Au sein du CNES, le Centre Spatial Guyanais (CSG) a à charge la coordination des campagnes de lancement de satellites, la poursuite en vol et l’acquisition des données des lanceurs. Une mission critique pour laquelle Bernard Chemoul (ENSMA 81), directeur du Centre Spatial Guyanais, doit garder les pieds sur terre… mais avec la tête dans les étoiles.

Bernard Chemoul, (ENSMA 81), directeur du Centre Spatial Guyanais

Bernard Chemoul, (ENSMA 81), directeur du Centre Spatial Guyanais

Quel est le rôle d’un directeur du Centre Spatial Guyanais ?
Le CSG est un des trois centres techniques du Centre National des Études Spatiales (CNES). Notre mission : mettre à disposition des installations nécessaires à la préparation finale des satellites pour leur lancement, coordonner les activités de campagne de lancement, assurer le suivi des lancements et assurer la sécurité et la protection du site. Le CSG, port spatial de l’Europe, permet l’exploitation par l’opérateur Arianespace de 3 systèmes de lancement : ARIANE V, SOYUZ et VEGA qui ont été développés par l’Agence Spatiale Européenne. En tant que directeur, ma mission est de gérer des budgets et une équipe chargée d’assurer le fonctionnement de la base en mettant en place les moyens matériels mais aussi humains, quantitatifs mais aussi qualitatifs. À l’image d’un chef d’établissement, j’assure le maintien des relations avec le personnel. Enfin, sur les 1 700 personnes sur la base de Kourou, 281 travaillent pour le CNES. Il y a un grand nombre d’intervenants différents. Je suis donc aussi président de l’Union des Entreprises de la Base Spatiale. L’écoute et le dialogue social sont des qualités essentielles, tout comme l’envie d’apprendre et la passion !

 

« Travailler au CSG, c’est être au coeur
de la stratégie spatiale européenne et du développement de
la région Guyane. »

En quoi votre formation vous aide à assumer des responsabilités aussi critiques ?
L’ENSMA forme des ingénieurs. L’école nous donne des méthodes de travail scientifiques rigoureuses, une connaissance généraliste élargie permettant la maitrise de plusieurs technologies et donnant la capacité d’une approche globale de tous le problèmes qui se posent à un ingénieur. Personnellement, j’ai toujours souhaité évoluer dans ce secteur d’activité. Le CNES m’a donné l’opportunité de devenir un expert mécanicien et système de lancement en travaillant sur des projets comme le programme Ariane V, l’avion spatial Hermès, les différents lanceurs européens… J’ai ainsi pu couvrir un ensemble de problèmes qui touchaient à plusieurs disciplines. La vision globale acquise à l’ENSMA m’a alors été fort utile pour être impliqué dans des problèmes d’ingénierie complexes. On m’a confié, au cours de ma carrière, des responsabilités de plus en plus importantes m’impliquant dans des dossiers techniques aux enjeux cruciaux pour le devenir et la qualification du système de lancement ARIANE V. Bien sûr cela a été beaucoup de travail, mais je crois que les qualités de la formation reçue à l’ENSMA ont été déterminantes pour réussir et acquérir de l’expérience. Aujourd‘hui je suis le directeur d’une Base Spatiale, il ne fait aucun doute que tant l’expérience mais aussi les fondements de ma formation me permettent d’aborder ces responsabilités avec confiance.

 

Quels sont les enjeux stratégiques de l’activité spatiale ?
Toute grande nation possède un programme spatial ambitieux, c’est un gage d’autonomie pour un accès indépendant à l’espace. Le transport spatial européen, dont je participe au développement, s’exerce dans un contexte international : il faut donc réunir les différents acteurs européens autour de projets et d’objectifs communs. Les enjeux économiques et techniques sont de taille. Les systèmes de lancement européens doivent être compétitifs, c’est une question de survie tant la concurrence est vive et le marché des satellites à lancer est étroit. Le défi majeur est de réduire nos coûts de lancement tout en assurant une fiabilité élevée, car un échec n’est pas acceptable. Avec Ariane V, nous en sommes à 59 lancements sans échec, peu de nos concurrents peuvent mettre en exergue à ce jour d’un tel état de service. L’innovation est au coeur de notre démarche pour proposer des technologies à coût minimal mais aussi des opérations optimisées en moyens. Le maintien d’un niveau de qualité élevé contribue aussi à l’effort de compétitivité. Ainsi, la précision des mises en orbites par ARIANE ou VEGA est sans égal sur le marché et permet d’offrir une prolongation de la durée de vie des satellites de quelques années. Le CSG est un acteur important de ces enjeux. Il offre un service à coût réduit et démontre une réactivité élevée face aux aléas de préparation des lanceurs ou des satellites qui permet de maintenir un planning de lancement élevé. Ainsi, l’organisation et le professionnalisme des équipes du CSG permettent des lancements à cadence très rapprochée. Notre challenge est de maintenir et même d’améliorer sans cesse notre qualité de service vers les clients qui viennent au CSG préparer leur satellite pour un lancement. C’est une donc d’une base Spatiale fonctionnant à plein régime et à coût maitrisé dont a besoin l’Europe spatiale, mais aussi d’une base où les opérations se déroulent avec un haut niveau de sécurité et dans une démarche de développement durable.

 

Quels conseils pour un jeune diplômé passionné d’aérospatial ?
Faire de la technique et être curieux ! Il est indispensable de se forger une expérience à travers des métiers techniques à forte valeur ajoutée. Mais il faut en permanence chercher à accroître son expertise, élargir ses connaissances… Cumuler savoir et expérience est inestimable. Les stages restent le meilleur marchepied à l’embauche dans ce secteur. Ensuite, le CNES facilite les évolutions en interne par le biais de formations, de stages… techniques certes mais aussi en management.

 

PARTIR L’ESPRIT TRANQUILLE
Bout de France à des milliers de km de la métropole, de la taille du Portugal, la Guyane accueille le centre spatial en pleine forêt amazonienne. Le CNES met tout en place pour faciliter l’accueil des collaborateurs, qu’ils soient de Guyane ou détachés d’un centre de Métropole. Pour un détaché le départ est toujours une décision difficile. « Pour la plupart, nous sommes soit en début de carrière, avec des jeunes enfants, soit en fin de carrière, lorsque les enfants sont déjà autonomes. Le CNES nous met à disposition un logement et une aide logistique le temps de trouver nos marques… et que nos biens personnels arrivent. On a toujours une phase d’adaptation d’un mois ou deux mais très vite les activités prennent le dessus et la vie en Guyane se déroule avec de nouvelles satisfactions et de belles découvertes. »

 

VC

 

Contact : bernard.chemoul@cnes.fr