Il est le vétéran des directeurs d’écoles de management avec 16 ans au compteur. Bernard Ramanantsoa, directeur d’HEC Paris, évoque pour nous un établissement reconnu hors de nos frontières sur les programmes les plus disputés et qui poursuit sa conquête du monde. Il formule ses rêves pour l’avenir de ses étudiants, de l’école et plus largement de l’enseignement supérieur français.

 

Bernard Ramanantsoa

Bernard Ramanantsoa

HEC, école de management ou business school ?
Je revendique le statut de grande école. HEC est une école de management par opposition à une école d’ingénieurs ou de médecine. A l’étranger, je présente le groupe tel une business school, et la grande école comme le programme pre-experience Master. Car HEC est présente sur l’ensemble de la gamme des programmes d’une business school internationale, du master au MBA en passant par le doctorat et l’executive education.

« Il faut des champions pour la compétitivité
de la France,
et je voudrais
qu’HEC en soit un »

 

Les élèves sont l’un de vos sujets favoris, alors bêtes à concours ou esprits libres ?
Nos élèves sont des bêtes à concours si l’on considère qu’il faut énormément travailler et surtout savoir s’organiser. Mais une chose est sûre, pour avoir notre concours, il faut réfléchir. Notre concours n’est pas un QCM. Il est impossible de s’en sortir avec un savoir encyclopédique. HEC leur offre trois choses lorsqu’ils arrivent, pour entrer dans un autre mode de travail et de vie : une vie associative pour s’ouvrir à autre chose que le strictement cérébral ; des périodes en entreprises qui sont la vraie rupture ; et l’international. Au travers de ces expériences, ils opèrent une transformation réelle.

 

Qu’est-ce qui fait la différence entre un candidat qui intègre HEC et celui qui est recalé à l’oral ?
Il a la capacité à comprendre vite un problème et à proposer une solution, ce dans toutes les disciplines. Il a un profil complet, est équilibré dans ses capacités. Le pécher serait de ne pas comprendre le problème, de faire des erreurs de logique. J’ai écouté quelques oraux ce printemps, et j’ai été frappé, tout comme le jury, de la qualité de réflexion de certains. Ils ont planché sur des sujets ardus comme : « Refuser » ou « Le corps est le tombeau de l’âme ».

 

Les jeunes HEC ne sont-ils pas conformistes dans leurs choix de premiers emplois, avec plus qu’un quart qui opte pour la finance, le conseil et l’audit ?
Ces secteurs correspondent parfaitement à leurs qualités d’analyse et de synthèse. Ils sont également très attractifs en termes de rémunérations et de carrières internationales. Nos élèves ne sont ni dans l’utopie, ni cyniques. Il est cliché de dire qu’ils sont arrogants, ils sont comme les autres jeunes, ils se posent des questions sur leur avenir. Ils savent que c’est dur et sont conscients de la concurrence, notamment des jeunes des pays émergents.

 

Sur quoi le regard des anciens se cristallise-t-il ?
Nos anciens sont de grands vecteurs d’image et de notoriété de la marque HEC, et cela est vrai dans le monde entier. Notre communauté se caractérise également par un très fort sentiment d’appartenance. La cérémonie de remise des diplômes de tous les programmes a lieu le même jour. C’est un moment symbolique partagé par tous. Ce sentiment d’appartenance fait partie du capital d’HEC. Les anciens, à titre personnel tout comme au travers de l’association, veulent comprendre ce qu’est HEC aujourd’hui, ses défis, ses points forts, ses zones de progression. Il y a un côté sentimental au fait qu’ils soient prêts à consacrer du temps à leur école. Et cette disponibilité fait la différence.

 

Qui sont les concurrents d’HEC en 2011 ?
Nous considérons bien sûr la concurrence des écoles en France, mais en 2011 on ne peut s’arrêter à cette considération. La concurrence est au minimum européenne. Les établissements concurrents ne sont pas toujours les mêmes selon les programmes. Elle évolue également au fil des classements et des nouveaux programmes qui y entrent. Nos concurrents les plus sérieux sont britanniques, la London Business School et la LSE, mais aussi l’Esade en Espagne ou St Gallen en Suisse.

 

Quelle est votre crainte pour l’avenir d’HEC et ce qui vous en êtes sûr, lui arrivera de mieux ?
Le plus grand risque serait de ne pas arriver à attirer les meilleurs professeurs, les meilleurs élèves et les meilleures entreprises pour les recruter. Notre enjeu est de travailler globalement sur tous les aspects de ce cercle afin de le rendre vertueux. Y a t-il un point sur lequel vous avez changé d’avis concernant HEC depuis que vous en avez pris la tête ? Plus que d’avoir changé d’avis, deux choses ont pris une importance sans commune mesure en 16 ans : la recherche et l’international, avec pour corollaire une concurrence exacerbée.

 

Etes-vous énervé lorsqu’on vous attaque sur le manque de diversité à HEC ?
Lorsque nous sommes attaqués, c’est sur la diversité à la grande école, qui peut encore être améliorée. Encore que si on creuse un peu, les origines sociales de nos élèves ne sont pas si homogènes. HEC n’est pas uniquement composée d’enfants « de riches » qui feraient leur propre école. Le profil type est un père cadre supérieur et une mère enseignante. Mais il ne faut pas se tromper de problème, et prendre la question bien en amont. Cela suppose deux choses. Faire savoir qu’HEC est ouverte à tous, quelque soit l’origine sociale – et là le bas blesse tant en banlieue qu’en zone rurale – afin que les tous les candidats ayant le niveau osent se présenter. Puis, dans la mesure de nos moyens, il faut les aider pédagogiquement. Par exemple comme le font nos élèves engagés dans des programmes d’ouverture sociale. HEC offre 2 millions d’euros de bourses sociales par an. Ainsi, 21 % de la promotion 2010-2011 a été exonérée de frais de scolarité. Le problème le plus profond est l’auto-censure. Nombreux sont les jeunes ou leur famille, à penser qu’HEC n’est pas fait pour eux. Or, si l’on entend depuis l’enfance que c’est une école accessible, on est plus enclin à s’y présenter. Il y a aussi un problème de société avec un nombre croissant de gens qui ne pensent plus, et ce dans tous les milieux, que les études sont la clé pour réussir. Or, c’est bien depuis l’enfance qu’il faut être incité et savoir pourquoi on travaille à l’école.

 

A quoi rêve Bernard Ramanantsoa pour la France ?
Que ses dirigeants comprennent que l’enseignement supérieur et la recherche sont un facteur essentiel pour notre compétitivité de demain. Et donc qu’il faut y investir massivement. Si certains progrès ont été réalisés, c’est une goutte comparé à ce qu’il reste à faire. C’est plus largement un problème pour la Nation, tant que chaque citoyen n’en sera pas convaincu.

 

Pour ses étudiants ?
L’objectif d’une vie est d’être heureux et de se réaliser. Je rêve donc que les efforts qu’ils ont consentis leur permettent d’être heureux.

 

Et pour HEC ?
Qu’elle soit un atout pour la compétitivité française. Il faut des champions et je voudrais qu’HEC en soit un. Je rêve également qu’HEC soit un moment qui apporte du bonheur sur le long terme à ses diplômés.

 

A. D-F

 

Contact : www.hec.edu