L’industrie chimique est engagée depuis 20 ans à réduire son impact sur son environnement. L’innovation est un des leviers pour relever ce défi majeur. Les précisions de Pierre Le Cloirec, président de la fédération des écoles de chimie Gay Lussac et directeur de l’ENSCR.

 

« La chimie est
devenue une science clé de l’environnement. C’est un sacré pied
de nez à l’histoire
de notre secteur ! »
Pierre Le Cloirec

Peut-on qualifier l’évolution de la chimie de verte ?
Le secteur consacre depuis 20 ans une part croissante de ses investissements à la réduction de l’impact sur l’environnement de ses activités et pour limiter l’utilisation de ses ressources de base et en énergie. La chimie est devenue une science clé de l’environnement. C’est un sacré pied de nez à l’histoire de notre secteur ! Car l’enjeu est aussi de changer son image, plus dégradée en France que dans d’autres pays. Les acteurs oeuvrent pour faire prendre conscience de l’importance de la chimie en tant que science et en tant qu’industrie. La chimie, c’est trois grands domaines clés pour l’économie française et ses exportations : la chimie de base, la pharmacie et la cosmétique/parfumerie.

 

Quelles innovations sont des leviers pour rendre la chimie plus verte ?
Les champs d’action de ces évolutions sont multiples. Ils concernent au premier chef les métiers coeur des ingénieurs dans la chimie : hygiène, sécurité et impact sur l’environnement. En matière de production, il s’agit surtout de l’usage de la biomasse pour fabriquer les produits de consommation courante et les produits à haute valeur ajoutée. L’enjeu est notamment d’utiliser moins de solvants. La R&D a aussi relevé le défi de ne pratiquement plus utiliser d’acide sulfurique et d’ammoniaque pour la chimie fine et les produits de spécialité. Par exemple, la formulation des engrais comprend des retardateurs d’azote. Cette molécule permet à la plante « d’utiliser » l’azote lorsqu’elle en a besoin et donc d’en diminuer le volume total.

 

Vos élèves sont-ils attirés par l’idée d’une chimie plus verte ?
Nos élèves sont en effet plus sensibles aux questions de protection de l’environnement, du cadre de vie et de la santé que ne l’étaient leurs camarades il y a 20 ans. Au-delà de ces enjeux, la chimie en tant que science de la matière et de sa transformation est un domaine attractif. Développer sa connaissance permet d’entrer dans le concret. C’est un atout dans un monde où le virtuel se développe. En outre, le secteur est puissant et porteur, notamment pour des ingénieurs créatifs. Car il y a encore des progrès à faire pour rendre les transformations moins gourmandes en énergie et en solvants, et plus performantes.

 

L’innovation concerne aussi les procédés
L’enjeu de la production chimique à grande échelle est d’optimiser les consommations énergétiques, de minimiser la production de déchets voire de les réutiliser. Tout cela passe par des procédés, et « notamment la notion d’intensification des procédés, explique Jacques Mercadier, directeur de l’ENSGTI Pau. Par exemple on peut diminuer le nombre d’appareils utilisés en améliorant l’échange de chaleur entre eux. »
Une chimie plus verte sous la contrainte
« Les choses ont bien progressé, mais je parlerais plus volontiers d’amélioration continue grâce à l’innovation que de chimie verte. Lorsque l’industrie invente des procédés permettant de produire moins de déchets par exemple, sa préoccupation est double : environnementale et économique. La pression réglementaire s’accentue, il y a des taxes, cela coûte cher de détruire ou recycler des déchets. Il y a aussi une question d’image de marque. Il en va de même pour la mise au point de nouveaux procédés pour le traitement de l’eau, de l’air ou des déchets. Ils visent le développement de solutions plus performantes, moins polluantes, moins couteuses. » Les leviers pour une chimie plus verte sont donc multiples.

 

A. D-F