation de la recherche en y incluant les publications juridiques. Y compris cette recherche qui se publie dans des ouvrages, du fait de leur importance dans la structuration de la discipline juridique (v. AFD&M, Commission de la valorisation de la recherche en droit dans le grandes écoles – Rapport final, 2015, sp. nos 12, 13 et 16). Une réflexion essentielle pour améliorer l’impact sociétal des écoles de management.

Par Jean-Michel do Carmo Silva, Professeur de droit, Grenoble EMet Federico Pigni, Doyen du corps professoral, Grenoble EM

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