Il est fréquent d’opposer les domaines innovants – par exemple le numérique – et les domaines traditionnels – la chimie par exemple – et d’admettre que l’ancienneté de l’existence de ces derniers les rend par nature moins innovants. A CPE Lyon, grâce à l’observation de ces deux filières, nous savons qu’il n’en est rien, que l’âge ne fait rien à l’affaire, et que les concepts de la chimie verte sont aussi puissants dans leurs oeuvres que les fulgurances du e-monde.

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Les avantages économiques traditionnels de l’Europe – coûts d’énergie modérés, croissance soutenue – ont disparu. De plus, notre sensibilité à la qualité de notre environnement, de notre vie, et à notre apport aux autres dans ces domaines s’est accrue.

C’est par un renouvellement des produits et processus de production, dans une optique de moindre impact sur notre écosystème, que l’industrie chimique européenne peut renouveler l’équation économique dans laquelle elle se trouve. La bonne nouvelle est qu’elle dispose en Europe d’une force de frappe de recherche, qu’elle soit propriétaire, ou commune dans le système universitaire, et des gens formés par ces systèmes lui permettant de relever les défis posés par l’appétence de nos sociétés à une vie plus durable- c’est-à-dire meilleure pour nous et nos descendants.

Les chimistes vous diront qu’ils ont toujours fait de la chimie verte, que l’économie d’atomes, d’énergie, la minimisation des déchets est une vieille affaire. Ils ont raison et c’est tant mieux, ils savent faire. Mais il y a quand même des changements, nous continuons en innovant :
• Les processus sont pris dans leur globalité, en intégrant l’impact global de l’approvisionnement en matière première, et en intégrant le devenir des produits quand leur cycle de consommation est fini.
• Les externalités sont de plus en plus intégrées – dès l’origine – ou par pression des administrations, voire directement des citoyens ou de leurs représentants
• Le monde se parle de plus en plus, et les bonnes ou mauvaises pratiques de plus en plus difficiles à isoler.

 

Il faut identifier et éviter des écueils , bien repérés sur les cartes de nos jours :
• L’innovation n’est pas que la recherche, même si, en chimie, le rôle de celle-ci est certainement plus important que dans les autres industries. Sans idées, sans compréhension profonde, pas la peine de passer à l’étape ultérieure.
• Avoir de bonnes recherches n’exonère pas de produire dans des conditions économiques acceptables – coût des facteurs, réglementation. L’innovation ne doit pas nous amener à négliger les autres facteurs de compétitivité du pays. En Silicon Valley, on entend dire que cet éco-système doit beaucoup aux universités, mais aussi aux conditions de développement des entreprises, « very cool ». Rappelons-le à nos dirigeants.
• Il faut une acceptation de l’innovation, issue d’une confiance dans les acteurs industriels. Le principe de précaution, dans la version restrictive souvent mise en avant, est plutôt un principe de méfiance. Prudence oui, méfiance non.

Ce besoin d’innovation laisse donc un champ magnifique à la chimie verte : des peintures sans solvants, aux matériaux légers et recyclés que sont les futurs polymères, des procédés intenses mais sûrs par leurs échelles réduites, aux catalyseurs efficaces et simplement réutilisés, de la réutilisation des calories perdues par de subtiles pompes à chaleur remontant la pente savonnée de l’entropie, à la purification de l’eau par des filtres quasi-magiques. Elle permet des découvertes de voies économiquement viables et chimiquement révolutionnaires : la transformation de nouvelles matières premières par exemple, la chimie du CO2 pratiquée à CPE Lyon étant une illustration de choix.

Plus que jamais, nous devons former des ingénieurs et des docteurs, des rêveurs qui agissent, qui ont confiance en eux, et donc aussi dans les autres. Ils renouvelleront la longue tradition de la chimie, en la respectant, et donc en la changeant. C’est le projet de CPE Lyon.

 

Par Gérard Pignault, Directeur de CPE Lyon