Halah Al Juhaishi, 25 ans, est diplômée d’un Mastère de Design global recherche et innovation à l’Ecole de Condé à Paris. Cette passionnée d’architecture et de design dans le Moyen Orient, a été sélectionnée par le jury du concours Pli Public Workshop pour exposer son projet « ru-iinhar » au Pavillon de l’Arsenal. Portrait d’une artiste engagée.

 

Halah Al Juhaishi n’a pas eu une enfance comme les autres. Cette irakienne arrivée en France à l’âge de 12 ans a vécu la guerre et l’insécurité. « Je n’en ai pas beaucoup de souvenirs, mon cerveau a fait un black-out. » L’élément déclencheur de ses réminiscences ? Le retour au pays. « J’ai eu une prise de conscience. Une fois dans ma maison, beaucoup de souvenirs ont refait surface. » Depuis le début de ses études à l’Ecole de Condé, elle ne cesse de travailler sur des problématiques telles que l’architecture et le design dans le Moyen Orient et dans les pays en perpétuel changement, de manière presque spontanée et intuitive.

La quête de mémoire

Très attachée à ses racines, Halah Al Juhaishi ne s’est pas dirigée vers les arts appliqués par hasard. « Ce que j’aime avec l’art, c’est raconter une histoire. » Et c’est la sienne qu’elle a voulu narrer tout au long de ses études. L’artiste a toujours voulu tourner ses projets en rapport avec son pays d’origine. « Durant mon Master, j’ai travaillé sur « Comment travailler dans un pays en perpétuel conflit » ou encore « Anticiper la ruine. Paradoxalement, avant de débuter mon cursus, je dessinais très mal. Je me suis inspirée de mon frère. J’ai vraiment appris à dessiner et trouvé mon propre style à l’école. » Le déclic ? « Un jour, j’ai trouvé ma technique pour dessiner un trait personnel. C’est en forgeant qu’on devient forgeron ! » Et c’est en pratiquant qu’Halah a pu développer son expression graphique.

Construire la déconstruction

Depuis 2 ans, elle travaille sur « ru-iinhar », un projet qui s’inscrit dans la continuité de cette recherche de souvenirs. « J’ai essayé de construire la ruine. Des arches tiennent en élévation. C’est construire la déconstruction qui m’intéresse. Mettre en avant le processus de construction de la ruine. Je me suis inspirée de ces paysages qui se construisent et se détruisent perpétuellement. » Ru-iinhiar, projet présenté au concours Pli Public Workshop (destiné à la nouvelle génération d’architectes et de designers), matérialise d’ailleurs la quête de mémoire et d’identité qui anime la designer depuis toujours. Cette « microarchitecture faite d’une succession de cloisons qui se croisent rappelle ma culture orientale et le décor évoque le temps qui passe à travers une matière qui s’altère. » Halah livre dans son œuvre des fragments de l’Irak, où « le souvenir devient un outil de création. » Avec ce projet, « je ne fais pas d’art purement fonctionnel. Je peux faire vivre des émotions à travers une structure. » confie-t-elle.

L’art engagé

Halah vit à présent à Paris en tant que designer d’espace. Mais pour l’avenir, elle a d’autres projets. « J’ai trouvé un emploi en tant que designer d’environnement à Montréal mais les démarches pour entrer dans le pays sont longues. » Son objectif ? Intégrer une association de migrants pour essayer de faire tomber la barrière de la langue et pouvoir les faire s’exprimer autrement, avec des moyens créatifs. C’est un projet que j’aimerais entreprendre personnellement. » Et dans 10 ans ? « J’aimerais être à mon compte et avoir ma propre agence pour défendre les thématiques qui me tiennent à cœur et faire du design engagé. Je ne suis pas la Mère Theresa du design mais j’aimerais trouver des solutions à cela et sensibiliser ! »