Spécial président(e)s

 

Premier budget de la nouvelle majorité, le budget 2013 constitue un challenge de taille pour Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, qui doit à la fois réduire les déficits publics, ne pas diminuer le pouvoir d’achat des ménages et conserver la qualité de nos services publics tout en maintenant la compétitivité de nos entreprises…

Jérôme Cahuzac, ministre du Budget

Jérôme Cahuzac, ministre du Budget

La réduction des déficits budgétaires va-t-elle peser sur la qualité des services publics ?
Ce sont les déficits accumulés, notamment depuis dix ans, qui pèsent sur la qualité des services publics ! Les intérêts de la dette sont notre premier poste de dépenses, avant même le budget de l’Education nationale ! Ce sont des moyens considérables qui sont détournés de l’action publique. Nous agissons dans deux directions : réintroduire de la justice dans notre système fiscal pour retrouver des marges de manœuvre, maîtriser la dépense pour financer les priorités du Gouvernement. Réduire la dette ne veut pas dire sacrifier les services publics : au contraire, sur le quinquennat, nous allons créer 60 000 emplois dans l’enseignement, et 5 000 postes dans la sécurité police et la justice, tout en stabilisant l’emploi public… Mais ces politiques ne seront plus, comme par le passé, financées à crédit.

 

Certains hommes politiques affirment que la rigueur va s’appliquer à l’ensemble des catégories socio-professionnelles à travers les impôts et les taxes. Est-ce le cas ?
Notre première préoccupation est de préserver le pouvoir d’achat des Français, et soutenir ainsi la croissance. Notre réforme fiscale est donc ciblée sur ceux qui ont le plus, et qui donc peuvent à la fois contribuer et conserver les moyens de consommer : en loi de finances, 90 % de l’effort est assumé par 10 % des ménages. Les classes moyennes et les catégories populaires ne sont évidemment pas concernées par la nouvelle tranche d’impôts sur le revenu à 45 %, la contribution exceptionnelle sur les revenus supérieurs à un million d’euros, la réforme de l’ISF et de l’imposition des revenus du capital. Les hausses des taxes sur la bière ou le tabac, proposées en projet de loi de financement de la sécurité sociale, concernent beaucoup de Français. Mais il s’agit là de mesures de santé publique : il serait incompréhensible que certains puissent en être exonérés.

 

Toutes les entreprises vont-elles participer de la même manière à l’effort national pour le redressement des comptes et l’assainissement de la dette publique ?
Ce qui vaut pour les ménages vaut aussi pour les entreprises : nous nous refusons à toute hausse d’impôts généralisée et indifférenciée. L’effort fiscal est ciblé sur les grands groupes. Nous corrigeons un certain nombre de règles que ces groupes utilisent aujourd’hui pour réduire leur imposition : cette réforme permet ainsi de réduire d’un tiers l’écart qui existe aujourd’hui entre le taux d’imposition effectif des grandes entreprises et des PME. Nous créons en 2013 un crédit d’impôts innovation spécifiquement destiné aux PME. Celles-ci profiteront également pleinement du crédit d’impôts pour la croissance et l’emploi, prévu par le pacte de compétitivité proposé par le Gouvernement. Il y a là un enjeu d’équité et d’efficacité : les entreprises les plus fragiles sont aujourd’hui pénalisées, alors que ce sont elles qui sont au cœur de la création d’emploi, de l’innovation. Nous faisons donc porter l’effort de redressement sur les grands groupes, qui sont plus solides et disposent de capacités d’investissement supérieures. Les PME sont en revanche préservées, et la croissance aussi.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux élèves des grandes écoles et des universités ?
Les féliciter pour leur parcours, mais aussi les inciter à garder toute leur vie leur curiosité d’esprit et leur ouverture. Le poids du diplôme, particulièrement pesant en France, peut conduire les étudiants des grandes écoles à restreindre, consciemment ou non, leur horizon en matière de choix de carrière. Or, savoir se réorienter, mener successivement plusieurs vies professionnelles parfois très éloignées les unes des autres, est à la fois une force et une chance. Chirurgien de formation, j’en ai personnellement fait l’expérience en prenant part à la vie publique, comme maire et député puis comme ministre, après plusieurs années d’exercice de la médecine. A l’âge qu’ont aujourd’hui vos lecteurs, rien ne me prédestinait à me pencher sur les questions de finances publiques ! Je leur souhaite donc d’avoir la chance de connaître eux aussi plusieurs vies actives, et les encourage à ne pas dédaigner les choix de parcours atypiques ou audacieux : ce sont les plus enrichissants.

 

Patrick Simon